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Massacre de Marikana: l'Afrique du Sud face à ses démons

Le massacre de 34 grévistes par la police, il y a un an à la mine de Marikana, a brutalement fait resurgir les démons de l'Afrique du Sud, violence et inégalités, ébranlant à la fois l'économie nationale et la toute puissance de l'ANC, au pouvoir depuis la fin de l'apartheid.

Vendredi, une cérémonie d'hommage est organisée sur les lieux du massacre, par les mineurs eux-mêmes.

"Une grève de plus", se sont dit de nombreux Sud-Africains début août 2012 en apprenant que la mine de platine de Marikana (nord) était paralysée par un conflit social. Mais la situation a rapidement dégénéré, dix personnes --dont deux policiers-- ont été tuées en quelques jours dans des affrontements intersyndicaux.

Les forces de l'ordre dépêchées sur place ont été débordées et, le 16 août, la police a tiré sur une foule de grévistes hostiles, faisant 34 morts et 78 blessés. Certaines victimes ont été poursuivies par les policiers, abattues dans le dos... Un massacre sans précédent dans la jeune démocratie sud-africaine, qui rappelait les pires heures du régime ségrégationniste de l'apartheid, aboli en 1994.

Devant le tollé, le président Jacob Zuma a mis en place une commission d'enquête qui s'est depuis embourbée dans des auditions sans fin. Aucun policier n'a été inquiété.

Sur le terrain, des grèves sauvages ont gagné pendant quelques semaines la plupart des mines du pays. Elles se sont généralement achevées à coup d'augmentations de salaires, mais la tension n'est jamais vraiment retombée, et les rivalités entre syndicats continuent de faire des morts.

Ces grèves à répétition et l'incapacité de l'ANC à trouver une réponse cohérente ont commencé à inquiéter sérieusement les investisseurs. Le rand a reculé de 15% en un an face au dollar, tandis que les perspectives de croissance restent désespérément atones.

L'Amcu, un syndicat radical, a taillé des croupières au NUM, l'organisation majoritaire proche de l'ANC, jugée trop complaisante et corrompue.

"Dans toute la ceinture minière (du nord du pays), le principal syndicat, le NUM, a perdu beaucoup de terrain, et une perte pour le NUM est une perte pour l'ANC", juge Thapelo Lekgowa, un sociologue de l'université de Johannesburg. 

"L'ANC est le grand perdant après Marikana", confirme Frans Cronje, analyste au centre de recherche SAIRR. "Son autorité morale a été érodée à l'étranger, et son attitude a choqué de nombreux Sud-Africains, quand il a excusé la fusillade."

"Rien n'a changé"  

L'Amcu a juré d'étendre son influence à d'autres régions et d'autres secteurs, comme l'automobile, promettant une "seconde phase de Marikana". Sur le plan politique, de nouvelles formations politiques veulent doubler l'ANC sur sa gauche, surfant sur les frustrations des laissés-pour-compte de l'Afrique du Sud post-apartheid. Et il sont des millions, dans ce pays où plus du quart de la population a faim. 

"Marikana a clairement attiré l'attention des hommes politiques sur des problèmes profondément ancrés dans la société", note l'analyste Iraj Abedian. "Marikana a montré qu'il y a dans la société un groupe d'électeurs (...) qui pensent qu'on les a laissé tomber." 

Auréolé de sa victoire contre l'apartheid, l'ANC avait jusqu'à présent assez bien réussi à calmer les impatiences des plus démunis, grâce aux interventions ciblées de certains de ses dirigeants, plus populistes. 

Mais le plus actif d'entre eux ces dernières années, Julius Malema, a été exclu du parti l'an dernier. Il vient de fonder les Economic Freedom Fighters (EFF, Combattants pour la liberté économique), une formation promettant nationalisations et redistribution des richesses du pays --et surtout de la minorité blanche-- aux pauvres.

Pour lui, Marikana est un symbole. Si les politologues ne lui donnent que 4 à 5% des intentions de vote, le très médiatique Malema fera du sort des populations déshéritées et négligées par l'ANC un thème central de la campagne des élections générales d'avril 2014.

Car malgré les augmentations de salaires obtenues l'an dernier, "la vérité, c'est que pas grand-chose n'a changé", note Thapelo Lekgowa. "Les choses peuvent avoir changé sur le papier, mais rien n'a changé pour les travailleurs sur le terrain."

A Marikana, les familles de mineurs poursuivis par les usuriers s'entassent toujours dans des bidonvilles aux abord des puits. Certains pourraient même perdre leur emploi, la plupart des mines sud-africaines ayant annoncé d'importants plans de restructuration pour restaurer leur rentabilité après les grèves de l'an dernier.

AFP

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