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Une Arène nationale dans le site du Technopole, le dumping écologique du siècle (Par Makhtar DIAO)

En lisant la presse de ce matin, j'ai découvert avec stupéfaction que le site du Technopole a été officiellement retenu pour abriter l'Arène nationale. Selon le ministre Mbagnick Ndiaye : «L'arène de lutte fait partie des 20 grands projets du chef de l'Etat. El ce dernier s'engage à réaliser ses 20 projets au plus tard en 2017».

Le Technopole couvre une superficie de 7 ha et l'architecte chinois adjudicataire du marché a projeté selon les termes du ministre des Sports, un projet sur 5 Ha qui comprendra au-delà de l'arène en elle-même, des parkings, des bureaux et un centre d'hébergement d'au moins 50 lits. Ce qui a le plus marqué mon étonnement, c'est l'absence des acteurs clés dans ce processus. Il s'agit des ministères de l'Environnement et du Développement durable, du Tourisme et des Loisirs, de la Restructuration et de l'Aména­gement des Zones d'Inondation, le coordonnateur du Pasdune, des Collectivités locales, notamment le Conseil régional de Dakar, de la ville de Pikine, des communes d'arrondissement, du Congad, des Ong comme le Enda Rup, Green Sénégal, les associations de défense de l'environnement et les agriculteurs des Niayes. Seuls étaient présents, les représentants du ministère de l'Urbanisme (Direc­tion de l'Agence de la construction et Direction de l'urbanisme et de l'architecture) de l'Economie et des Finances (Direction du cadastre et Direction des domaines), du Cng de lutte et de l'architecte.

Selon les informations dont nous disposons, le Conseil de l'urbanisme ne s'est pas réuni depuis trente (30) ans, et le Président poète Léopold Sédar Senghor était le plus grand protecteur des zones humides. Personne n'osait en son temps construire dans des zones non aedificandi. Le Populaire de ce matin l'a fort bien rappelé, avec seulement un cumul de 80 mm de pluie, Dakar a ouvert ainsi l'ère des inondations de l'hivernage 2013. Comment voulons-nous faire face aux inondations récurrentes en autorisant au plus haut niveau de l'Etat de tels projets qui vont occuper 5ha/7ha qui sont les réceptacles naturels des eaux de pluies à Dakar et sa banlieue.

Lorsqu'on lançait les travaux de l'autoroute à péage, nous avions bien attiré l'attention des habitants de Hann Maristes et cités environnantes que d'ici quelques années avec le retour du cycle normal des pluies, cette belle cité connaîtra des problèmes environnementaux les plus aigus de Dakar. Les lacs de ce quartier paisible sont pleins et il suffit d'une petite quantité de pluie pour que le trop-plein d'eau inonde les maisons. Il faut une solution structurelle et non conjoncturelle, car ni la commune d'arrondissement de Hann Bel Air, ni la Ville de Dakar n'ont les moyens pour résoudre de manière durable le problème de l'évacuation des eaux pluviales.

C'est scandaleux de ne pas construire un pont entre le Technopole et la zone des Niayes afin de permettre à l'eau de circuler correctement. Partout dans le monde, ce sont les trames bleues (cours d'eau) et les trames vertes (aménagements paysagers) qui font le charme et rythment le décor de ces villes. Dakar est en train de perdre de sa superbe, endroit jadis vert avec les Parcs forestier et zoologique de Hann, les Niayes de la Patte d'Oie, le Technopole, les Iles de la Madeleine, la forêt classée de Mbao. Aujourd'hui, la tyrannie du béton est en train de l'emporter sur l'écocitoyenneté à cause de la boulimie foncière.

Dans son dernier numéro, le magazine Vert-information Environnement a rappelé que dans le cadre d'un aménagement bien pensé, les villes peuvent maintenir leur biodiversité. Au c½ur de la ville, le maintien des espaces verts urbains rend de nombreux services comme la captation et la filtration des poussières ainsi que l'absorption du dioxyde de carbone de l'air, améliorant ainsi la qualité de l'air. Des études également ont démontré que la proximité des arbres peut réduire la prévalence de l'asthme et des allergies chez les enfants.

Il faut une volonté politique forte Monsieur le président de la République, car ce site ne doit pas abriter l'Arène nationale. C'est un dumping écologique, un véritable scandale. Vous êtes le Président le mieux élu de l'histoire politique du Sénégal avec 65%, cependant de tels choix risquent d'entacher votre action.

Nous sommes tous des férus de lutte qui est notre sport national, mais le fait de remblayer pour combien de milliers de m3 de gravats et de sables, sources d'autres inondations demain, est-ce que cela vaut la peine ? Je dis non.

Je vous invite à choisir un autre endroit. La ville de Dakar a un projet de construction d'un complexe sportif multifonctionnel avec l'extension et la réhabilitation du Stade Iba Mar Diop. Qu'est-ce qui empêcherait de partager ce projet avec l'Etat, afin de sauver le Technopole qui abrite les plus importantes installations de la Sonatel, outre ses fonctions économiques, touristiques et environnementales. Il nous faut au Sénégal allier sport et cadre de vie pour ne pas dire environnement, car la plupart des parcours sportifs sont au bord de la mer, les parcs et autres parties de la nature, sont les principaux sites d'entraînement. Tout bon sportif a besoin de respirer de l'air pur et seuls ces endroits peuvent le lui procurer. A ce titre, pourquoi voulez-vous priver les populations de leur Technopole ?

Ce projet est en porte-à-faux avec le concept de développement durable et pourtant, vous venez de prendre en compte la dimension développement durable avec la nouvelle dénomination du ministère de l'Environnement. Ce projet de construction de l'Arène nationale n'est ni économiquement viable, ni socialement acceptable ni écologiquement rationnel. Monsieur le ministre Khadim Diop a promis, «d'ici les prochaines pluies, nous aurons une meilleure maîtrise de la situation». Nous aimerions bien voir cela se réaliser mais avec un tel projet, la situation ira de mal en pis, puisqu'il est difficile de maîtriser un risque naturel comme les inondations, les calamités et autres catastrophes naturelles.
J'invite tous les défenseurs de l'environnement de crier haro sur le projet. L'horizon temporel de 2016 n'est qu'une volonté électoraliste mais au-delà, le mal sera plus profond pour les populations. Le bateau qui a échoué aux larges des îles de la Madeleine ne semble émouvoir personne avec 45 000 litres de gaz oïl et autres résidus de produits qui ne disent pas leur nom mais nous avons noté avec regret des déclarations contradictoires de deux ministres de la République. Je persiste et signe que le ministre de l'Environne­ment et du Développement durable, a bel et bien raison. Il ne sert à rien de nier l'évidence. Il faut prendre toutes les précautions pour éviter des marées noires et protéger la communauté des pêcheurs de Soumbédioune et les sportifs qui fréquentent la plage.
Au total, outre ce projet, toutes les voies d'eau sont obstruées et les Niayes remblayées et parfois servant de dépotoirs d'ordures, ont fait l'objet de lotissements clandestins. Il faut des mesures hardies et courageuses pour éviter ce dumping écologique du siècle au moment où les recommandations fortes de Rio+20 mettent l'accent sur l'Economie Verte avec la création des emplois verts comme le suggère le Pnud depuis 2008, une des mesures d'adaptation face au changement climatique.

Pour conclure, il va falloir développer des cellules de veille, d'alerte, de riposte précoce et robuste pour la préservation de l'environnement et l'amélioration du cadre de vie des populations qui sont encore des quêtes non encore satisfaites et pour ce faire, il est urgent que les populations se constituent en boucliers humains pour stopper ces dérives.

Makhtar DIAO
Environnementaliste,
Chef de la Division de l'Environnement
Direction de la Planification et du Développement Durable
Ville de Dakar

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