mis à jour le

Élection présidentielle: LA SYMBOLIQUE EXEMPLAIRE DU DENOUEMENT

La rencontre IBK – Soumaïla Cissé, qui s'est faite « dans la pure tradition malienne », conjure toute tension post électorale 

Depuis le 28 juillet dernier, notre pays n'a de cesse de prouver à la terre entière qu'il est toujours capable d'étonner. Lundi dernier on avait atteint le tiers du décompte des résultats du deuxième tour et IBK dépassait largement son adversaire Soumaïla Cissé de l'URD. Ce qui en soi n'avait rien de vraiment surprenant. La vraie et agréable surprise est survenue dans la nuit du lundi à mardi quand le challenger du candidat du RPM s'est personnellement déplacé pour aller féliciter son adversaire au domicile de ce dernier à Sébéninkoro. Le geste aura constitué une première en Afrique et restera désormais une référence pour le continent.

Comme pour amplifier la signification de sa démarche, Soumaïla Cissé est allé féliciter IBK en compagnie de toute sa famille. En observant une relative discrétion. Cette première a donné des images qui ont frappé l'opinion : les deux personnalités devisant cordialement, assises face à face sur des banquettes, leurs épouses souriantes et les regards des enfants baignant dans un flot d émotion.

Pourtant nombreux étaient les pessimistes qui craignaient le déclenchement d'une crise post électorale après le second tour de la présidentielle. Ils avaient de bonnes raisons de s'inquièter. A la veille encore de cette rencontre d'anthologie, le directeur de campagne de Soumaïla Cissé continuait à alimenter la thèse du complot contre son champion en dénonçant des fraudes massives. Mais le mauvais sort est désormais conjuré et le Mali s'en sort de la plus belle manière, comme la grande nation qu'il a su rester malgré les épreuves subies.

Hier, nos compatriotes que nous avons rencontrés lors d'un mini sondage improvisé se montraient tous louangeurs sur la symbolique du geste. Au Quartier du fleuve, devant un restaurant prisé de la capitale, Madou qui a voté IBK s'est dit très fier du geste de Soumaïla Cissé. « En le faisant, il rend service à son pays et le geste est tout simplement inoubliable », a-t-il commenté. « Je ne suis pas un de ses sympathisants, mais il s'est montré grand », a renchéri un autre.  » De toute façon, c'est le Mali qui gagne ! », estimait un troisième.

Au lendemain de cette visite mémorable chez celui qui devrait être proclamé bientôt troisième président démocratiquement élu de notre pays, l'ancien président de la Commission de l’UEMOA a invité la presse nationale et internationale à l'hôtel Salam pour annoncer sa reconnaissance de la victoire d'Ibrahim Boubacar Keita.

 

UNE SORTIE HONORABLE. C'est une foule nombreuse qui a pris d'assaut la grande salle de l'hôtel où s'est déroulée la conférence de presse. Costume bleu ciel, Soumaïla Cissé a pénétré dans la salle sous un tonnerre d'applaudissements. « En fin politique, il a fait une sortie honorable! », nous confiait un journaliste averti dans la foule.

Les premiers mots du conférencier ont été de remerciement à l'endroit de tous ceux qui lui ont accordé leur confiance dans les Régions, à Bamako, dans les camps de réfugiés et dans les pays du reste du monde où sont établis nos compatriotes. Le challenger a aussi rendu grâce à Dieu avant de féliciter nos compatriotes pour leur discipline lors des opérations de vote.

« Je dis du fond du c½ur un grand merci pour le soutien fraternel et l'accompagnement militant », a confié Soumaïla Cissé qui n'a cependant pas renoncé à mentionner des irrégularités qu'il a décélées dans les élections. Il dénoncera en particulier ce qu'il considère comme l'immixtion de l'armée dans l’arène politique et fustigera « l’ethnicisation » qui a entaché le rendez-vous électoral. Malgré tout, le candidat de l'URD a indiqué qu'il n'introduira aucune requête auprès de la Cour constitutionnelle et a félicité le président élu. « Ma conviction reste inchangée, malgré les vicissitudes du moment », a déclaré le président d'honneur du parti de la poignée de main pour indiquer qu'il continuerait son combat politique.

« J'ai la chance d'être le seul Malien à être arrivé au deuxième tour d'une élection présidentielle par deux fois. En 2002 j'ai appelé le président ATT pour le féliciter. Cette fois, j'ai respecté la tradition malienne en allant voir l’aîné », a indiqué Soumaïla Cissé qui a confié que seuls sa femme et ses enfants savaient à l'avance qu'il se rendait chez son adversaire. Il a déclaré n'avoir subi aucune pression pour accomplir ce geste. Il dira aussi qu'il n’était pas allé « chercher une place », estimant qu'il a « suffisamment de back ground pour se trouver du travail ».

Evoquant le proche avenir, Soumaïla Cissé a invité à une réconciliation des c½urs et des esprits : « Nous sommes disponibles à aider toutes les personnes de bonne volonté pour retrouver la paix », s'est-il engagé. Et d'ajouter, répondant à une question d'un journaliste: « Quand on a la force de ses convictions, on ne se décourage pas. Cinq ans, c'est rien et l’homme peut tout faire quand il se donne les moyens ».

S'exprimant en bambara, comme pour prouver qu'il sait bien manier la langue nationale la plus utilisée dans notre pays, il dira que la chaise du président ne peut être occupée que par une seule personne. « Nous sommes de la même famille et nous avons le Mali en partage ». Pour lui, tous ceux qui se sont jetés dans une guerre d’ethnie ou de religion ont fini dans le décor, car le Mali est un grand pays et qu'il ne sert à rien de remuer le couteau dans la plaie.

C'est justement pourquoi, a-t-il indiqué, « je me suis rendu mon aîné pour le féliciter ». Pour l'anecdote, Soumaïla Cissé précisera: « Quand je partais hier soir (NDLR chez IBK,), même mon chauffeur ne savait pas où on allait. Quand il m'a demandé la destination, je lui ai répondu: allons seulement… ».

C'est une quasi certitude maintenant et que devraient bientôt établir la proclamation des résultats provisoires par le ministère de l’Administration territoriale et leur confirmation par la Cour constitutionnelle : le nouveau locataire de Koulouba pour le prochain quinquennat est connu. On s'achemine vers la fin d'une transition qui a été menée de main de maître. IBK, vétéran de la classe politique de notre pays, atteint la consécration au bout d'un parcours qui parle pour lui. Pour cette personnalité à poigne, la troisième fois aura été la bonne après deux précédentes tentatives réalisées en 2002, puis en 2007. Ibrahim Boubacar Keita, fondateur en juin 2001 du Rassemblement pour le Mali (RPM), sait que la tâche qui l'attend sera ardue dans un pays dont presque tous les acquis ont été mis à mal par la triple crise sécuritaire, économique et institutionnelle. Qu'il s'agisse de la restauration de l'autorité de l'Etat, de la gestion de la situation du Nord ou encore de la restauration du tissu économique et social, le plus dur reste à venir.

A. M. CISSE

L'essor

Ses derniers articles: Mopti : Transport de viande, un casse-tête sanitaire  Promotion de la femme : RACHELLE DJANGONE MIAN S’EN VA  Sécurité alimentaire : DES CEREALES A 

élection

AFP

Présidentielle en Gambie: le président Jammeh appelle

Présidentielle en Gambie: le président Jammeh appelle

AFP

Gambie: aucun espoir d'une élection libre et honnête

Gambie: aucun espoir d'une élection libre et honnête

AFP

Election en Gambie: l'opposition choisit un candidat unique

Election en Gambie: l'opposition choisit un candidat unique