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Mali: il faut maintenant

L’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta à Bamako, le 11 août 2013
© AFP

Alors que les résultats officiels n’ont toujours pas été communiqués, Soumaïla Cissé de l’Union pour la République et la démocratie (URD) a reconnu, lundi 12 août, sa défaite à l’élection présidentielle et s’est rendu chez son rival Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, du Rassemblement pour le Mali (RPM) à qui il a présenté ses félicitations. Le journaliste Francis Kpatindé, fin connaisseur de la vie politique malienne, a pu rencontrer hier soir Soumaïla Cissé.

 

RFI : Soumaïla Cissé a reconnu ce lundi soir sa défaite à Bamako. Est-ce que cela vous a surpris ?

 

Francis Kpatindé : Je n'ai pas été surpris. Il y a deux facteurs qui ont joué. D'abord il y avait l'évidence des chiffres qui parlaient d'eux-mêmes. Donc comme c'est quelqu'un d'intelligent, il a fait ce constat qu'il n'avait pas tous les résultats, en tout cas pas les résultats officiels. Il a pris acte de cela et a pris les devants en téléphonant à son adversaire et en demandant à aller le voir. C'est le premier argument.

 

Le deuxième argument, c'est qu'il ne faut pas oublier qu'il ne vient pas de nulle part. Lui, comme Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), ont occupé de hautes fonctions au plan national, mais également au plan international pour ce qui le concerne. Il a occupé de hautes fonctions à l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Il a été ministre des Finances. Il n'a aucun intérêt, le Mali sort de la nuit des temps, d'une crise majeure dans l'histoire de ce pays qui est indépendant depuis 1960. Donc il ne fallait pas rajouter de l'huile sur le feu. Cela ne m'a pas étonné. J'ai toujours dit que, les connaissant l'un et l'autre, je ne serais pas étonné qu'il reconnaisse sa défaite et qu'il aille voir l'adversaire pour le féliciter.

 

On avait pourtant entendu dans la journée l'entourage de Soumaïla Cissé contester vigoureusement la manière dont le deuxième tour s'était passé. Pourquoi, à ce moment-là, ne pas avoir attendu la proclamation des résultats ?

 

Ça c'est le jeu politicien. Ce n'est pas lui-même qui l'a dit. J'ai entendu et me suis dit que s’il laissait ses lieutenants dire ça, cela voulait dire que lui-même se réservait le droit, l'honneur d'appeler au calme. Si c'est ça, c'est coutumier des élections en Afrique. Il a envoyé le lieutenant qui a fait ce point de presse, qui a critiqué et a dénoncé les fraudes. Il portait également le message de son maître, le message de son responsable, de son leader. Mais le leader vient en grand seigneur pour éteindre le feu.

 

Selon vous, dans l'alliance des candidats qui s'étaient unis derrière Soumaïla Cissé – on avait parlé d'un front anti-IBK – les choses peuvent-elles aller aussi facilement ?

 

Il n'y a pas de problèmes. Dans ce pays, ce qui a peut-être fait du mal, c'est qu'il y avait un gouvernement consensuel, tout le monde allait à la source. Ce qu'il faut maintenant, c'est un chef d'Etat qui gouverne et une opposition. Soumaïla Cissé, que j'ai vu brièvement hier soir, est dans cet état d'esprit. Il sera un chef de l'opposition implacable, peut-être ne composant pas avec son adversaire, mais il sera réglo. C'est quelqu'un qui est républicain, que je connais depuis plus de vingt ans.

 

C'est quelqu'un qui, comme Ibrahim Boubacar Keïta, a le sens de l'Etat, a le sens de la mesure. Et n'oublions pas qu'ils sont scrutés, qu'ils sont sous l'observation de la communauté internationale, des Nations unies, de l'Union européenne. Donc ce sont des gens qui ont des relations à l'étranger et ils en tiennent compte. On vient d'avoir l'illustration, un bel exemple de ce qui devrait se passer dans les élections en Afrique. C'est bien que dès hier soir, il ait pris les devants et appelé son adversaire pour aller le féliciter. Il l'a fait de la plus belle manière.

 

Dans quel état d'esprit l'avez-vous trouvé ? Il est fair-play, on le comprend, mais est-ce qu'il est triste ? Est-ce qu'il est déçu ou est-il simplement serein ?

 

On a l'impression qu'il est débarrassé d'un poids, il a retrouvé une certaine jeunesse d'ailleurs. Il est gai, il avait le sourire. Il est débarrassé du poids de la campagne électorale et du poids également de ses soutiens. Il n'est pas exclu que certains aient essayé de le pousser à faire de la surenchère, mais en responsable régional, en responsable malien et surtout en tenant compte de la situation qui a prévalu dans ce pays depuis un an, il s'est dit « il n'est pas question de mettre de l'huile sur le feu ». Et c'est pour cela qu'il a appelé IBK, qu'il y est allé avec ses enfants. Ils ont discuté et il l'a félicité.

 

Il prend acte d'une élection dont les résultats se font attendre d'ailleurs parce que jusque là, on n'a même pas encore les résultats provisoires a fortiori les résultats définitifs qui seuls seront programmés par le Conseil constitutionnel.

 

Effectivement IBK n'est pas encore officiellement élu président du Mali à l'heure où nous parlons. On a quand même l'impression ce mardi matin que pour lui la victoire est totale…

 

Si l'adversaire reconnaît la victoire de celui qui est élu, ça veut dire que IBK est élu.

 

Politiquement les choses commencent sous de bons auspices pour Ibrahim Boubacar Keïta ?

 

Au-delà de la personnalité d'IBK, c'est même un bon signe pour les Maliens, un bon signal pour un pays qui est meurtri, qui ne marchait pas. On sentait qu'il y avait un malaise dans ce pays. C'est un bon déclic. [IBK] y va, ça veut dire qu'il a les pleins pouvoirs pour diriger ce pays. On parle d'un score assez important. Il peut utiliser ce capital pour essayer de conduire le Mali vers un avenir un peu plus radieux qu'il ne l'a connu ces derniers mois.

 

 

Par Nicolas Sur / RFI

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