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Algérie: la justice s'attaque à un ex-ministre installé à l'étranger

L'Algérie a décidé de frapper un grand coup dans une lourde affaire de corruption dénoncée à l'étranger contre sa société publique des hydrocarbures, Sonatrach, allant jusqu'à lancer un mandat d'arrêt international contre un de ses ex-ministres, une première.

Chakib Khelil, ancien PDG de la Sonatrach devenu ministre de l'Energie durant plus de dix ans jusqu'en 2010, son épouse, ses deux fils, notamment, sont accusés de blanchiment d'argent, abus de pouvoir et constitution de bandes criminelles, a annoncé lundi le procureur général près la cour d'Alger, Belkacem Zoghmati à la presse algérienne.

Farid Bedjaoui, largement cité dans la presse ces dernières semaines, tant algérienne qu'italienne, serait l'homme clé de Khelil. Il aurait été l'intermédiaire dans le versement de commissions de la Saïpem, filiale de l'italienne ENI, pour l'obtention de contrats pétroliers en Algérie.

Selon la presse italienne, 123 millions de dollars (92 millions d'euros) de commissions auraient été déposés sur des comptes à Singapour et Hong Kong contrôlés par M. Bedjaoui.

Il est sur la liste des mandats internationaux algériens mais aussi sur celle du parquet de Milan. L'homme de paille, qui serait installé à Dubaï avec un passeport français, devrait être plutôt extradé vers son pays d'origine, selon la loi internationale.

Sur un total de 22 accusés, deux sont des entreprises,l'italienne Saïpem, objet d'une enquête en Italie pour des pots-de-vin versés entre 2007 et 2009 en échange de sept contrats en Algérie évalués à 8 milliards d'euros, et la société Orascom de l'Egyptien Naguib Sawiris. 

Pour ce dernier, le procureur n'a pas fourni de précisions, mais il a qualifié l'ensemble de l'affaire de "véritable pieuvre qui a ses tentacules partout".

Coup de point

Les mandats d'arrêt internationaux ont pris effet il y a deux semaines et l'enquête n'en est encore qu'à ses débuts, selon la même source.

Toute la presse algérienne fait ses choux gras de ce coup de poing avec des photos en une de l'ex-ministre que les journalistes considéraient jusqu'à présent comme un protégé du système, mais elle fait peu de commentaires sur le fonds de l'affaire. 

Dans un rare éditorial, Liberté (francophone) se félicite de la prompte réaction de la justice algérienne, mais il déplore que l'Algérie soit "à la traîne dans le domaine de la communication. Si la justice italienne, partie prenante dans ce grand dossier de corruption, n'avait pas communiqué il était fort à parier que le secret de l'instruction serait tenu chez nous", lit-on encore.

En tout cas, le procureur avait insisté lundi sur le fait que l'Algérie n'avait pas attendu que la justice italienne enquête pour la suivre.
A la Sonatrach, qui assure 95% des exportations d'hydrocarbures de l'Algérie, 15e producteur mondial de pétrole, une série de scandales de corruption ont éclaté dès janvier 2010, après le limogeage de son PDG Mohamed Meziane, en poste depuis sept ans. Il a été condamné en décembre 2011 à deux ans de prison, dont un an ferme, pour malversations, bientôt suivi par d'autres ex-dirigeants de l'entreprise publique condamnés dans cette affaire nommée "Sonatrach I".

Le 10 février dernier, le parquet d'Alger a ouvert l'affaire "Sonatrach II" en ordonnant une enquête sur les contrats passés entre le géant ENI, dont Saïpem est une filiale, et Sonatrach.

L'actuel ministre de l'Energie, Youcef Yousfi, avait promis de se montrer "inflexible" envers toute personne impliquée. Avant lui, le président Abdelaziz Bouteflika avait affirmé en mars que l'Etat "n'hésitera pas à demander des comptes à toute personne coupable aux yeux de la loi".

Le mandat d'arrêt contre M. Khelil, devenu ministre dès le premier mandat de M. Bouteflika, est lancé alors que ce dernier est immobilisé depuis près de quatre mois des suites d'un AVC.

M. Khelil, détenteur d'un passeport américain, se trouve aux Etats-Unis avec sa famille rappellent les journaux qui jugent improbable son extradition car les Américains n'extradent pas leurs ressortissants.

La presse algérienne ne pouvait s'empêcher d'établir un parallèle avec Rafik Khalifa, le magnat algérien à la tête d'un empire qui a fait faillite en 2003. Condamné à la perpétuité en Algérie, il n'a toujours pas été extradé de Grande-Bretagne grâce à des procédures judiciaires très longues.

 

 

 

 

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