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Tunisie: la crise perdure, l'opposition veut mobiliser la rue

L'opposition espérait mobiliser en nombre ses partisans mardi soir pour la journée célébrant les acquis de la femme en Tunisie, et maintenir la pression sur les islamistes au pouvoir dont elle réclame la démission depuis l'assassinat d'un opposant.

Les détracteurs du parti islamiste Ennahda qui dirige le gouvernement espèrent ainsi relancer la mobilisation dans la rue qui a fortement décliné avec les fêtes de fin du ramadan la semaine dernière.

Ils espèrent une manifestation de masse, le 13 août étant une date symbolique marquant l'adoption en 1956 d'une législation accordant aux femmes des droits sans pareil dans le monde arabe. Les islamistes d'Ennahda sont cesse accusés de vouloir revenir sur ces acquis.

Le cortège doit rejoindre dans la soirée la place du Bardo, face à l'Assemblée nationale constituante (ANC) et centre de la contestation depuis l'assassinat du député Mohamed Brahmi le 25 juillet, attribué à la mouvance salafiste.

Un rassemblement rival, organisé par les islamistes, n'a réuni que quelques centaines de personnes dans l'après-midi à Tunis.

Le Front de salut national qui regroupe une kyrielle de partis allant de l'extrême gauche au centre-droit a pour sa part annoncé dans un communiqué le début d'une campagne "Dégage", slogan phare de la révolution de janvier 2011, pour obtenir le départ des responsables régionaux nommés par Ennahda.

Cette coalition prépare aussi "une mobilisation générale pour la semaine du départ (du gouvernement) à partir du le 24 août", sans plus de précisions.

Elle réclame aussi toujours la dissolution de la Constituante et la mise en place d'un gouvernement composé d'indépendants.

Ennahda a jusqu'à présent rejeté les revendications de l'opposition, proposant en retour d'élargir son gouvernement actuel à tous les partis. Les islamistes insistent sur sa légitimité issue de la Constituante élue en octobre 2011 mais dont les travaux ont pris près d'un an de retard faute de consensus sur la Constitution.

Le président Moncef Marzouki, un laïc allié des islamistes, a pour sa part exprimé une position très proche de celle d'Ennahda.

"Il faut qu'il y ait un gouvernement d'union nationale où tous les partis politiques seront représentés dans la prise de décision", a déclaré le président, dont les fonctions sont essentiellement honorifiques.

Gouvernement de technocrates

Il a aussi réclamé la reprise des travaux de la Constituante, gelés depuis une semaine par son président qui espère ainsi forcer les deux camps à négocier, sous l'égide du puissant syndicat UGTT, une sortie de crise.

De premiers pourparlers entre Ennahda et l'UGTT n'ont conduit lundi soir à aucune avancée.

"Nous espérons que la situation se clarifie à la fin de la semaine et qu'on arrivera à des solutions consensuelles", a estimé le Premier ministre islamiste Ali Larayedh.

Sa position est cependant fragilisée par l'UGTT, forte de 500.000 membres, et le patronat Utica qui sont favorables à la mise en place d'un gouvernement de technocrates tout en étant favorable au maintien de l'ANC. 

L'équipe gouvernementale actuelle est accusée d'avoir failli sur le plan sécuritaire, l'essor de la mouvance salafiste déstabilisant régulièrement le pays depuis la révolution de janvier 2011. Un premier cabinet dirigé par Ennahda avait déjà dû démissionner après l'assassinat d'un autre opposant, Chokri Belaïd, le 6 février.

Par ailleurs, quatre jours après l'assassinat de Brahmi, un groupe suspecté de liens avec Al-Qaïda et pourchassé par l'armée depuis décembre avait sauvagement tué huit militaires au mont Chaambi à la frontière algérienne.

Cette embuscade a déclenché une vaste opération "aérienne et terrestre" mais les autorités n'ont dressé aucun bilan après près de deux semaines de manoeuvres et de bombardements. Selon une source militaire sur place, six "terroristes" auraient été néanmoins tués lundi.

L'économie tunisienne, minée par les crises à répétition, peine aussi à se relever depuis la révolution de janvier 2011 alors que la misère et le chômage avaient été au coeur de cette révolte. 

 

 

AFP

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