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A lire: Les Francs-Maçons ont-ils fait la République?



Y aurait-il en France un pouvoir franc-maçon à la manoeuvre ? Colonel de gendarmerie en retraite considéré comme « le détective de l'histoire », Jean-Paul Lefebvre-Filleau s'attache à l'action des « fils de la lumière » dès 1870, dans la construction de la République et convie à une plongée dans leur univers - passionnante comme un lever de voile?

Le 4 septembre 1870, la République est proclamée et un « gouvernement de Défense nationale » formé - sur douze membres, il comprend neuf francs-maçons du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France. Menant son récit tambour battant depuis la chute du Second Empire et la naissance de la République jusqu'aux dernières élections présidentielles de mai 2012, l'auteur rappelle que « l'action principale du Grand Orient de France consistait à consolider le régime républicain qu'il considérait comme son ½uvre » - c'est ce que l'un de ses dirigeants avait proclamé lors du convent de l'obédience en 1887 : « Ce sont les maçons, ce sont les loges qui ont fait la République ».

Pour l'historien qui s'appuie sur une riche documentation, le doute n'est pas de mise : « Il appert nettement que, tout en se défendant de faire de la politique, les francs-maçons de la IIIe République étaient en réalité totalement engagés dans la politique, allant même à s'identifier comme les gardiens de la République, en plus clair : les gardiens du régime en place ».

La jeunesse de Marianne est jalonnée de scandales comme celui de Panama et de troubles comme les grèves de Carmaux, les attentats anarchistes ou les embarras du Trésor mais toujours le Grand Orient de France rappelle, comme lors de son convent de 1919, qu' « au-dessus des gouvernements qui passent, la maçonnerie, armature du régime, demeure ».

L'affaire Stavisky ébranle le régime en 1934-35 : « Des francs-maçons honnêtes furent les premiers à s'émouvoir de ce nouveau scandale. Plusieurs exprimèrent leurs états d'âme, au cours de réunions maçonniques, contre les malfaiteurs que les loges abritaient. L'un deux, Jean Barles, prit même position dans le journal Le Var : « Le fait que, dans l'affaire Stavisky, presque tous les inculpés, pour ne pas dire tous, avaient été admis à l'initiation, a douloureusement frappé et surpris les adhérents idéalistes et sincères (...) L'extension donnée en toutes circonstances au principe d'entraide a fait trop de passe-droit et d'injustices : elle a couvert trop d'actions blâmables ; elle a soustrait trop de coupables aux justes lois, en quelques circonstances même, l'entraide mal entendue a trop pris la forme d'une complicité. »

Une épuration s'ensuivit au sein de la franc-maçonnerie et le parti radical prononça l'exclusion de ses membres parlementaires les plus compromis. L'extrême-droite tenta de faire interdire la franc-maçonnerie - elle y parviendra sous le régime de Vichy - et l'éclipse se prolongera après la Libération.

Après l'élection de François Mitterand en mai 1981, « la franc-maçonnerie française vivra une nouvelle proximité avec le pouvoir politique d'une intensité comparable à celle du début du XXe siècle » - Roger Leray, grand maître du Grand Orient de France put même écrire dans le quotidien Le Monde le 13 août 1981 que « les projets du gouvernement correspondent à la sensibilité des francs-maçons du grand Orient de France ».

Trois décennies plus tard, une étude réalisée par Sophie Coignard, journaliste au Point, estime qu'il y aurait une centaine de députes et quatre-vingts sénateurs francs-maçons.

Trois siècles après son apparition, la franc-maçonnerie suscite encore un certain engouement, notamment en raison de la sécularisation de la société - voire des fantasmes sur le secret du pouvoir maçonnique. Aux rumeurs qui en feraient une secte, Michaël Segall rétorque : « En franc-maçonnerie, il est difficile d'entrer et très facile d'en sortir. Quant à une secte, vous remarquerez que, s'il est très facile d'y entrer, il est très difficile d'en sortir ».

L'essai foisonnant de Jean-Paul Lefebvre-Filleau se dévore aussi comme le roman de Marianne, de sa jeunesse radieuse à sa maturité plus que marquée par une certaine méfiance entre gouvernants et gouvernés, au cours d'une crise de civilisation propice à toutes les exacerbations.



Michel Loetscher



Jean-Paul Lefebvre-Filleau, La Franc-Maçonnerie au c½ur de la République de 1870 à nos jours, éditions De Borée, 486 p., 28 ¤


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