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Le procès du "coup d'Etat familial" déjoué au Togo en 2009 ajourné au 6 septembre


Kpatcha Gnassingbé, le 13 janvier 2006 à Lomé, au Togo AFP/Archives Erick Christian Ahounou

Le procès du présumé coup d'Etat de 2009 au Togo, dans lequel un frère du président Faure Gnassingbé, Kpatcha Gnassingbé, est le principal suspect, a été ajourné au 6 septembre peu après son ouverture jeudi devant la Cour suprême de Lomé.

Le président de cette Cour, Abalo Pétchélébia a indiqué que l'un des avocats français des trente-deux inculpés, Me Christian Charrière-Bournazel, avait demandé par courrier davantage de temps pour examiner le dossier.

"La séance est suspendue et reprend le 6 septembre", a-t-il déclaré dans une salle comble.

Le fond du dossier n'a pas été touché durant l'audience publique, marquée par des applaudissements de partisans de Kpatcha Gnassingbé quand celui-ci a pris brièvement la parole pour reconnaître ses avocats.

Ex-ministre de la Défense et l'un des nombreux fils du général Gnassingbé Eyadema qui régna d'une main de fer pendant 38 ans, Kpatcha Gnassingbé est accusé d'être le cerveau d'une tentative de putsch contre Faure Gnassingbé, à la tête de l'Etat depuis la mort de leur père en 2005.

Les trente-deux "personnalités civiles et militaires" poursuivies pour ce "coup" dont les circonstances restent obscures, étaient présentes, a constaté un journaliste de l'AFP.

Parmi elles, un autre demi-frère du président, Essolizam Gnassingbé, qui dirige une structure de communication à Lomé, et le général à la retraite Assani Tidjani, ancien chef d'Etat-major des Forces armées togolaises.

Les suspects sont accusés de "tentative d'attentat contre la sûreté de l'Etat, groupement de malfaiteurs, rébellion, violences et complicité", et encourent selon des sources judiciaires la prison à perpétuité, peine maximale depuis l'abolition en 2009 de la peine de mort.

Selon des sources proches de la famille Gnassingbé, trois cousins du chef de l'Etat figurent aussi parmi les inculpés.

Dans la nuit du 12 au 13 avril 2009, alors que le chef d'Etat s'apprétait à effectuer un voyage en Chine, un raid avait été mené contre le domicile de Kpatcha, officiellement pour arrêter des personnes soupçonnées d'"atteinte à la sûreté de l'Etat".

Il avait été arrêté le 15 devant l'ambassade américaine où il tentait de trouver refuge. Deux jours plus tard, le président, qui n'a jamais cité le nom de son demi-frère dans cette affaire, a remercié des "pays étrangers et amis" pour avoir prévenu Lomé "de l'imminence" du coup d'Etat.

L'un des avocats de la défense, Me Zeus Ajavon, a affirmé à l'AFP que Kpatcha Gnassingbé, député de Kara (nord) au moment de son arrestation, bénéficiait toujours de l'immunité parlementaire.

L'intéressé a mis son écharpe de député en début de séance, qu'il a dû retirer à la demande du président.

"Nous lui avons dit de la mettre parce que son immunité parlementaire n'a pas été levée", a expliqué Me Ajavon.

L'avocat a aussi indiqué avoir obtenu de la Cour jeudi que l'ensemble des suspects soient transférés vers la prison civile de Lomé. "Ils sont gardés au secret à l'Agence nationale de renseignements".

Un autre demi-frère du chef de l'Etat, le lieutenant-colonel Rock Gnassingbé, avait été limogé avec six autres chefs de garnison peu après le "coup" raté.

Soulignant des rivalités croissantes et connues entre Faure et Kpatcha, des analystes ont estimé que l'affaire s'apparentait avant tout à des règlements de compte familiaux.

Beaucoup en sont même venus à se demander s'il y avait réellement eu une tentative de coup d'Etat selon ces analystes qui, face à une justice jugée peu indépendante, ont douté que le procès ferait réellement la lumière sur cet épisode.

Faure Gnassingbé avait été installé à la présidence par l'armée en février 2005, immédiatement après l'annonce de la mort du général Eyadéma. Elu une première fois en 2005, il a été reconduit en 2010 à la tête du pays ouest-africain d'environ 6,5 millions d'habitants.