mis à jour le

Un recours accru à l’endettement extérieur

La dette extérieure du Royaume (dette du Trésor et dette des établissements publics et collectivités locales garantie par l'Etat) connaît un nouveau trend haussier. Durant les trois premiers mois de l'année 2013, (avant la dernière sortie du pays sur le marché international des capitaux), elle s'aggravait de 3,9 milliards de dirhams pour atteindre à 216 milliards de dirhams, soit 25,4 % du PIB, contre 212,7 milliards de dirhams en 2012 et 189,1 milliards de dirhams en 2011.

Cette dette extérieure publique est dominée par la dette extérieure du Trésor qui a atteint 114,7 milliards de dirhams à fin mars 2013, soit           53,25 % . Celle-ci avait atteint 117 milliards de dirhams à fin 2012, contre seulement 68,3 milliards de dirhams en 2008. Cette forte progression de la dette du Trésor au cours de ces dernières années résulte surtout de l'impact des dernières sorties du Royaume sur le marché international des capitaux (1 milliard d'euros en 2010 et 1,5 milliard de dollars en 2012) pour faire face aux déséquilibres du Budget tout en améliorant les réserves en devises du Royaume.

Ces sorties réalisées dans un contexte favorable des taux obligataires sur le marché international et de la bonne signature du Royaume ont permis d'atténuer la pression du Trésor sur le marché domestique et donc l'effet d'éviction qu'il exerce sur le marché national au détriment des entreprises dans un contexte de resserrement de liquidités bancaires.

Outre la dette du Trésor, la dette extérieure des établissements publics garantie par l'Etat s'est inscrite également sur une tendance haussière. Pour  les seuls trois premier mois de l'année, elle a affiché une hausse de 13,38 % pour atteindre 99,92 milliards de dirhams. Parmi les grandes entreprises emprunteuses figurent Autoroutes du Maroc, ONEE, OCP, etc.

Par ailleurs, concernant la structure de l'encours de la dette extérieure par emprunteur, la configuration par créancier montre que 49,2 % du stock de la dette sont contractés auprès des institutions internationales (BAD, BEI, AFD, BERD, etc.). Suivent les créanciers bilatéraux qui représentent 35,2 % de l'encours de la dette extérieure. Le reliquat, soit 15,6 % du stock, est contracté auprès des marchés financiers internationaux et des banques commerciales.

2Bilan-économique-2012-G2

77 % de la dette contractée à taux fixe

S'agissant des risques liés à l'évolution des taux d'intérêt, la dette contractée à taux fixe domine. Celle-ci représente plus de 77,1 % du stock de la dette extérieure du Royaume. En plus, la prééminence de la dette bilatérale impacte positivement sur le taux d'intérêt moyen des emprunts qui tourne autour de 3,3 % actuellement alors qu'il était de 4,5 % en 2000. De même, du fait que 73 % de l'encours de cette dette sont libellés en euro, devise à laquelle est arrimé le dirham, le risque de change lié à la dette extérieure demeure globalement limité.

Reste que si l'endettement en soi n'est pas un problème, sa croissance et surtout l'usage que l'on en fait mérite prudence et vigilance du fait que le remboursement du capital et des intérêts sur le moyen et long terme se traduit par des sorties de devises importantes. En clair, l'endettement extérieur doit servir à l'investissement créateur de revenus et d'emplois.

Enfin, pour être plus complet sur la dette extérieure du Royaume, outre la dette du Trésor et la dette des établissements publiques garantie par l'Etat, il y a aussi la dette non garantie. Celle-ci prend de l'importance et a progressé de 19,76 % au cours des trois premiers mois de l'année pour atteindre 29,32 milliards de dirhams.

Il faut souligner que pour diminuer son niveau d'endettement public, l'Etat a trouvé une parade en poussant certains établissements publics à sortir sur le marché international sans sa garantie. C'est le cas de l'OCP et l'ONEE qui ont bénéficié des prêts d'institutions internationales sans le parapluie de l'Etat.

Moussa Diop

La Nouvelle Tribune

Ses derniers articles: Peinture : Patrick Jolivet  Le Maroc renforce ses capacités de production en énergie solaire  Plus de 51.000 bénéficiaires de l’Initiative royale “Un million de cartables”