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Lucien Bembamba, ministre de l'Economie et des Finances :

Selon un rapport publié récemment par le Fonds monétaire International, notre pays a réalisé de belles performances économiques entre 2007 et 2012. Pour en savoir un peu plus sur les raisons de cette bonne appréciation de l'institution financière de Bretton Woods, nous avons interrogé le ministre en charge de l'Economie et des finances sur la période concernée, Lucien Bembamba.

selon un récent rapport du Fonds Monétaire International (FMI), le Burkina Faso a enregistré des progrès importants de 2007 à 2012, quels sont ces principaux résultats ?

Il est important de faire noter tout d'abord qu'il s'agit d'un rapport indépendant des services du FMI, ce qui lui confère une certaine crédibilité. Le rapport relève que malgré un environnement international et national difficile, ponctué par des crises et des chocs divers, le Burkina est parvenu à réaliser de bonnes performances. Les plus significatives concernent les domaines suivants. D'abord, la croissance économique qui correspond à la création de richesses par le pays. Sur la période 2007-2012, le Burkina a réalisé une croissance moyenne de 5,3% qui est supérieure à la moyenne régionale. Le pic de cette croissance a été enregistré en 2012 avec un taux de 9,2%.

Cette croissance a permis une augmentation régulière du PIB par habitant qui fait partie des indicateurs macroéconomiques de progrès économique. Cet indicateur est passé de 449 dollars des Etats Unis en 2007 à 603 dollars des Etats Unis en 2012, soit plus de 34% en 5 ans.

Ensuite, il y a l'inflation qui mesure l'augmentation du niveau général des prix. En moyenne le taux d'inflation a été contenu à 3% correspondant à la norme communautaire. Au niveau des finances publiques, au moment où de nombreux pays éprouvent des difficultés à contenir leur déficit budgétaire, le Burkina a réussi à réduire son déficit budgétaire de 5,7% du PIB en 2007 à 3,2% en 2012, ce qui est un bon signe de la maîtrise dans la gestion de nos finances publiques nous mettant à l'abri d'un surendettement pouvant jouer sur notre viabilité financière à moyen et long terme.

De même le déficit courant de la balance des paiements a connu une amélioration sensible passant de 11,5% du PIB en 2008 à 1,1% en 2011. Cela signifie que sur la période, l'écart entre la valeur des ventes de nos biens et services vers l'étranger et celle de nos achats de l'étranger s'est sensiblement réduit en notre faveur, ce qui nous a permis d'encaisser plus de devises.

Sur le volet social, les performances sont également palpables. Les dépenses budgétaires consacrées au social sont passées de 4,8% du PIB en moyenne sur la période 2000-2006 à 7,5% du PIB en 2012. Le rapport relève qu'au niveau des indicateurs sociaux des progrès sont enregistrés notamment au niveau de l'accès à l'éducation, même si des efforts doivent être intensifiés pour pouvoir réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Enfin autre domaine où des performances ont été réalisées, il s'agit de la hausse de part du secteur privé dans le PIB qui a atteint près de 68% en 2011. Au total vous notez que les performances ont concerné presque toutes les sphères de la vie économique et sociale de notre pays

Qu'est-ce qui a favorisé l'atteinte de ces résultats ?

Ces résultats n'auraient pas été possibles sans la mise en ½uvre vigoureuse et régulière des grandes réformes. Mais il est intéressant de noter que le rapport a mis en exergue le fait que les autorités burkinabè ont été proactives dans la prise de mesures pour faire face aux crises, ce qui a permis d'atténuer leurs effets. Ainsi déjà face à la crise financière, alimentaire et énergétique de 2008, le gouvernement a adopté un plan d'action d'urgence. C'est avec ce plan que le gouvernement a engagé son vaste programme de soutien à la production agricole comprenant la subvention des semences améliorées et des engrais, la mécanisation et le renforcement de l'encadrement des producteurs.

Depuis, vous avez noté un accroissement continu de la production des céréales notamment le maïs et le riz. C'est grâce à ce plan qu'on a mis en place des filets sociaux qui ont atténué l'impact de la crise sur les populations vulnérables. C'est dans le cadre de ce plan également qu'a été créé le programme de restructuration des entreprises en difficultés, ce qui a permis de sauver des emplois.

Après 2008, il y a eu les inondations du 1er septembre 2009. Là aussi, le gouvernement a très rapidement mis en place un dispositif qui a permis non seulement de prendre en charge les questions humanitaires mais aussi le relogement, la réhabilitation des infrastructures dégradées permettant la reprise des activités. Et plus récemment, c'était la crise sociale de 2011. A ce niveau, il faut préciser que pendant les six mois qu'a duré cette crise, les bailleurs dans leur logique de prudence, ont suspendu leur appui budgétaire. Il a fallu s'organiser dans la gestion des finances publiques pour non seulement continuer à assurer nos obligations habituelles telles que les salaires, le règlement de la dette extérieure, des factures des fournisseurs mais aussi faire face aux nouveaux besoins pour apaiser la situation sociale.

Ainsi nous avons indemnisé les victimes des casses, notamment du secteur informel, nous avons réglé en totalité les dettes sociales issues des condamnations de l'Etat par la justice, nous avons revalorisé la rémunération des travailleurs en apurant les arriérés des avancements, en élargissant l'indemnité de logement et de sujétion à tous les fonctionnaires et en augmentant les salaires de 5% à partir de janvier 2012.

Toutes ces mesures, financées sur nos propres recettes, ont permis de soutenir voir de relancer l'activité économique évitant ainsi la récession. C'est dire que cette promptitude du gouvernement dans la prise de mesures face aux crises est incontestablement l'une des clefs de la régularité des performances économiques.

Bien entendu, ces mesures pour faire face aux crises, n'auraient pas été possibles sans ce que nous appelons des fondamentaux économiques solides, c'est-à-dire que nous avons mené régulièrement des réformes qui ont consolidé nos finances publiques leur permettant de faire face aux crises. Je citerai entre autres les réformes menées au niveau de la mobilisation des recettes propres qui financent aujourd'hui près de deux tiers de notre budget. Il y a aussi les réformes qui ont permis d'améliorer le climat des affaires, le Burkina étant cité par la Banque Mondiale comme l'un des principaux pays réformateurs dans le cadre de l'exercice « doing business ».

A tout cela il faut ajouter que nous avons eu la chance de connaître ces dernières années un boom minier qui a boosté la croissance et qui se présente comme un secteur d'avenir. Au total c'est une combinaison de facteurs comprenant la vigueur et la régularité des réformes, la promptitude du gouvernement à prendre les mesures appropriées et les retombées du boom minier qui explique ces bonnes performances de notre économie.

Ces résultats dont il est question concernent la période 2007-2012 (vous êtes ministre de l'économie depuis cette période) quelle a été votre touche particulière ?

Ces résultats ne peuvent pas être mis au crédit d'une seule personne. Ils sont imputables aux efforts de plusieurs acteurs, sous l'égide du Président du Faso et du Premier Ministre, dans le cadre d'une collégialité gouvernementale jamais démentie dans la période concernée. Comme les autres membres du gouvernement, j'ai donc apporté ma contribution, avec l'ensemble des acteurs impliqués dans la mise en ½uvre des mesures et actions relevant des domaines de l'économie et des finances.

Si je dois néanmoins citer des points sur lesquels je me suis beaucoup investi, j'en vois notamment trois. Le premier point concerne la mobilisation des ressources internes. Dès ma prise de fonction au niveau du département, j'ai fait inscrire dans notre stratégie budgétaire, la nécessité d'augmenter chaque année la part du budget financée par nos ressources propres, convaincu que c'est la meilleure façon d'assurer un financement sûr et pérenne de notre développement. Aujourd'hui, comme je le disais tantôt, nous sommes à près des 2/3 du budget financé sur nos propres ressources.

Le second point concerne la révision de notre stratégie de développement pour passer du cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté, le CSLP, à la Stratégie de Croissance Accélérée et du Développement Durable, la SCADD. Dès le départ, la nouvelle conception que nous avons voulu imprimer à notre développement a eu du mal à passer, certains de nos partenaires craignant qu'on allait abandonner la lutte contre la pauvreté. Il a fallu beaucoup d'efforts de persuasion pour arriver au consensus que nous avons aujourd'hui sur la SCADD.

Enfin, le dernier point à relever c'est l'organisation du Ministère. J'attache beaucoup d'importance aux questions d'organisation sans laquelle tous les efforts consentis ne peuvent donner la plénitude de leurs effets. C'est ce que j'ai fait quand j'étais à la tête du Trésor Public. C'est ce que je fais depuis au niveau du Ministère de l'Economie et des Finances et je suis convaincu que la réforme institutionnelle que nous avons engagée nous permettra d'être encore plus efficace dans l'accompagnement de nos missions.

2007 correspond également à l'arrivée de Tertius ZONGO à la tête du gouvernement, y-a-t-il un lien entre ces résultats enregistrés et la gouvernance ZONGO ?

L'action du Premier Ministre Tertius ZONGO a probablement eu un effet sur la conduite de la politique économique et financière du Burkina Faso de 2007 à 2011. Comme je l'ai déjà souligné, cette action s'inscrit dans le cadre d'une dynamique globale impulsée par le Président du Faso, à l'issue de l'élection présidentielle de 2005. Ainsi, le Premier Ministre Tertius ZONGO et le gouvernement dont il a coordonné l'action ont conduit un ensemble de mesures de réformes économiques et financières qui ont contribué à l'avènement des résultats suscités. Il s'agit essentiellement des réformes en matière de gouvernance économique et financière, de gouvernance des entreprises, de développement économique et social, de même que celles dans le domaine de la gouvernance démocratique et politique, dont le suivi de la mise en ½uvre s'est fait dans le processus de suivi et d'évaluation du CSLP qui a été mis en ½uvre de 2000 à 2010.

Les performances enregistrées ont été consolidées avec l'arrivée de l'actuel Premier Ministre dans un contexte certainement plus difficile lié à la situation de la crise sociale de 2011. L'un dans l'autre, c'est une continuité dans l'action gouvernementale et le Burkina est reconnu comme un pays où l'engagement pour les réformes a été la chose la plus partagée par tous les gouvernements qui se sont succédé.

Le reproche que l'on vous fait, c'est que malgré la croissance économique, la pauvreté ne recule pas, comment expliquez-vous cela ?

Je voudrais vous faire remarquer d'abord qu'on ne peut pas dire que la pauvreté ne recule pas au Burkina Faso. Par contre, je conviens avec vous que la pauvreté ne recule pas au rythme que nous souhaiterions. Car les résultats de la dernière enquête (2009) de l'INSD sur les conditions de vie des ménages montrent qu'on est passé d'un taux de pauvreté de 46,4% en 2003 à 43,9% en 2009 soit une baisse de 2,5 points de pourcentage. Les prochaines enquêtes démontreront que ce seuil a encore baissé. Cela dit, le niveau reste encore élevé.

On peut avancer quelques explications à cette situation. Premièrement, la croissance démographique qui est de 3,1% par an, plombe les effets et l'impact de la croissance économique. Avec une telle croissance démographique, une croissance annuelle moyenne d'environ 5% se réduit à environ 2% par habitant. En outre cette forte croissance démographique constitue chaque année des défis énormes en termes d'infrastructures sociales pour satisfaire la population croissante et maintenir au moins leur niveau de vie.

Deuxièmement, sur la décennie écoulée, la création d'emplois n'ayant pas pu suivre suffisamment la croissance démographique, les ménages déjà majoritairement à faible revenu ont eu progressivement plus de personnes à soutenir avec des revenus ayant relativement peu augmenté. Enfin troisièmement, l'inflation induite par les facteurs exogènes à l'économie burkinabè tels que le cours mondial des devises, le prix des hydrocarbures, le prix des produits importés, à quelque peu renchérit le coût de la vie, limitant l'impact des efforts de l'Etat en matière de la réduction de la pauvreté. Ces quelques explications montrent à quel point la question de la réduction de la pauvreté reste un défi majeur.

Dans ces conditions, quelles sont les perspectives envisagées pour enfin réussir à faire reculer sensiblement la pauvreté au Burkina Faso ?

Ces perspectives sont bien dessinées dans la SCADD en ces termes : il faut une croissance forte et durable, une croissance qui crée de l'emploi et des revenus et surtout une croissance pro-pauvres. Pour y arriver, il faut cibler les activités et les secteurs qui permettent de relever à la fois ces défis. D'où l'importance que nous accordons aux conditions pour créer une croissance forte en mettant l'accent sur les infrastructures, l'énergie, le climat des affaires, etc... . D'où l'importance aussi de cibler les activités et les secteurs qui créent le plus d'emplois et de revenus notamment pour les pauvres et à ce titre, nous ciblons principalement le secteur agricole, l'élevage mais aussi l'artisanat et le tourisme, secteur dans lesquels nous avons des avantages comparatifs, sans oublier les PME/PMI qui sont très pourvoyeuses d'emploi notamment pour les jeunes.

Tous ces efforts ne doivent pas faire perdre de vue les mesures en faveur du développement du capital humain, notamment la santé et l'éducation et aussi la bonne gouvernance pour une saine gestion des ressources publiques. Ces orientations sont concrétisées dans les grands projets et programmes que le gouvernement met en ½uvre tels que le pôle de croissance de Bagré, les grands chantiers d'infrastructures, l'accroissement des offres éducatives et sanitaires, le programme spécial de création d'emplois sans oublier les actions ciblées sur les couches vulnérables à travers la Politique Nationale de protection sociale. Toutes ces questions seront mieux prises en charge dans le prochain budget 2014 qui sera placé sous le signe de la recherche et de la consolidation de la croissance inclusive et partagée.

La volatilité des cours, de la production et des exportations des matières premières et les fluctuations de recettes qui en découlent compliquent la gestion macroéconomique et la planification budgétaire. Comment assurer la viabilité des finances publiques tout en renforçant les perspectives de croissance et de recettes à moyen et long termes ?

Effectivement, la structure des exportations du Burkina Faso place en première position l'or, suivi du coton et de l'élevage. Dans un contexte international marqué par des crises et des tensions inflationnistes, le pays n'est donc pas en marge des chocs exogènes. C'est pour amortir ces chocs que nous avons entamé une série d'actions sous les orientations de la SCADD précédemment signalées.

En matière de ressources, nous allons continuer à mettre l'accent sur la mobilisation des recettes intérieures à travers l'approche unités de recouvrement, la sensibilisation des contribuables et de l'ensemble des acteurs sur le civisme fiscal, la lutte contre la fraude, le faux et la corruption, la poursuite de l'organisation et de la modernisation des administrations fiscales et douanières, l'élargissement de l'assiette fiscale.

En matière de dépenses, il y a lieu de consolider les acquis que sont la réduction des délais de traitement des dossiers, les réformes sur les marchés publics. Mais le grand défi à ce niveau reste l'efficacité de la dépense publique pour en faire un véritable levier de la croissance. Pour ce faire, il faut aller vers le budget programme, améliorer la formulation des projets et programmes, renforcer le suivi de leur exécution et l'évaluation de leur impact. Au total, il s'agit de poursuivre et de renforcer les différentes réformes engagées en veillant toujours à être proactif pour s'ajuster au contexte qui plus que jamais reste volatil.

Jacques Théodore BALIMA
Lefaso.net

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