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François Bozizé sur RFI:

Quatre mois après avoir été renversé par les rebelles centrafricains de la Seleka, Francois Bozizé sort de son silence. Le président déchu réside actuellement en France où vit sa famille. Comment juge-t-il la situation dans son pays ? Quelles sont ses ambitions ? Il répond aux questions de Gislaine Dupont.

 

 

Le président centrafricain François Bozizé lors d’une conférence de presse le 8 janvier 2013 à Bangui
© AFP

RFI: Vous aviez demandé l'asile politique en France après votre renversement le 24 mars. Vous n'avez pas obtenu visiblement de réponse. Aujourd'hui vous êtes sur le territoire français. Est-ce que ça veut dire que les autorités françaises ont changé d'avis ?

 

François Bozizé: Je n'ai pas demandé officiellement. Si je suis ici, c'est tout simplement pour rendre visite à ma famille qui réside depuis toujours en France. C'est l'objet de ma présence ici.

 

Est-ce que vous avez déjà rencontré des dirigeants français comme par exemple le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius ?

 

Toutes les autorités se trouvent en vacances actuellement et c'est difficile de pouvoir rencontrer qui que ce soit. Mais il y a des rendez-vous en vue. On verra comment les choses vont se dérouler.

 

Là vous allez rester à Paris pendant quelque temps ?

 

Oui, j'y suis encore pour quelque temps encore.

 

Quelques semaines ?

 

(rires) Pour quelques semaines, oui.

 

Quelles sont aujourd'hui vos ambitions ?

 

Pendant le séjour ici, j'ai été entouré par des compatriotes qui sont venus me voir. On a discuté. Finalement nous sommes tombés d'accord pour mettre sur pied une structure qu'on appelle le Front pour le retour de l'ordre constitutionnel en Centrafrique (Frocca). L'objectif de notre structure, c'est suivre de près et dénoncer tout ce qui se passe au pays, afin d'informer l'ensemble de la communauté internationale qui semble n'être pas encore pénétrée de la grave crise, du drame qui se construit en République centrafricaine.

 

Est-ce que vous avez le projet de rentrer à Bangui ?

 

Pourquoi vous me posez cette question ?

 

Si vous voulez le retour à l'ordre constitutionnel, cela veut dire que vous voulez reprendre votre pouvoir ?

 

Oui reprendre le pouvoir. Si l'occasion se présente, je le ferai.

 

Par la voie politique ou la voie des armes ?

 

La voie politique puisque la voie des armes ne vient que lorsque la solution politique n'est pas trouvée. Ça a été toujours comme cela.

 

Justement, Bangui vous soupçonne d'avoir déployé des militaires de l'autre côté du fleuve Oubangui en RDC, notamment le capitaine Eugène Ngaïkosset qui s'y trouverait. Est-ce que vous disposez aujourd'hui de forces militaires ?

 

Non, ça c'est de l'invention. Pour le moment, Ngaïkosset est réfugié au Congo démocratique, c'est tout ce que je sais. Mais là ce ne sont que des supputations.

 

Comment expliquez-vous la déroute de votre armée qui n'a pas su vous défendre et défendre la capitale ?

 

J'étais sur le terrain moi-même le 22 et le 23 mars avec cette armée. Et nous savions que nous avions détruit une bonne partie de la capacité militaire de la Seleka.

 

Mais la Seleka a pris le pouvoir…

 

Oui, elle a pris le pouvoir parce qu'elle a été aidée par une puissance extérieure. C'est tout.

 

Laquelle ?

 

Vous la connaissez, je ne voudrais pas encore rentrer dans les polémiques. C'est bien le Tchad.

 

De gauche à droite : les présidents tchadien Idriss Déby, centrafricain François Bozizé et congolais Denis Sassou Nguesso, le 25 juillet 2012 à Brazzaville.. AFP PHOTO / STR

De gauche à droite : les présidents tchadien Idriss Déby, centrafricain François Bozizé et congolais Denis Sassou Nguesso, le 25 juillet 2012 à Brazzaville..
AFP PHOTO / STR

Votre ancien allié, Idriss Déby vous a lâché. Pour quelle raison ?

 

J'aurais voulu que vous lui posiez la question pour que je puisse mieux comprendre car de mon côté, je ne crois pas avoir de problème avec le Tchad et le président Déby. J'ai été surpris de voir que ce sont les forces de son pays qui sont venues parachever l'action des rebelles.

 

La Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) et d'une certaine façon l'Union africaine n'ont pas imposé à Michel Djotodia le retour à l'ordre constitutionnel et ont négocié la mise en place d'un gouvernement de transition. Est-ce que cela vous a déçu ?

 

Ça c'est du bricolage. Ça ne servira à rien. Comment voulez-vous que des criminels puissent faire quelque chose de sérieux au pays ? Le désastre, le chaos, le désordre que nous constatons actuellement.

 

Est-ce que vous avez encore des alliés dans la sous-région ?

 

J'avais des alliés. Nous étions tous des alliés. Mais la politique est ce que vous connaissez. Du jour au lendemain, ça peut devenir rouge, vert, jaune... Et il faut toujours s'attendre à cela. C'est ce que je vis malheureusement pour mon pays et pour le peuple auquel j'appartiens, c'est pénible de constater cela.

 

Sur qui comptez-vous aujourd'hui pour changer la donne et peut-être envisager de reprendre votre pouvoir à Bangui ?

 

Compter sur quelqu'un ? Non. Peut-être la France qui a été à nos côtés depuis toujours et qui maîtrise mieux le problème centrafricain dans la mesure où nos partenaires de l'Afrique centrale ont créé le fiasco dans la situation centrafricaine. La France est mieux placée pour pouvoir résoudre le problème avec la contribution de l'Union africaine. Nous pourrions arriver à faire quelque chose.

 

Vous espérez un jour retrouver votre fauteuil présidentiel ?

 

(rires) Je suis démocrate. Je respecte la Constitution de mon pays. Si je dois le faire, je peux le faire. Si je ne peux pas le faire, si le peuple me rejette, je me plierai à la volonté du peuple. Mais la démarche n'est pas une démarche brutale, c'est de voir les voies et les moyens qui peuvent nous permettre de sauver ce peuple, ce pays, qui a trop souffert.

 

 

Par Ghislaine Dupont

 

RFI

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