mis à jour le

Tunisie : La décision de Ben Jaâfar et l’issue de la crise

Par Mansour Mhenni

La décision de Mustapha Ben Jaâfar, président de l'Assemblée Constituante 5 ANC ) , de suspendre les travaux de l'assemblée jusqu'à aboutissement à un consensus ne cesse de faire couler encre de l’encre et de la salive. J'avoue personnellement ne plus avoir confiance dans le président du parti Ettakattol, ni dans son parti, quant à une crédibilité certaine et une démarche rationnelle dans la gestion de l'intérêt national en cette période de difficile transition que vit douloureusement et sceptiquement notre pays. Mais pour le propos en question, il serait bon de souligner objectivement certains points :

1 - D'abord ses collègues dans le parti se disent surpris par la décision à laquelle ils n'auraient pas été associés ? Rien de plus normal dans l'esprit de séparation entre les partis d'une part, l'Etat et ses institutions d'autre part. Si la chose est vraie, la démarche de B. Jaâfar serait donc plutôt à saluer.

2 - Le plus curieux dans la situation, c'est le débat entre légalité et illégalité de la procédure ! Faut-il rappeler ici que le président de l'ANC n'a pas dissout l'assemblée ; il a juste suspendu ses travaux devant le constat d'une inutilité des discussions à sens unique en vue d'une transition démocratique et d'une constitution consensuelle. On aurait certes pu aller dans le sens d'une auto-dissolution de l'assemblée comme le préconisait Kaïs Saïed ; mais cela aurait fini dans un vrai cul-de-sac, voire dans une situation chaotique où il serait difficile de démêler le grain de l'ivraie. Il faut donc bien un consensus pour sortir du tunnel, et là, tout le monde ne semble pas l'entendre de la même oreille.

3 - D'un côté, le mouvement islamiste Ennahdha a fait preuve, apparemment et au vu de certains discours, d'une certaine « souplesse »  ; mais quel crédit donner à ces propos quand des personnalités importantes du mouvement continuent de bêler loin du troupeau ? Il n'y a qu'à écouter parler un Abdellatif Mekki, un Ayadi et un Sahbi Atig ( qui appelle à châtier les opposants et les tuer dans la rue ) pour rester sur ses gardes et continuer de se méfier du double discours et de la non concordance entre la parole et l'action. Cependant, peut-être ces responsables ont-ils ordre de continuer de jouer les intransigeants pour rendre plus appréciable toute concessure  faite par leur parti, « dans la douleur et l'opposition interne manifestes ».

4 - D'un autre côté, les éternels scissionnistes, les gars du CPR, les derniers gardiens de la maison après la déroute, crient toujours au complot et s'érigent en représentants d'un peuple qui les a eus sur le dos par un excès de confiance dans leur parrainage par Ennahdha. Quelque part, leur réaction s'explique par le nouveau désert qui s'ouvre devant eux, sans autre argument pour l'épreuve que leur gestion défaillante et leur politique de division des Tunisiens. Voilà pourquoi ils sont accrochés, toutes griffes dehors, à une situation qui est la seule qui leur conviennent, même si elle ne convient plus aux Tunisiens. A moins qu'ils n'aient, eux aussi, pour mission de rendre spectaculaire un intransigeance que le mouvement Ennahdha aura tout le mérite de soumettre aux conditions présentes et à ce qui sera « l'intérêt du consensus et de l'unité nationale », un peu comme le cinéma que continuent de jouer les LPR.

5 - Ce qui reste à faire désormais, c'est d'abord s'entendre sur l'essentiel : la révision des nominations partisanes (sous contrôle d'une instance indépendante) ; séparer l'administration et les mosquées des tiraillent politiques en action ; arrêter une date proche et crédible des prochaines élections avec la garantie de leur transparence et leur régularité ; charger une commission d'experts indépendants pour trancher sur les questions en litige dans le projet de constitution avec assurance de réceptivité de leurs propositions dans l'assemblée ; arrêter toute structure en relation avec la violence et souligner que l'Etat est seul maître de toute protection ; et finalement, former un gouvernement de compétences indépendantes (en nombre réduit) non éligibles aux prochaines élections, et non ce qu'on appelle « un gouvernement d'unité nationale » qui ne serait qu'un élargissement de la troïka ou la reproduction de sa parodie, avec pour seule logique, « partager le gâteau », gagner du temps et préparer les nouvelles coalitions. Or ces dernières postulations sont du ressort des partis, non du gouvernement.

Voilà le grand défi et le vrai pari, aujourd'hui, de tous les acteurs politiques s'ils veulent sortir le pays du guêpier où il s'est laissé prendre. C'est une responsabilité partagée que celle de redonner la Tunisie à tous les Tunisiens après que des groupuscules ont essayé de s'emparer d'elle moyennant un accident de parcours ou une supercherie dont l'Histoire ne tardera pas à dévoiler les tenants et les aboutissants, les aléas et les stratégies.

Dans certains pays, comme l'Egypte ou la Turquie, c'est l'armée qui se serait alignée sur les revendications populaires et qui aurait remis de l'ordre au foyer, non sans difficultés ni dégâts divers. Or la Tunisie a un potentiel étatique et civil qui lui permet de trouver en elle et en ses enfants les plus sincères assez de potentiel, assez d'amour et assez de rationalité pour initier la démarche typiquement tunisienne de résolution des conflits, celle qui n'insulte pas l'avenir et qui ne laisse pas des plaies difficilement cicatrisables.

Nous continuons de penser que cette démarche n'est possible que sous l'étendard de la centrale syndicale UGTT qui est à même de se faire entourer d'une vraie représentativité populaire et de conduire la marche sereine et réfléchie vers le salut de la société et le bien de la patrie.

Par Mansour Mhenni le 10 août 2013

Tunisie Focus

Ses derniers articles: Dimanche , Ban Ki-moon a reçu le rapport des enquêteurs de l’ONU en Syrie  Une météorite tombe  Journée internationale de la démocratie . Bla-bla-bla chez les arabes 

Tunisie

AFP

La Tunisie abolit l'interdiction du mariage des femmes avec des non-musulmans

La Tunisie abolit l'interdiction du mariage des femmes avec des non-musulmans

AFP

Craintes pour la transition démocratique en Tunisie après le vote d'une loi

Craintes pour la transition démocratique en Tunisie après le vote d'une loi

AFP

Vaste remaniement ministériel en Tunisie

Vaste remaniement ministériel en Tunisie

crise

AFP

Le Parlement panafricain en pleine crise existentielle

Le Parlement panafricain en pleine crise existentielle

AFP

Au Kenya, le portefeuille du "mwananchi"

Au Kenya, le portefeuille du "mwananchi"

AFP

Face

Face