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Mesure gouvernementale de relogement des étudiants expulsés des cités :

Devant les guichets ouverts par le gouvernement au Stade du 4 et à l'Institut de la jeunesse, de l'éducation physique et des Sports (INJEPS) pour le recensement des étudiants intéressés par une prise en charge (santé, logement, restauration), les candidats se font toujours attendre. Plus de trois jours après le lancement de l'opération visant le relogement d'étudiants expulsés manu militari des cités universitaires de Ouaga, le nombre d'étudiants inscrits n'avait pas encore atteint 14.

« 12- 13 », nous a précisé, ce vendredi 9 août aux environs de 12 h, le ministre de l'Action sociale et de la solidarité nationale, Alain Zoubga. A notre arrivée quelques dizaines de minutes plus tôt sur les lieux du déroulement de l'opération, nous n'avons pas en effet aperçu un étudiant en train de se faire enregistrer. En tout cas, pendant le temps passé sur place, aussi bien au stade du 4 août qu'à l'INJEPS, personne ne s'est présenté devant un guichet. Nous avons essayé alors de comprendre ce qui se passait auprès des agents du guichet ouvert au stade du 4 août. Nos interlocuteurs nous laissent entendre qu'il leur est impossible de dire quoi que ce soit. Et que si nous voulions avoir des informations sur le déroulement de l'opération, nous n'avions qu'à nous rendre à l'INJEPS où se trouvait leur responsable. Nous suivons leur conseil et nous voilà dans les locaux de l'INJEPS. Renseignements pris, nous nous retrouvons devant le responsable en question qui refuse lui aussi de parler. Il nous suggère d'aller voir le secrétaire général du ministère qui, dit-il, est le président de la commission en charge de la question. Nous n'obtempérons pas aussitôt. Nous avons continué à lui poser des questions. Il ne changea pas de stratégie, refusant toujours de répondre. Mais, à force d'harcèlement, il finit par lâcher du lest. C'est ainsi que nous apprenons qu'un groupe d'étudiants était venu les obliger à fermer les guichets. Et que c'était pour cette raison, que des éléments CRS (Compagnie Républicaine de Sécurité) étaient postés non loin de là pour parer à toute insécurité. Des éléments CRS étaient également stationnés près de l'unique guichet ouvert au stade du 4 août. Là aussi, nous apprenons à force d'insistance qu'il n'y avait eu que quelques inscriptions. Après avoir pris congé de nos interlocuteurs du stade du 4 août, nous avons mis le cap sur le ministère de l'Action sociale et de la Solidarité nationale. Du secrétariat général où nous avons été reçu dans un premier temps, nous nous sommes retrouvés dans le cabinet du ministre qui nous reçoit après quelques dizaines de minutes d'attente, grâce à la bonne facilitation de la directrice de communication et de la presse ministérielle, Alima Konaté.

Eclairages du ministre Zoubga

Après nous avoir écouté, le ministre de l'Action sociale et de la Solidarité nationale assure que son département n'a rien à cacher : « A l'heure actuelle, quand nous faisons le point, nous avons entre 12 et 13 inscrits. Ces inscrits ont pu le faire dans les conditions extrêmement difficiles. Parce qu'il y a un groupe d'étudiants qui s'est organisé, ils avaient des sacs pleins de cailloux. Ils sont venus pour essayer de disperser leurs camarades. Ils ont réussi en partie. C'est tout à fait normal : je ne peux pas être là pour m'inscrire pendant qu'on veut me lapider. Dans tous les cas, je dois vous dire ceci : Ce qui se passe n'est pas bien, mais nous comprenons. Les jeunes parfois n'ont pas la même vision que nous, n'ont pas la même façon de gérer les problèmes que nous ».

Toujours selon le ministre Zoubga, le groupe d'étudiants en question est allé plus loin en saisissant les premières listes des étudiants inscrits et en s'en prenant aux agents chargés de l'enregistrement des inscriptions. Et que face à cette situation, il a fallu appeler les forces de l'ordre pour assurer la sécurité. « Dans un premier temps, nous avons laissé faire parce que nous ne voulions pas donner l'impression qu'on est là pour réprimer les enfants. La police, exprès, est restée à distance pendant les deux premiers jours pour voir si les enfants eux-mêmes sont en mesure de s'auto-discipliner. Mais, ce n'était pas le cas, on a été obligé de faire appel aux forces de l'ordre pour sécuriser ceux qui viennent s'inscrire ».

Sur les raisons de la faible affluence des étudiants devant les guichets, le ministre Zoubga avance aussi le tapage médiatique qui donne l'impression, dit-il, « que le gouvernement frappe à gauche pour reprendre à droite ». Sur l'opportunité de la mesure, le patron du MASSN ne trouve rien à redire : « Avant tout, nous sommes des citoyens. Nous savons que les étudiants sont nos frères, nos enfants. Nous l'avons fait aussi parce que nous avons également une responsabilité en tant que gouvernants. Sur cette base, nous ne pouvons pas ne pas le faire. J'insiste pour dire que ce n'est pas une mesure de l'action sociale, c'est une mesure sociale de solidarité, c'est une mesure gouvernementale ».

Dr Zoubga se veut par ailleurs rassurant et conciliateur : « Nous n'avons pas mis en place tout ce dispositif pour taper sur les étudiants. Pas du tout, nous n'avons pas intérêt à taper les étudiants. Nous avons besoin qu'il y ait entre les étudiants et nous un minimum de dialogue parce que le pays a besoin de dialogue. Eux aussi, ils en ont besoin. On ne peut pas toujours tout résoudre à partir des questions simplement de principe. Il y a des moments où on n'est obligé de s'asseoir pour échanger avec celui qu'on considère parfois comme adversaire alors qu'en fait, lui aussi, il assume ses responsabilités ».

Le ministre de l'Action sociale et de la Solidarité note le fait que les choses se compliquent à Ouaga parce que, dit-il, les étudiants eux-mêmes ne s'entendent pas beaucoup, et n'ont pas l'air de comprendre. « Ceux qui veulent négocier sont empêchés de le faire par les autres. Alors que manifestement, aujourd'hui, dans ce qui se passe, la situation est plus ou moins normale à Bobo où les cités de vacances ont pu être ouvertes. Au niveau de Koudougou, Ouhigouya, la notion de cités de vacances a aussi été acceptée. Si à Ouagadougou ce n'est pas passé, c'est il y a certainement eu des maladresses par-ci, par-là. Il y a certainement eu aussi, une volonté, quelque part d'aller à l'affrontement ». Et l'autre chose que le ministre de la Solidarité nationale dit ne pas comprendre, c'est le « deux poids, deux mesures » des étudiants, le fait qu'ils ont été prompts à accepter les propositions d'aide d'autres personnes et refusent celle que leur propose le gouvernement. La logique, à l'entendre, aurait voulu qu'ils refusent toute aide. Et de leur donner ce conseil : « Même si les époques ont changé, il faut toujours privilégier les échanges, le dialogue car la lutte estudiantine ne renvoie forcement pas forcement à la violence ».

Pour la suite de l'opération, le ministre indique : « Nous avons relancé le communiqué et il y a, qu'on le veut ou non, certains qui viennent encore s'inscrire ».

Notons que (de source étudiante) le nombre d'étudiants concernés par la situation actuelle est évalué à plus de 7000 personnes, issues de toutes les résidences universitaires de Ouagadougou.

Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net

Le Faso

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