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Paris n'aide plus les immigrés tunisiens

«Le peuple tunisien vient de vivre, sans le soutien ni la solidarité des pays européens, une révolution dont les conséquences ont d’ores et déjà bouleversé toute une région du monde.»

Cette déclaration du maire de Paris, Bertrand Delanoë, au mois d’avril 2011, avait quelque peu atténué l’échec diplomatique français en Tunisie.

Le dispositif d'aide d'urgence voté le 26 avril qui visait à offrir un hébergement, de la nourriture ainsi qu’une assistance médicale, juridique et administrative aux immigrés tunisiens arrivés en France, s’est achevé le mercredi 31 août, fait savoir le site d'information tunisien Business News. Un arrêt difficilement compréhensible qui laissera plusieurs dizaines de réfugiés dans les rues de Paris sans aucune aide de l’Etat:

«Depuis avril, nous avons débloqué 1.425.000 euros en trois fois pour venir en aide aux migrants Tunisiens.»

«Nous avons trouvé 300 places en hébergement d’urgence, accompagné les associations caritatives mobilisées à leurs côtés, effectué des maraudes…», détaille Pascale Boistard, chargée de l’intégration et des étrangers non-communautaires à la mairie de Paris.

Des mesures exceptionnelles, certes, mais qui restent à ce jour encore insuffisantes:

«Cette année, nous devons gérer avec un quart de places en hébergement d’urgence en moins allouées par l’État», explique Pascale Boistard. «Le dispositif d’aide aux Tunisiens voté par la mairie était un plan d’urgence, il n’était pas destiné à durer. Il a été prolongé à deux reprises mais nous ne pouvons pas aller plus loin. On a tout assumé financièrement, on a été abandonné par l’État. La seule présence dont l’État a su faire preuve, ce sont les arrestations et les opérations d’évacuation.»

Après la chute du régime de Zine el-Abidine Ben Ali, des milliers de Tunisiens étaient parvenus jusqu’à la capitale française. Un parcours semé d’embûches, suivi de près par Slate Afrique. Une fois à Paris, à défaut de logements, plusieurs immigrés avaient trouvé refuge dans le parc de la Villette, puis dans le XIXe arrondissement, rue Botzaris, au sein de l’ancien quartier général du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), l’ex-parti politique du dictateur tunisien déchu.

Environ 80 des Tunisiens arrivés au printemps s’apprêtent à passer l'hiver à Paris.

«Ceux-là vont faire l’expérience de la précarité», prédit Pierre Henry, directeur général de l’association France terre d’asile. 

Pour ces Tunisiens, il reste l’option du retour volontaire. L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) offre aux migrants souhaitant regagner leur pays un billet d’avion ainsi qu’une enveloppe de 300 euros au titre de l’aide humanitaire au retour.

«Une aide supplémentaire de 700 euros, au titre de l’aide à l’insertion, est accordée par la mairie de Paris aux Tunisiens hébergés à Paris et qui ont obtenu l’aide au retour de l’OFII, précise Pascale Boistard. Nous ne pouvons pas faire profiter les non-Parisiens, cela sortirait des compétences de la municipalité.»

Ces Tunisiens «ont eu le temps de se constituer des réseaux de solidarité. Mais certains d'entre eux vont faire l'expérience de la précarité et de la clandestinité. Ils vont s'ajouter aux familles qui sont laissées à la rue», ajoute le président de France terre d’asile (FTA), Pierre Henry.

Lu sur Business News, Tunisie Focus, France 24