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 Manifestations anti-gouvernementale, le 6 août, à Tunis. REUTERS/Anis Mili
Manifestations anti-gouvernementale, le 6 août, à Tunis. REUTERS/Anis Mili

Tunisie en suspens

Le parti islamiste Ennahda a annoncé qu'il acceptait la suspension des travaux de l'assemblée constituante.

Le gouvernement tunisien fait le choix du dialogue. Après le gel des travaux de l'Assemblée constituante, il s'est engagé jeudi 8 août à régler la crise déclenchée par l'assassinat de l' opposant Mohamed Brahmi. Après une manifestation de dizaines de milliers d'opposants le 6 août dernier, la contestation semble se poursuivre à l'occasion de l'Aïd el-Fitr.

Le Premier ministre islamiste Ali Larayedh a noté que «le dialogue est le meilleur moyen de surmonter les difficultés et de résoudre les problèmes existants». «Le gouvernement ne ménagera aucun effort pour soutenir le processus de dialogue», a-t-il poursuivi.

Il s'agit de sa première réaction depuis que les travaux de l'Assemblée nationale constituante (ANC) ont été suspendus mardi 6 août, à l'issue de la mobilisation massive d'opposants au gouvernement dominé par le partis islamiste Ennahda. A la surprise générale, le président de l'Assemblée national constituante, MustaphaBen Jaafar, a décidé de suspendre ses travaux jusqu'à l'ouverture de négociations entre pouvoir et opposition. Cet allié laïc des islamistes espère ainsi forcer la main des deux camps pour régler la crise politique qui a débuté il y a deux semaines après l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi, attribué à la mouvance jihadiste.

Deux jours après cette annonce et une manifestation de dizaines de milliers de détracteurs du pouvoir à Tunis qui répondait à un rassemblement de masse pro-islamiste, aucune date ni accord de principe sur la tenue de pourparlers n'a été annoncé.

Les différents partis d'opposition, allant du centre droit à l'extrême gauche, réclament la démission du cabinet dirigé par Ennahda, la mise en place d'un gouvernement de salut national formé de personnalités indépendantes, ainsi que la dissolution de la Constituante. La puissante organisation syndicale UGTT, forte de 500.000 membres et capable de paralyser le pays, milite pour un gouvernement de technocrates et souhaite le maintien de l'ANC, une position partagée par le patronat, Utica.

De son côté, le parti islamiste Ennahda a accepté, à contrecoeur, la suspension de l'ANC, se disant ouvert à des négociations. Jeudi 8 août, son groupe parlementaire a vivement critiqué le gel des travaux de la Constituante, qualifiant d'«illégale et d'inconstitutionnelle» cette décision prise «unilatéralement et sans consultation»

Essor de la mouvance salafiste

«Malgré ces réserves, les élus islamistes espèrent que cette initiative contribuera à soutenir le dialogue pour parvenir à des solutions de compromis», a-t-il néanmoins ajouté.

Sur le front de la contestation, la coalition d'opposition hétéroclite, qui organise des manifestations quotidiennes pour obtenir la démission du gouvernement, a prévu de maintenir pendant les jours fériés ses rassemblements devant l'ANC, mais l'affluence avait largement baissé dès mercredi soir.

Des centaines de manifestants ont néanmoins participé à un nouveau rassemblement nocturne, comme tous les soirs depuis deux semaines. Dans la matinée, plusieurs dizaines de personnes ont aussi participé à une prière publique marquant la fin du ramadan. Ils se sont ensuite rendus au cimetière où ont été inhumés le député Brahmi, et l'opposant Chokri Belaïd tué le 6 février. Les veuves des deux hommes étaient présentes. 

L'opposition juge Ennahda responsable de l'essor de la mouvance salafiste depuis la révolution de 2011, et dont les attaques ne cessent de déstabiliser la Tunisie. Une opération militaire est d'ailleurs en cours depuis une semaine dans le Mont Chaambi (à la frontière algérienne) pour tenter d'y neutraliser un groupe armé qui serait lié à Al-Qaïda et accusé d'être responsable de la mort de 14 soldats depuis décembre.

Près de deux ans après l'élection de l'ANC, aucun consensus n'a été trouvé sur la future Constitution et une législation électorale. L'avenir de la Tunisie est en suspens.

Slate Afrique avec AFP

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