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L'imam égyptien qui faisait de la résistance

Au cœur de la révolution égyptienne, les mosquées autour de la place Tahrir gardaient leurs portes closes tandis que les Egyptiens luttaient contre le régime d’Hosni Moubarak.

Le cheikh Mazhar Chahine, 37 ans, prêcheur depuis six ans de la mosquée Omar Makram située place Tahrir, avait tenu à garder ses portes ouvertes et incité la foule à la résistance, raconte le quotidien Egyptien Al-Ahram:

«La vie ne valait plus rien sans dignité. Parfois, j’étais très angoissé en pensant que les miens seraient affligés par ma disparition», confie l'imam.

Tiraillé entre l’obligation de se plier à l’ancien régime en gardant ses distances ou intégrer les rangs des manifestants, les événements du 2 février avaient fini de le convaincre.

Au cours de cette fameuse journée, celle de la «bataille du chameau», l’un des martyrs de la révolution avait été transporté à la mosquée de Chahine:

«J’ai dirigé la prière pour les obsèques parmi les jeunes. Ensuite, j’ai gardé le cadavre à l’intérieur de la mosquée, car ni la police ni l’ambulance n’étaient disponibles et les télécommunications à Tahrir étaient très difficiles. Une heure plus tard, la mère du martyr est venue le voir», se souvient Chahine.

En remerciant l’imam, cette dernière avait tenu à ce que son second fils rejoigne les manifestants. Un signe fort pour Mazhar:

«C’était le déclic. Ma personnalité a complètement changé depuis. Je me suis dit que ce martyr n’est pas meilleur que moi».

Le cheikh a ouvert les portes de sa mosquée aux révolutionnaires pour utiliser les toilettes et passer la nuit dans cette extension de la place Tahrir. Il avait aussi tenu à faire le sermon du vendredi sur cette même place, le jour du départ de Moubarak.

Traditionnellement, les imams étaient recrutés parmi les diplômés de la mosquée Al-Azhar et leurs discours devaient traduire les positions du régime. Le jour de son sermon, l’imam avait tant retenu l’attention que la chaîne qatarie Al Jazeera avait repris ses annonces:

«La stupidité du régime a été l’une des raisons principales du succès. L’obstination du pouvoir et la bataille du chameau ont raccourci la durée de vie du régime.»

La plupart des cheiks salafistes émettaient des fatwas contre toute désobéissance au régime de Moubarak —à contre-courant des objectifs énoncés dans la mosquée de Chahine: «pain, liberté et équité».

«Le vendredi 11 février, j’ai cru que j’allais recevoir effectivement une balle au cœur ou dans la tête pendant le sermon, tirée par l’un des tireurs embusqués sur les toits des immeubles de la place Tahrir»

Même s’il présentait déjà depuis 2005 des programmes religieux sur le satellite, Chahine vient de signer un contrat avec la chaîne privée CBC pour animer un programme qu'il décrit comme «politique, social et religieux».

«Je prends de la distance par rapport à tous les courants existants. Un orateur doit être indépendant. Il doit se débarrasser des idéologies qui peuvent influencer son discours».

Lu sur Al-Ahram