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Entre réchauffement climatique et ses effets négatifs, mais aussi positifs, les convoitises des grandes puissances et la délicate indépendance à venir, la première dame du Groenland, Première ministre et également ministre des Affaires étrangères, explique son Groenland.  - Tout d'abord, Mme Aleqa Hammond, félicitations pour votre élection. Comment analysez-vous la situation économique au Groenland depuis que vous dirigez le pays ?   Merci beaucoup. Nous sommes très heureux de donner à notre coalition un mandat démocratique solide. La situation économique du Groenland est, comme dans de nombreux pays ces dernières années, un défi, mais nous sommes encouragés par les énormes potentialités de notre pays et nous avons traversé la crise financière facilement grâce aux subventions annuelles danoises. Le Groenland possède un très haut niveau de production d'énergies renouvelables. Environ 70% de notre production nationale d'électricité est d'origine hydraulique. Ceci est, bien sûr, un facteur de stabilisation et, comme nous remboursons les prêts pour la construction de ces centrales hydro-électriques, l'électricité que nous produisons et recevons pourra, en principe, devenir presque gratuite, ce qui contribuera à renforcer notre économie. L'industrie de la pêche groenlandaise, qui constitue l'épine dorsale de notre économie, continuera de l'être pour les années à venir car nos eaux ont encore un potentiel de développement. Mais cela devra être fait avec soin et avec la durabilité comme principe directeur. Les secteurs minier et pétrolier sont en phase d'exploration. Nous savons qu'il y a du pétrole, mais nous n'en avons pas encore trouvé en quantités commercialisables. Certains projets miniers sont en phase de production et nous en sommes maintenant à la gestion et la négociation des demandes d'ouverture de mines. Les hydrocarbures et mines sont des secteurs industriels encore à leurs balbutiements, mais peuvent devenir la nouvelle colonne vertébrale de notre économie. Enfin, je tiens à souligner que nous nous concentrons beaucoup sur l'éducation. De par notre statut d'ancienne colonie, notre niveau d'éducation est faible et nous avons donc concentré nos efforts dans ce secteur, ce qui a été fait en coopération avec l'UE. Nous allons continuer à le faire. Une population instruite est un élément fondamental non seulement pour l'économie, mais aussi pour le développement de notre peuple et de la société.   - Vous deviez augmenter les impôts pour les perspectives de l'exploitation minière afin de protéger le Groenland. Quels sont les résultats aujourd'hui ?   Nous n'avons pas encore augmenté les taxes sur l'industrie minière, il est donc trop tôt pour parler de résultats. Et ce n'est peut-être pas une augmentation de taxes que nous prévoyons, mais beaucoup plus un changement dans la fiscalité. En réalité, l'impôt sur les sociétés va baisser, mais nous allons introduire des redevances sur tous les minéraux durs. Cela signifie que vous allez commencer à payer des impôts comme une entreprise minière dès le jour où vous prendrez les minéraux du Groenland. Nous croyons que c'est raisonnable, comparé avec d'autres pays miniers, notre niveau d'imposition est relativement bas et très équilibré.   - La fonte des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes arctiques, rendant les perspectives minières plus intéressantes. Est-ce une bonne chose pour le Groenland ?   Le gouvernement du Groenland estime que le réchauffement climatique a été accéléré par les activités industrielles de l'homme. Cette évolution a des conséquences tragiques sur les écosystèmes et les sociétés humaines partout dans le monde. Cela ne devrait pas être oublié et donc les efforts visant à combattre le réchauffement climatique doivent se poursuivre par des négociations et des actes réels. Au Groenland et dans l'Arctique en général, la température augmente beaucoup plus que partout ailleurs sur la planète. Cela conduit à des conséquences négatives et positives. Nos pêcheurs et chasseurs doivent s'adapter à l'évolution des conditions météorologiques et à l'état des glaces, des espèces animales et des stocks de poissons qui migrent. C'est certainement un défi pour beaucoup de nos concitoyens qui ont fondé leur vie sur la chasse et la pêche. Mais nous recevons aussi les effets positifs du réchauffement climatique. Les agriculteurs du sud du Groenland connaissent des conditions plus favorables pour leurs cultures et certaines parties du secteur minier profitent aussi du climat plus chaud. De nouvelles voies de navigation, s'ouvrent au Nord-Ouest de l'Arctique et les passages du Nord-Est sont bénéfiques aux secteurs industriels de l'Arctique et du Groenland. Mais ces passages sont limités en période estivale et à la glace encore trop imprévisible pour que ceux-ci puissent être utilisés comme des voies de navigation commerciales stables. Il faudra des années pour que ces voies deviennent de vraies routes maritimes, mais la tendance est dans cette direction. Les sociétés minières en sont conscientes et pourront plus facilement vendre les minerais qu'elles extraient aux industriels d'Asie. Ces voies maritimes du Nord peuvent devenir des contributeurs positifs au plan économique, mais seul le temps dira si cela peut effectivement arriver.   - Comment le Groenland peut-il trouver son chemin entre le Danemark, la mondialisation, les Etats-Unis ou la Chine, entre influences et conflits de pouvoir dans la zone arctique ?   L'Arctique est une zone de non-conflit militaire. Les pays riverains de l'océan Arctique, ceux de l'Arctique (Canada, USA, Russie, Norvège et Groenland) ont signé la Déclaration d'Ilulissat en 2008 et se sont engagés à résoudre tous les différends par la voie diplomatique. Par ailleurs, le Conseil de l'Arctique est en train de devenir un forum de plus en plus important. Le Groenland a un bon niveau de coopération avec le Danemark sur les questions relatives aux affaires étrangères et à de nombreux autres domaines. Les Etats-Unis disposent de la base militaire de Thulé, à l'extrême Nord, et coopèrent avec le Groenland qui, lui-même, coopère de longue date avec l'UE, les pays nordiques et le Canada. Enfin, les pays asiatiques, comme la Chine et la Corée du Sud, sont maintenant de plus en plus actifs dans la région. Je crois que c'est positif. Il y a assez de place pour prendre part au développement de notre région et de nombreux domaines existent dans lesquels nous pouvons coopérer : la recherche, l'éducation, le développement des ressources, l'expédition, la cartographie, etc. Bien sûr, les nations et les peuples de l'Arctique sont et doivent continuer à être les principaux acteurs de la région, mais le Groenland ne voit pas la région de l'Arctique comme une zone de conflits de pouvoir, plutôt comme une région d'intérêts et de coopération. La région est composée de fortes puissances et aucune nation n'a intérêt à essayer de la déstabiliser.   - Pensez-vous que le Groenland obtiendra son indépendance avant les autres pays qui le demandent, la Palestine par exemple ?   L'indépendance n'est pas une course mais un objectif que nous devons atteindre. Nous faisons de notre mieux pour nous diriger vers l'indépendance. Mais celle-ci, nous la voulons solide, stable et sans danger pour notre pays et nos citoyens. Par conséquent, nous devons bien nous préparer et cela prendra des années. Etape par étape, nous allons prendre en charge davantage de compétences et de pouvoirs par rapport au Danemark. Etendre lentement notre autonomie et, de cette manière, devenir effectivement plus indépendants. Tout cela est possible grâce à la loi sur l'autonomie gouvernementale adoptée en 2009 et qui a été signée entre le Danemark et le Groenland. Dans ce processus, le Groenland se doit de se développer et de créer une base juridique solide pour un nouvel Etat dans le futur. Il existe de nombreux facteurs liés à la dynamique de développement, je ne peux donc pas dire quand nous allons atteindre l'indépendance. Mais c'est un de mes rêves. J'espère que je verrai l'indépendance avant de mourir et je vais tout faire pour nous rapprocher de cet objectif. Le cas de la Palestine est complètement différent. Il y a d'autres dynamiques impliquées, que vous connaissez sans doute mieux que moi. Nous suivons à distance dans les médias et dans l'esprit et nous soutenons tous les efforts déployés pour trouver une solution pacifique, viable pour tous. Personnellement, je soutiens la création d'un Etat palestinien indépendant.   - Avez-vous entendu parler de l'Algérie et de son président ?   Oui, j'ai bien sûr entendu parler de cette nation fière qu'est l'Algérie. C'est un pays avec une longue et riche histoire et avec de nombreuses cultures fascinantes. C'est aussi un pays avec un passé colonial, comme le Groenland. L'Algérie est l'un des rares pays dans le monde dont le territoire est plus grand que le Groenland (l'Algérie est le 10e plus grand pays du monde, le Groenland 12e). Et le Groenland possède une calotte glaciaire comme une sorte de désert de glace, un peu comme l'Algérie qui fait partie du grand désert du Sahara. J'ai entendu parler de votre président, Abdelaziz Bouteflika. C'est un homme connu pour être actif dans le Monde arabe et l'Union africaine et, bien sûr, pour avoir exercé comme président de l'Assemblée générale des Nations unies, en 1975.  

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