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Rached Ghannouchi aura-t-il assez d’humilité pour dire

Par Mansour Mhenni
Samedi 3 août 2013, j'ai eu pour Habib Bourguiba une douce pensée et un sentiment d'hommage à l'occasion de son 110ème anniversaire. Je me disais que la Tunisie avait besoin de lui encore, aujourd'hui plus que jamais. Non de la personne pour elle-même, mais du système de valeurs que son symbole a fini par cristalliser autour de son image historique.

D'abord Bouguiba comme consécration d'une identité tunisienne inaliénable, à nulle autre superposable quelle que soit l'étendue du champ de partage qu'elle peut avoir avec une autre. De ce point de vue, la Tunisie est une force d'échange, de coopération et de solidarité, jamais un élément à fusionner dans une autre identité : la Tunisie est Tunisie d'abord ; elle est aussi maghrébine, arabe, musulmane, méditerranéenne, africaine.

Bourguiba est aussi l'aboutissement et le repère d'une pensée civilisationnelle intelligente et rationnelle, conduite tout au long des siècles pour présenter au monde une vision humaniste de synthèse où nul ne peut être exclu du champ de l'ETRE et du FAIRE tant qu'il ne constitue pas lui-même une menace d'exclusion pour autrui. Cela donc fait de la Tunisie un pays de paix et de sage diplomatie, farouchement opposé à la violence et à l'esprit belliqueux.

Bourguiba est aussi le symbole de la concrétisation d'une pratique politique réaliste et prospective, aussi discutable qu'elle paraisse à certains, après coup. Rappelons qu'il s'agit de Bourguiba comme un aboutissement civilisationnel n'ayant pu se réaliser dans la meilleure de sa configuration que dans un homme exceptionnel prédisposé à porter ce projet. Qu'on le veuille ou pas, c'est cette pratique politique qui, malgré sa défaillance dans certaines de ses options, a fait la société instruite et intelligente qu'est la nôtre en tablant sur l'instruction ; c'est elle qui a ½uvré pour la santé du corps autant que pour celle de l'esprit ; c'est elle qui nous a dotés d'une des meilleures, sinon la meilleure constitution pour un pays comme le nôtre en ce temps-là ; c'est elle qui a fait l'exception du code du statut personnel dans le monde musulman pour mettre la femme tunisienne sur la voie de la liberté et de la modernité de façon à lui permettre une participation active au développement national ; c'est elle encore, cette pratique, qui a formé des cadres des plus compétents et édifié des institutions et une administration des plus évoluées, si bien que même les manquements qu'on peut leur reprocher ne sont que des manquements humains, personnalisés dans des dirigeants ou des citoyens, sans atteinte structurelle à l'institution ou à l'organisation.

A partir de janvier 2011, la pire des erreurs politiques à mon avis, qui paraissait comme la meilleure stratégie de repositionnement pour certaines mouvances politiques, a été de vouloir faire table-rase de plus de cinquante ans d'Histoire et de mettre tout le monde, ou presque, dans le même sac du discrédit et du dénigrement. Du coup, il n'y a plus d'indépendance, il n'y a plus de République, il n'y a plus de modernité, il n'y a plus d'Etat ! Pour un peu, il n’y aurait plus de peuple du tout !

Mais comme on ne peut pas postuler au pouvoir sans avoir un peuple à la base, ne serait-ce que dans le discours, on a pris le mot « peuple », on l'a chargé d'un nouveau référent conçu sur mesure et on a commencé à travailler avec.

Toutefois, en procédant de la sorte, on oubliait qu'il y avait bel et bien un peuple réel, vivant et interagissant. Il s'était révolté pour corriger une démarche , non pour troquer une patrie contre une autre. Il s'était révolté pour écarter des responsables défaillants dans l'espoir de les remplacer par des responsables honnêtes et non par de nouveaux opportunistes adeptes des mêmes manigances de profit dont on voulait se débarrasser, ou au moins réduire l'effet autant que faire se pourrait.

Cela, Rached Ghannouchi , président du mouvement islamiste Ennahdha, commandant rigide de ses soldats et manipulateur efficace de ses subsidiaires de partenaires ,le savait-il ? A mon avis, oui, il ne le savait que trop, mais il avait depuis toujours choisi de se placer à contre-courant de cette réalité, par conviction idéologique ou tout simplement par dépit personnel contre Habib Bourguiba, un dépit s'amplifiant jusqu'à la ranc½ur haineuse dont il n'a pas caché les manifestations les plus scandaleuses, comme son refus de reconnaître à celui qui reste malgré lui « le fondateur de la Tunisie moderne » et un musulman à sa manière, à la fois son mérite historique et son droit à la miséricorde divine, allant jusqu'à lui refuser le simple « Rahimahou Allah ! ».

Or, dans son discours enflammé à la Kasbah à Tunis, samedi 3 août 2013, le jour même du 110ème anniversaire du leader Bourguiba ( ou du moins ce que j'ai retenu de ce discours sur les ondes d'ExpressFM ? ),Rached Ghannouchi a reconnu explicitement, et répété plusieurs fois, les mérites et les acquis de la Tunisie moderne : ses militants et militantes dont Radhia Haddad, ses réalisations dont le code du statut personnel, son administration et la masse anonyme et dévouée qui l'a faite ce qu'elle est : une vraie fierté nationale non de moindre importance que l'armée ou les services de sécurité, eux qui, dans les moments les plus critiques de notre histoire récente, ont permis à l'Etat de perdurer.

Ghannouchi a reconnu tout cela, tout en soulignant la nécessité pour certains « coupables » ( qui à part la justice validerait une quelconque culpabilité ?) de demander pardon au peuple, en vue d'une réconciliation nationale et d'une reprise collective de l'effort commun pour le développement. Il a fait un peu du Bourguiba sans le nommer, peut-être aussi du Mandela sans le reconnaître ! Cela est bien beau pour la circonstance, mais n'est-ce pas seulement un discours de circonstance ? N'est-ce pas un autre épisode de la gestion de la grave crise que vit son mouvement , comme on en a vu d'autres ces deux dernières années ?

Comment donner au peuple tunisien d'abord, peut-être à l'opposition aussi qu'on continue de considérer comme « une horde de comploteurs », l'assurance que les propos de Ghannouchi sont sincères et que les objectifs soulignés dans sa harangue sont les vrais et les bons ?

Pour ce faire, si c'est vraiment l'intention d'Ennahdha et de son chef, il faut plusieurs réajustements à la façon d'être, de voir et de faire, aussi bien de ses militants que de ses dirigeants. Ils doivent tous tenir un même langage et avoir un comportement conforme à ce langage. Ils doivent donner la preuve concrète et évidente que leur main est bel et bien tendue pour une réconciliation nationale et pour l'intérêt commun, celui de la Tunisie seulement, avant et en dehors de toute autre connivence. Bref, ils doivent faire valoir leur option de politique civile, pour le seul intérêt de la Tunisie que leur chef a invoquée , au niveau du discours , à plusieurs reprises ; « Ya Tounès ! Ya Tounès ! Ya Tounès ! »

Peut-être cela commencera-t-il à avoir de la crédibilité le jour où, en bon musulman qu'il se dit être et nous n'avons pas de raison d'en douter, Rached Ghannouchi aura assez d'humilité et de bon c½ur pour dire : « Bourguiba, Ra7imaho Allah ! ».

Par Mansour Mhenni le 5 août 2013

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