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Latifa Ecchihabi, DG de l’ANPME : Notre mission, accompagner les PME dans leur quête de modernisation compétitive

La Nouvelle Tribune : vous dirigez l'ANPME, agence dont l’importance s’impose par ces temps de crise où les PME souffrent de son impact. Pouvez-vous nous dire si vous en avez des échos et quelle est la situation actuelle de cette catégorie d’entreprises plutôt fragiles ?    Comment voyez vous l’évolution de la place de la PME dans l’économie marocaine ?

 

Mme Latifa Ecchihabi :La réponse à votre question coule de source. A partir du moment où les PME constituent la catégorie d'entreprises prédominante dans notre tissu productif, et que celui-ci pâtit de la crise, nos PME seront inévitablement affectées, en termes notamment de contraction des carnets de commandes et des capacités d'embauche, sachant qu'elles souffrent déjà de contraintes structurelles typiques des PME : faiblesse des moyens humains, techniques et financiers, insuffisances en matière de formation, d'innovation et de qualité, sans oublier leur difficulté à conquérir de nouveaux débouchés et à accéder au financement et au foncier. 

Mais plutôt que de verser dans le discours pessimiste et alarmiste, abordons les choses en termes de défis à relever : améliorer la compétitivité de l'entreprise marocaine, affronter l'ouverture internationale croissante, transformer les menaces de la mondialisation en opportunités, gagner la bataille de l'exportation, innover, créer de la richesse, de l'emploi... 

Comment mettre ces défis à la portée de la PME marocaine ? C'est dans cette logique que s'inscrit l'action de l'ANPME que vous évoquez dans votre question, notre mission majeure, par le truchement de nos programmes, étant d'accompagner les PME dans leur quête de modernisation compétitive, de l'excellence, de la qualité afin qu'elles puissent jouer le rôle de pivot de la croissance dont elles sont d'ailleurs investies, non seulement dans notre pays, mais de par le monde. 

Concernant l'évolution de la PME dans l'économie, je ne voudrais pas me lancer dans un exercice de prospective hasardeux, mais je vous remercie tout de même de me poser la question, pour plusieurs raisons. D'abord, parce que cela me donne l'occasion de partager avec vous notre aspiration profonde qui est celle de voir émerger à l'échelle des PME de véritables « champions nationaux », locomotives de l'économie, et pourquoi pas, à terme, à même de se mesurer aux PME européennes. 

Ensuite, parce que précisément nous oeuvrons actuellement à la mise en place d'un « Small Business Act marocain » : c'est tout le travail de refonte de la Charte de la PME qui ambitionne l'adaptation de l'environnement réglementaire  des PME aux évolutions récentes du Royaume et aux besoins de plus en plus caractérisés de cette catégorie d'entreprises. 

Enfin, parce que votre question est étroitement liée à un projet stratégique qui devrait, dans le cadre d'une approche partenariale, voir le jour incessamment, je veux parler de l'Observatoire marocain de la TPME, grâce auquel nous serons en mesure d'assurer le suivi de la PME et son évolution dans ses différentes composantes (démographique, économique, financière...) et de combler le relatif déficit en données statistiques.

Les programmes de soutien à la TPME ne manquent pas au niveau de l’Agence Nationale pour la Promotion de la PME que vous dirigez, quels sont sont ceux qui sont spécifiquement utilisés au contexte actuel, pouvez vous nous en faire un compte rendu chiffré ?

 Ce n'est évidemment pas le lieu ici d'aller dans les détails techniques des programmes d'appui de l'Agence. Je préfère pour cela renvoyer vos lecteurs à notre site Web : www.anpme.ma. En revanche, je voudrais insister sur ce qui constitue à mes yeux l'atout majeur de la politique publique d'appui aux entreprises, d'une manière générale, sa force de frappe, et qui s'articule autour des quatre principes suivants :

 Tout d'abord, le fort ancrage de l'appui aux stratégies sectorielles, telles entre autres, Emergence, Rawaj, Maroc Numeric, Maroc Vert, Halieutis..., car elles ont toute une composante transversale ''PME''. Ancrage, ensuite, de l'appui aux régions du Royaume, a fortiori, dans la perspective du projet de Régionalisation avancée. En troisième lieu, nous pouvons nous targuer de la visée exhaustive de l'accompagnement des PME puisque les programmes d'appui existants, au-delà de l'ANPME, couvrent tout le cycle de vie de l'entreprise, de l'amorçage, à la création, au développement, et à la transmission. Dernier point: la diversité des programmes, puisque trois catégories d'entreprises sont en fait ciblées : la jeune, la petite et la très petite entreprise ; la PME en phase de modernisation ; la PME à fort potentiel de croissance.

En termes chiffrés, et à ne retenir que nos deux programmes phares, je rappellerai en ce qui concerne les objectifs annuels, qu'Imtiaz vise désormais à accompagner 80 PME à fort potentiel porteuses de projets de développement ambitieux, alors que Moussanada cible 700 PME à appuyer dans leur démarche de modernisation compétitive, à travers une offre de services très diversifiée. 

Depuis le démarrage de ces programmes en 2010, 116 projets ont bénéficié de la prime Imtiaz dont le montant global s'élève à plus de 425 MDH, Moussanada ayant permis pour sa part d'accompagner plus de 900 entreprises qui ont bénéficié de plus de 1400 actions.

Mais ce n'est pas tant ces chiffres sur lesquels je voudrais insister, car il n'est pas question de se complaire dans l'autosatisfaction. Il importe de souligner plutôt que, compte tenu du potentiel d'entreprises susceptibles d'être accompagnées, nous devons passer à la vitesse supérieure et atteindre le traitement de masse. 

Il y va de l'émergence industrielle du Maroc, basée sur un système productif autonome et cohérent, et bien entendu compétitif.  Elle est là notre ambition, et le Cadre Contractuel 2013-2020, signé en février dernier entre l'Etat et l'ANPME n'a d'autre perspective que d'insuffler un nouvel élan à la politique d'appui aux PME, à partir de nouvelles dispositions étroitement alignées sur les besoins et attentes des entreprises, et qui introduisent des améliorations substantielles quant aux conditions d'accès aux programmes.

Est ce que l’ANPME fait équipe avec d’autres organismes de soutien aux PME comme la CCG pour accompagner efficacement ces dernières?
L'approche partenariale fait partie de nos mots d'ordre essentiels, parce que nous sommes toujours soucieux de la valorisation des synergies existantes, de l’optimisation et de la mutualisation des ressources et des compétences. En particulier, le partenariat public/privé est un principe à la fois méthodologique et opérationnel qui conditionne toute la chaîne de valeur de l’appui, depuis l’ingénierie des programmes, jusqu’à leur évaluation. Vous savez, par ailleurs, que l'éligibilité des entreprises aux programmes d'appui est entre autres conditionnée par un rating bancaire, et à ce titre, la banque constitue un partenaire de premier plan de l'ANPME dans un cadre conventionnel bien établi. 

De même avec la CCG, nous avons un partenariat rapproché notamment à travers la mise en oeuvre du projet spécifique d’appui au secteur du textile .Au-delà,  l'Agence est réceptive à tout partenariat avec des bailleurs de fonds ou d'autres organismes d'appui, nationaux ou internationaux, en vue de mettre sur pied des projets structurants de nature à améliorer les conditions de développement des entreprises. J'ai cité tout à l'heure l'Observatoire marocain de la TPME, ainsi que la refonte de la Charte de la PME, ce sont des exemples parmi d'autres comme le statut de l'Auto-entrepreneur ou la transmission des entreprises qui illustrent très bien cette approche partenariale dans laquelle nous nous inscrivons. 

 En termes de budgets, quels sont les moyens de l’ANPME pour faire face aux besoins des PME et quelle est son évolution récente?

Vous laissez la question du nerf de la guerre pour la fin ! Comme je vous l'ai déjà dit, l'ANPME a signé il y a quelques mois avec l'Etat un Cadre Contractuel qui donne à l'Agence une visibilité sur les 7 années à venir et qui traduit une montée en charge des objectifs des programmes avec, corrélativement, accroissement et « sécurisation » des financements, et ce, en dépit du contexte de restrictions budgétaires actuelles. Nous disposons ainsi d'une enveloppe annuelle de 400 MDH, ce qui représente plus de 3 fois le budget accordé dans le cadre contractuel antérieur, néanmoins, les coupes budgétaires de l'Etat au titre de l'exercice 2013 vont affecter ce montant par une baisse de 117 MDH. Pour autant, les entreprises ne doivent pas s'alarmer outre mesure : les décaissements sont opérés graduellement, au fur et à mesure de la réalisation des actions d'appui qui peut s'étaler sur plusieurs mois, ce qui minimisera, de fait, de cette restriction budgétaire.

 Entretien réalisé par Afifa Dassouli

 

La Nouvelle Tribune

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