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Le temps du développement de l’Afrique est-il venu ?

Il est devenu un véritable truisme de dire aujourd'hui que l'Afrique est le continent de tous les possibles et que son potentiel de développement fait d'elle l'un des centres de la croissance économique mondiale de la première moitié du présent siècle. 

Il est également très banal de constater que dans cette perspective, l'Afrique intéresse tout à la fois les grands investisseurs internationaux, les BRICs (notamment la Chine et l'Inde), les anciennes puissances coloniales, les Etats-Unis, mais aussi les pays africains eux-mêmes et notamment ceux qui disposent des atouts dans cette perspective. 

Dans ce contexte, il est particulièrement évident que le Maroc fait partie de cette dernière catégorie, lui qui se situe à la pointe nord du continent, à une dizaine de kilomètres de l'Europe, mais aussi en une position géostratégique de premier ordre, à l'entré du Détroit de Gibraltar, point de passage obligé vars le Sud africain, l'Est asiatique, l'Ouest américain et le Nord européen…

Le Maroc peut être tout à la fois un hub et la porte d'entrée (gateway) de l'Afrique, aussi est-il pertinent, comme l'a fait Ibrahim Assane Mayaki*, secrétaire exécutif du NEPAD, lors des treizièmes rencontres d'Aix, de se demander si le temps du développement de l'Afrique est venu.

FY

 

Pour cet intellectuel nigérien de valeur qu'est Ibrahim Assane Mayaki, «poser la question de la réalité du développement de l'Afrique, c'est déjà en partie y répondre. sous l'angle de la croissance, les faits sont assez bien établis et il suffit d'en rappeler quelques indicateurs. Le FMI a estimé la croissance à 6,5% par an dans les années 2004-2008, chiffre réduit seulement à 5,4% en 2010 et 5,2% en 2011, malgré la crise globale. On a souvent mentionné la capacité de résilience de l'Afrique face à la crise financière que l'on peut imputer à sa faible intégration aux marchés financiers internationaux et au relais de croissance pris par les deux géants asiatiques sur la contraction de la demande des partenaires occidentaux traditionnels».

En soulignant que la définition du type de croissance pour le continent africain, liée aux défis démographique et environnemental est le véritable enjeu, Ibrahim Mayaki constate que cette réelle croissance s'accompagne de la persistance d'une pauvreté massive. «Le taux d'extrême pauvreté est proche de 50 % en Afrique subsaharienne, soit le taux le plus élevé au monde, malgré une baisse de 17 % dans la dernière décennie».

Ce problème évoqué par le secrétaire exécutif du NEPAD rend encore plus problématique la question de la démographie puisque «l'Afrique subsaharienne est la dernière région du monde à s'engager dans un processus de transition démographique; elle commence à peine dans certains pays: Afrique du Nord, Afrique australe. Le reste du continent, qui représente 90 % de la population subsaharienne, détient le record mondial de la fécondité, avec 5,5 enfants par femme».

Mais ces entraves objectives au développement sont atténuées ou quelque peu relativisées par plusieurs éléments qui permettent à Mayaki de considérer, in fine, que le temps du développement, le momentum, est effectivement là.

Il cite d'abord l'émergence d'une classe moyenne, mais précise que «la vision d'une Afrique dont la croissance repose sur es ressources naturelles est à nuancer. Une étude sur la consommation montre à quel point la globalisation a pénétré les modèles de consommation africains». «les classes moyennes (4-20 dollars/jour) représentent désormais 34 % de la population».

Second élément, la remise en cause des équilibres internes. en effet, «les printemps arabes qui, d'ailleurs, se passent en majorité dans des pays africains, illustrent le désir de transformation d'une génération, produit de la transition démographique, avec des niveaux d'instruction élevés et qui se heurte à une ploutocratie confisquant les rentes».

Troisième élément, le changement des rapports au monde, puisque les partenaires sont plus diversifiés. «Les investissements des BRICs représentent désormais 25 % du total des IDE à destination de l'Afrique et la plupart concernent d'abord le secteur manufacturier et les services tandis que le secteur primaire, notamment extractif, ne compte que pour 26 % de leurs investissements en Afrique».

Ibrahim Assane Mayaki estime également que les ambitions africaines sont désormais dotées de moyens et que «le climat des affaires est devenu attrayant avec des investissements directs étrangers à hauteur de 50 milliards de dollars par an, soit quasiment autant ce que les BRICs reçoivent chacun et plus que l'aide public au développement». De plus, les marges de manoeuvre sont importantes «si l'on considère que l'épargne domestique privée représente seulement 22 % du PIB sur la période 2005-2010 contre 46 % en Asie du Sud-Est et 30 % dans les pays à revenus intermédiaires». «Enfin, le capital privé doit être un levier essentiel de toute politique d'investissement: l'Afrique a été la région la plus performante au cours des dix dernières années en termes de placements en actions, avec un rendement de 31 % comparativement à 25 % au niveau mondial…».

Cependant, pour réussir ce momentum, il faut être conscient des réalités et de contraintes,  notamment celles induites par les nouveaux partenariats comme l'explique Ibrahim Mayaki: «Bien que porteur de croissance, le glissement vers de nouveaux partenaires ne doit pas nous illusionner. La nouvelle donne des relations commerciales modifie en surface les formes dominantes de la gouvernance économique. D'une part, le schéma d'économie de traite semble se perpétuer: captation des ressources naturelles articulées avec la construction d'infrastructures économiques de base et d'infrastructures administratives vitrines d'une alliance entre une puissance publique nationale et la puissance généreuse…»

L'heure du développement a donc sonné pour lAfrique, surtout depuis la prise de conscience que la transformation se fera par l'intégration économique du continent comme le montrent le processus d'approfondissement des partenariats à travers les divers ensembles régionaux africains, (Afrique de l'ouest, du Centre, NEPAD, etc).

 

Une évidence et une nécessité qui, malheureusement, ne sont pas encore assez prises en compte au nord du Sahara, où l'intégration maghrébine reste toujours formelle !

 

Fahd YATA  

 

*Ibrahim Assane Mayaki, né le 24 septembre 1951, est le Secrétaire Exécutif de l'Agence de planification et de coordination du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Précédemment, il a occupé plusieurs postes ministériels au sein du gouvernement du Niger et des fonctions dans plusieurs organismes internationaux.

Professeur d'administration publique et de management au Niger et au Venezuela de 1978 à 1982 puis de 1985 à 1987, il a aussi travaillé pendant dix ans dans le secteur minier au Niger. De 2000 à 2004, il a été professeur de relations internationales et de droit des organisations internationales à l’université de Paris-Sud. Il a aussi été directeur de recherches au Centre de recherches sur l’Europe et le monde contemporain de cette même université.

 

La Nouvelle Tribune

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