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RDC: A Kiwanja, on craint le M23 mais on résiste

Inquiet, un habitant de Kiwanja, localité de l'Est de la République démocratique du Congo, avale les derniers morceaux de poisson et de pâte de manioc de son dîner avant de disparaître dans l'obscurité, à pas pressés.

"Je vous laisse, il paraît que ça va être au tour de ma maison d'être visitée cette nuit", explique-t-il.

A Kiwanja -à 70 km au nord de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu- la même scène se répète depuis plusieurs semaines. A la nuit tombée, les rues se vident et les habitants s'enferment chez eux.

Leur terreur, disent-ils: les pillages "systématiques" qui durent depuis "un mois ou un mois et demi" et dont ils accusent les rebelles du Mouvement du M23 actifs dans la zone.

Kinshasa et la Mission de l'ONU en RDC (Monusco), qui a une base sur place, ont eux aussi dénoncé ces vols et désigné les mêmes coupables.

La rébellion dément. "Le gouvernement veut faire croire que l'on enrôle de force et que l'on pille. C'est faux, regardez par vous-même", déclare un cadre du M23, arrêté sur le bord de la route à l'entrée de la localité.

De fait, à Kiwanja, les journées se déroulent presque normalement. La présence militaire est discrète et la majorité des boutiques sont ouvertes, même si tous les commerçants affirment que l'activité économique est ralentie.

Mais le feu couve sous la cendre.

Le 24 juillet, la population s'est soulevée et a mis le feu à des paillotes utilisées par le M23, des Tutsi congolais qui affrontent l'armée régulière par intermittence depuis mai 2012.

A la suite de ces incidents, le M23 a dit avoir arrêté une cinquantaine de jeunes. La plupart ont été libérés le 27 juillet. Mais des habitants, fatigués des troubles et exactions, ont entamé une résistance.

Assis sur une chaise dans une petite cour à l'abri des regards, l'un d'eux, Nganza, raconte avoir autrefois combattu le CNDP, une rébellion dont sont issus la majorité des hommes du M23, dans les rangs d'une milice d'auto-défense locale Maï Maï.

"Patriote"

En tee-shirt de sport et jeans, il déclare avoir participé aux manifestations anti-M23 et se dit prêt à recommencer. Il accuse la rébellion de forcer la population à donner des cuvettes de haricots pour participer à l'effort de guerre. Le M23 reconnaît l'existence de ces "contributions", mais affirme qu'elles sont "volontaires".

Pour Nganza, "presque tout le monde à Kiwanja est Maï Maï" ou "patriote" ce qui expliquerait pourquoi "la cité est protégée des bombardements".

Lui aussi se sent protégé grâce à une scarification et à des ingestions régulières de poudre d'herbes: les balles "s'arrêtent sur moi et tombent comme des pierres", assure-t-il en se frappant le torse.

Dans la nuit de samedi à dimanche, de nouveaux incidents ont secoué la ville. Des tirs nourris de kalachnikov ont été entendus pendant de longues minutes. Des soldats de la Monusco sont sortis de leur base et ont patrouillé dans les rues.

Au petit matin, non loin d'une église bondée, la population a découvert trois corps sans vie gisant dans les rues.

Le M23 a présenté les cadavres à la presse et à la population comme étant des bandits Maï Maï et FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), une rébellion hutu qui lutte contre le régime tutsi au pouvoir dans le Rwanda voisin alors que le M23 serait, lui, soutenu par Kigali -qui dément.

Le M23 affirme les avoir abattus, preuve qu'il n'aurait rien à voir avec les pilleurs, bien au contraire.

Amassés autour des cadavres, certains habitants paraissent convaincus et se disent soulagés de voir les rebelles prendre en main leur sécurité. "Ils ont bien fait", glisse une femme dans la foule.

Mais un peu plus loin, beaucoup, comme Nganza, sont sceptiques: "Ce ne sont pas des brigands, ce sont des prisonniers (du M23) relâchés et tués exprès par la rébellion pour rassurer la population, lui laver le cerveau".

AFP

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