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Politique: les dindons et les pigeons…

Nous voilà au coeur de l'été, Ramadan tire à sa fin et, comme on le dit souvent à pareille époque, au Maroc, la période estivale n'est jamais calme.

Hormis la lamentable affaire du #Danielgate, qui a mis en lumière une très grosse défaillance au niveau des procédures obligatoires de contrôle et de validation jusqu'au plus hautes strates de l'Etat, (cf. l'article «Espagne-Maroc, la grosse gaffe», http://www.lnt.ma/actualites/espagne-maroc-la-grosse-gaffe-82343.html), c'est la question de la recomposition de la majorité gouvernementale qui occupe les esprits.

Plusieurs constats peuvent être faits à ce sujet.

Tout d'abord, lors la tenue du Conseil national du RNI, vendredi dernier à Bouznika, le parti de la Colombe a massivement approuvé la proposition de son chef, Salaheddine Mezouar, de rejoindre la coalition gouvernementale dirigée par le PJD. Oubliées les polémiques d'antan, les attaques ad hominem, les G8 et autres alliances stratégiques avec le PAM. Le RNI s'est mis en ordre de bataille pour une opération de collaboration, pour deux raisons essentielles.

 

Les dindons…

La première, c'est que ce parti de notables ne «sait pas faire» dans l'opposition. Le RNI, historiquement, a toujours été l'un des chevaux-légers du Pouvoir, constitué pour servir et non pour s'opposer.

La seconde raison, directement issue de cette évidence, c'est que les femmes et les hommes qui en sont adhérents, du moins aux niveaux les plus élevés, sont tous, sans exception aucune, des personnes désireuses d'exercer à tout prix une responsabilité officielle, sinon ministérielle, du moins au niveau diplomatique (ambassadeur) ou à la tête d'un grand office public.

C'est la perspective proche de se rapprocher du Pouvoir, d'évoluer dans les hautes sphères de l'Etat, qui a conduit les 780 membres du Conseil national de répondre favorablement à l'invite de Mezouar, rien d'autre !

C'est pourquoi sa tâche s'annonce très difficile. Il aura d'abord à négocier âprement la recomposition et le rééquilibrage en faveur de RNI de l'actuelle architecture gouvernementale. Car il paraît tout à fait aberrant que ce parti se satisfasse des départements ministériels vidés par l'Istiqlal !

Hormis le ministère des Finances, qui est effectivement central aujourd'hui, les autres maroquins ne sont guère attractifs pour des femmes et hommes politiques désireux d'assouvir leurs ambitions et de répondre aux attentes de leurs troupes et électeurs. Les MRE, l'Energie et les Mines, la seconde position aux AE, l'Artisanat, ne sont pas des ministères flamboyants, sans compter le fait que Mohamed El Ouafa, exclu du PI, pourrait bien continuer à siéger au gouvernement, constituant ainsi, de part sa légitimité «familiale et historique», un gros caillou dans la babouche de Si Cliss, (Hamid Chabat selon l'état civil).

Une fois la négociation menée à son terme avec Abdelilah Benkirane, qui n'est pas le dernier venu en matière de «bargaining» politique, Mezoaur devra essayer de satisfaire les uns sans s'aliéner les autres, alors que les prétendants sont innombrables. La partie sera rude pour répondre aux demandes des régions, (le Sud, l'Oriental, le Nord, qui, tous s'offusquent de la domination des R'batis et des Casablancais), mais aussi à celles des barons, des femmes, des anciens ministres dont certains, disent les mauvaises langues, ont déjà désigné leurs chefs de cabinet !!!

Il y aura donc, dans quelques semaines, des rancoeurs et des polémiques et Mezouar le sait mieux que quiconque. Dans le parti de la Colombe, certains se retrouveront comme des dindons…

 

 

Les pigeons…

 

Mais l'entrée probable du RNI dans l'équipe Benkirane 2 n'impactera pas seulement cette formation. Elle devrait avoir d'énormes conséquences, pas forcément positives d'ailleurs, pour les autres composantes de la majorité.

En effet, la relation tendue entre le chef du Gouvernement et le titulaire du ministère de l'Intérieur n'est un secret pour personne et certains estiment qu'Abdelilah Benkirane pourrait profiter de cette occasion pour opérer un «switch» au détriment de Mohand Laenser, lequel, sans aucun doute, est le champion toutes catégories de la présence au sein d'un gouvernement de Sa Majesté. M. Laenser, en effet, est ministre pratiquement sans interruption depuis 1981 !!!

Et l'on dit que Benkirane se verrait bien confier le portefeuille de l'Intérieur à M. Aziz Akhennouch, l'homme qui sait «faire la pluie», et qui est tout auréolé aujourd'hui de l'honneur royal qui lui a été fait lorsque le Souverain s'est rendu à un f'tour en son domicile casablancais.

Laenser, Mezouar et Benabdallah seraient ainsi «casés» en tant que ministres d'Etat sans portefeuille (mais pas sans la Mercédès !), ce qui donnerait plus de marge à Benkirane pour remodeler son équipe et éviterait de froisser les chefs des partis qui l'appuient.

Il resterait cependant à «dépouiller Jean pour habiller Paul», c'est-à-dire à réduire à la portion congrue le niveau de participation du PPS, incontestablement le maillon faible de cette coalition, pour satisfaire les demandes du RNI.

Même si Nabil Benabdallah entretient des relations étroites et fortes avec Abdelilah Benkirane, même s'il a pu avoir une réelle influence sur les décisions et le comportement du chef du gouvernement, en regard notamment de son expérience gouvernementale, son sens du compromis et son art de l'intermédiation, il paraît inéluctable que les dirigeants du PPS soient les futurs pigeons de toute l'opération de reconstitution du gouvernement.

En effet, le PPS est le parent pauvre au Parlement, ne disposant que de dix-huit élus à la Chambre des Représentants, lesquels d'ailleurs, sont aussi proches de l'idéologie et des valeurs du PPS que Keynes l'était du marxisme-léninisme…

Hormis Benabdallah et certains de ses proches au Bureau Politique du PPS, nombreux sont ceux qui estiment encore que la participation de ce parti au gouvernement Benkirane fut une erreur stratégique et encore plus nombreux sont ceux qui énoncent que la place du « petit » parti du Progrès et du Socialisme au sein de l'ossature gouvernementale est surdimensionnée.

Abdelilah Benkirane, au nom des «intérêts supérieurs» de sa coalition, pourrait donc se résoudre, peut-être la mort dans l'âme, à réduire cette présence des «héritiers» d'Ali Yata, en ramenant la participation de ce parti à deux portefeuilles, ce qui, sans doute, permettrait à l'actuel secrétaire général de continuer à siéger  aux côtés de Benkirane. Mais Nabil Benabdallah conserverait-il le département si envié de l'Habitat et de l'Urbanisme ? That is THE question !

Si ces hypothèses devaient se confirmer dans les prochaines semaines, sachant qu'il paraît improbable que le nouveau gouvernement ne soit formé avant la fin de ce mois d'août, le PPS et ses dirigeants auraient payé très fort le prix de leur participation à «l'expérience Benkirane». Mais ignoraient-ils vraiment ces risques et leurs conséquences en décembre 2011 ?

Fahd YATA   

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La Nouvelle Tribune

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