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Non, le #DanielGate est aussi (et surtout) une affaire politique [Larbi.org]

Je ne voulais pas réagir par un billet sur le Daniel Gate, l'essentiel de ce que je pensais l'ayant exprimé en temps réel sur twitter et au fil des événements comme beaucoup de nos compatriotes.
N'est que ce forcing qui veut imposer une certaine lecture de cette séquence grave de l'histoire marocaine et qui dit que cette affaire est uniquement une affaire de dénonciation de pédophilie et d'une erreur en cours de correction .

Je voudrais ici dire deux ou trois choses en mots simples et sans artifices de langage.
Souvenons-nous, il n'y a même pas une semaine, c'est un roi au faîte de son pouvoir qui s'adressa à la nation pour faire l'éloge d'une année supplémentaire de son règne. Le roi lui-même a fait la parfaite démonstration que pas une seule affaire majeure ou mineure n'échappe à son contrôle, des questions de la diplomatie et choix stratégiques du pays aux politiques sectorielles, de la défense à la justice en passant par le social. Qu'il est là en tant que monarque exécutif pour fixer le cap et les orientations, donner les directives et désigner les exécutants. Renvoyant au passage tous les gouvernements au même rôle : celui des collaborateurs exécutant ses directives peu importe la couleur politique du parlement et de la majorité. Faisant la démonstration lui-même que ses décisions et ses choix n'ont pas à être expliqués, ni débattus, ni réévalués ou justifiés.
C'était mardi dernier. C'était il y a mille ans !
Lorsqu'intervient cette affaire révoltante et malheureuse, elle donna à l'opinion publique un exemple d'application qui a un formidable potentiel pédagogique.
De quoi parle-t-on du point de vue gouvernance ? D'une attribution royale et une décision prise par le roi et son cabinet et par eux seuls. En l'occurrence une attribution qui a abouti à une décision dramatique qui pose au niveau international un cas inédit, celui d'un pédophile multirécidiviste « gracié par erreur » si l'on croit la version officielle. Comme le soulignait un commentateur sur un ton humoristique : heureusement qu'on n'avait pas la bombe atomique sinon on aurait appuyé par erreur sur un bouton.
Plus précisément, nous parlons d'une décision prise par « une boite noire » appelée cabinet royal et signée par le roi lui-même. De quoi, de qui et comment est composée cette boite noire et avec quelles attributions ? Personne ne le sait, cela même alors qu'elle prend des décisions stratégiques engageant le destin de 30 millions de Marocains et les politiques publiques. Quelle infantilisation !
Qu'apprend-on sur le fonctionnement du cabinet royal et des décisions prises via cet exemple ? Que les décisions sont prises avec une légèreté qui fait froid dans le dos et un extraordinaire amateurisme qui interroge sa capacité à diriger et prendre des décisions. Confusion de listes et de noms, absence de recoupement, cafouillage de communication, et pour couronner le tout : gamineries de conseillers ! Khalid Jamai avait dit un jour qu'on est dirigé par la génération de la boite de nuit Amnésia. Il avait raison.
La grande émotion qui a été exprimée a-t-elle était apolitique ? Il faut être sourd et aveugle pour l'affirmer. Quand la nouvelle a été portée à l'opinion publique, la dénonciation visait la décision du roi et nulle autre personne. Quand le premier communiqué est arrivé, la majorité des opinions avait rejeté la posture de «je ne savais pas » et avec des termes inédits et un ton sans concessions. Quand le deuxième communiqué est arrivé, les choses ne sont pas arrêtées, des excuses avaient été demandées au roi, des explications et des déterminations de responsabilités avaient été revendiquées. Et au fil des cinq derniers jours, c'est un ras-le-bol qui a été exprimé contre le « fait de prince » et l'opacité et irresponsabilité du cabinet royal.
Le roi Mohammed VI a en effet cette redouble arme anti-démocratique qui s'appelle le fait de prince qui lui permet de prendre n'importe quelle décision et à son bon vouloir et en l'occurrence il s'en est servi pour gracier, dé-gracier et faire désigner un coupable en 48 heures.
Et si le volet criminel de cette affaire pourrait être résolu en trouvant des moyens de réincarcérer le monstre de Kenitra, il n'en demeure pas moins que la question politique que relève cette affaire reste à résoudre.
L'interrogation fait froid au dos : combien de fois en combien de circonstances le cabinet royal a pris des décisions qui engagent le pays avec le même amateurisme et la même légèreté ? Combien de fois dans les relations bilatérales des décisions engageant le destin de 30 millions de marocains avaient été prises pour « épater » l'homologue étranger comme on voulait ici « épater » le roi d'Espagne en lui accordant des grâces qu'il n'avait pas demandées ? Combien de fois en combien d'occasions sur la base de données erronés ou décisions légères, des arbitrages ont été faits en dehors de tout contrôle de toute comptabilité et sans aucun compte à rendre ?
Sans la détermination de l'avocat des victimes Maître Hamid Krayri, et le travail formidable de la presse électronique, Lakome en premier, on n'aurait rien su sur ce dysfonctionnement grave. Mais combien choses nous avaient échappées parce que personne n'a les moyens de les connaitre ni de les révéler.
Plus de deux ans après le printemps arabe, peut-on encore supporter que de décisions royales soient encore prises avec un amateurisme consternant et sur recommandation d'un cabinet d'amateurs arrogants qui n'ont de compte à rendre à personne ? Pourquoi et au nom de quoi, Fouad Ali El Himma et Mounir El Majidi, pour ne citer qu'eux, continuent à diriger le pays par un gouvernement de l'ombre eux qui ont tant été décriés et dénoncés en 2011 ?
Est-ce que cela avait un sens avant 2011, est-ce que cela a encore un sens en 2013 ?
Ce sont là les questions et les revendications légitimes qui se sont exprimées ces derniers jours, sans haine ni crainte, et que les teneurs des lectures apolitiques tentent d'ignorer et de noyer. Ce sont des questions anciennes qui reviennent sur le devant de la scène et qui traduisent une grande angoisse et un rejet profond du statut quo qu'on voulait imposer, celui d'un roi responsable de tout mais comptable de rien !
Le « Daniel Gate » est tout d'abord une immense injustice faite à des enfants meurtris par les crimes les plus atroces qu'il soit possible d'imaginer. Mais l'affaire est la résultante d'un constat majeur : la continuité d'un absolutisme qui ne s'est pas allégé après la constitution octroyée. Qui bien au contraire, et à coût d'autosatisfaction de flatteries trompeuses, s'est consolidé et devenu plus que jamais étouffant.
Il s'est passé quelque chose durant les derniers jours, qui constitue un tournant. Cette regrettable grâce royale a apporté d'elle-même la démonstration pédagogique et parfaite de ce que beaucoup essayaient en vain d'expliquer : il ne point y avoir de pouvoir sans responsabilité et sans comptes à rendre. C'est l'heure de choix : le palais doit arrêter son hégémonie, se séparer de sa boite noire et abandonner le rôle de monarchie exécutive ou alors il sera fatalement confronté directement à la rue qui demandera des comptes à l'occasion d'autres affaires. A chacun de faire son évolution et en l'occurrence seule l'opinion publique a pour l’instant fait la sienne.

Source : Blog de Larbi

Mamfakinch

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