mis à jour le

L’anachronisme de

Considéré comme une grande démocratie en Afrique, le Sénégal souffre néanmoins de sa classe politique qui, à travers certaines de ses postures est en déphasage avec le niveau, très élevé, atteint par l'expérience démocratique sénégalaise.

La proposition de la bande à Ibrahima Sall, la coalition « Macky 2012 », demandant à leurs alliés, leaders au sein de Benno Bokk Yaakaar, de « renoncer à leurs ambitions électoralistes pour une période de dix ans, afin de permettre au Président de la République de gouverner, sans quiétude, et de se consacrer exclusivement et entièrement à la reconstruction du Sénégal » en a surpris plus d'un.
Un discours stupide et à la limite de l'insulte pour ses destinataires. C'est vrai qu'on en a déjà entendu d'autres et pas des plus réfléchis de la bouche d'Ibrahima Sall ? Mais là, c'est le comble.
L'on comprend dès lors, pourquoi le Président Macky Sall s'est vite débarrassé de son ministre de l'Education nationale du premier gouvernement de la deuxième alternance, pour incompétence, dans ce secteur névralgique qui touche à l'avenir de nos enfants.

Le leader du MODEL, qui est vraiment loin d'être un modèle de pertinence, vient confirmer, en sa qualité de coordonnateur de la Conférence des leaders de la coalition « Macky 2012 », que la mission ministérielle à lui confiée à l'époque par le Chef de l'Etat était trop lourde pour ses frêles épaules, lui qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

Assurément, le ridicule ne tue pas. Pis, le caractère absurde de cette proposition de « Macky 2012 » le dispute à son anachronisme.

Comment, en effet, en l'an 2013, une coalition dénommée...« Macky 2012 » peut-elle vouloir ramener le Sénégal à des décennies en arrière ?

Formée dans les circonstances que l'on connaît, pour faire partir le Président Wade à l'élection présidentielle de 2012, la coalition « Macky 2012 » est arrivée en fin de mission au soir du sacre du Président Macky Sall. Elle a atteint ses limites objectives. Vouloir donc la maintenir, contre vents et marées, après l'échéance et le passage à l'année 2013 alors que sa durée de vie ne devrait pas excéder l'année 2012, cache un funeste projet de mystification et d'imposture pour tromper les Sénégalais.

Comment peut-on demander à de grands responsables politiques qui jouissent de la confiance de milliers de militants et sympathisants, dont ils portent et incarnent les espoirs les plus fous, de présider aux destinées du Sénégal, de se faire hara-kiri et de s'aligner derrière un autre chef de parti, fût-il le Président de la République ?

Comment, devant leurs inconditionnels, ces leaders, convaincus qu'ils pourraient faire plus et beaucoup mieux que Macky Sall, devront-il s'y prendre pour les persuader que « le Sénégal vaut bien ce sacrifice » qui consiste pour eux de s'effacer gentillement au profit du Chef de l'Etat ?
Que vaut la démocratie pluraliste quand tout le monde la joue à l'unisson et fait dans l'unanimisme de façade, inhibant du coup l'émulation saine et la compétition inhérente à ce modèle de régime politique dont on dit qu'il est le moins mauvais de tous?

Autant l'atomisation de l'espace politique sénégalais, avec ses plus de 200 partis, est déplorable, autant la philosophie de la pensée unique est abominable.

Cette sorte d'union sacrée réclamée par la coalition « Macky 2012 » est souhaitable et tolérée dans la situation d'un pays en guerre et dont les principaux ténors en opposition, se doivent de taire leurs divergences ponctuelles et faire bloc, en rangs serrés, devant l'ennemi commun.
C'est également le cas de pays frappés de catastrophes naturelles qui les condamnent à se retrouver autour de l'essentiel pour parer à l'irréparable.

Mais, quelle que soit la situation considérée, une constante demeure : le régime (ou le chef de l'Etat) en place à la survenue des évènements, doit être plus ou moins crédité d'un préjugé favorable qui en fait l'élément fédérateur qui cristallise toutes les espérances populaires.

Or, toutes les conditions que voilà ne sont pas aujourd'hui réunies chez un Président Macky Sall dont les 16 mois d'exercice du pouvoir ressemblent à un chemin de croix.

Remisant aux placards de l'oubli tous ses engagements de « gouvernance sobre et vertueuse » mettant « la patrie avant le parti », le Président Macky Sall a entrepris une vaste opération de déni de la morale républicaine : légalisation des marchés de gré à gré, signature à la pelle de décrets d'avance dénotant d'une cécité politique qui n'a d'égal que le pilotage à vue du régime, népotisme au sommet de l'Etat avec le règne de la dynastie des « Sall-Faye », clientélisme politique à outrance avec les sinécures à profusion octroyées à tout va, « bégué » gouvernemental indécent au regard de l'état de précarité des populations, prolifération des débats de bas étage de la classe politique, train de vie très élevé de l'Etat, dérives totalitaires du régime en place, etc.

Alors, nous aimerions bien que du côté de « Macky 2012 », qu'on nous explique par quelle alchimie on pourrait arriver à convaincre les leaders de partis au sein de Benno Bokk Yaakaar - qui devraient en faire de même avec leurs propres militants et sympathisants - de faire table rase sur leurs propres projets de société, pour se ranger, comme de sages élèves, derrière un Président Macky Sall auteur d' un bilan d'étape aussi macabre, au bout d'une année seulement au pouvoir.
Quel manque de respect aussi envers les Sénégalais, que d'essayer de limiter leurs choix à la prochaine présidentielle !

En vérité, les groupuscules qui composent les coalitions comme « Macky 2012 », sont des repaires d'opportunistes et de vermines, qui s'attachent à profiter de tous les avantages de la scène politique qu'ils vampirisent et d'éviter d'en subir les inconvénients.

Frileux et incapables d'aller courageusement au charbon en participant aux différentes compétitions électorales qui plus est, sous leurs propres bannières, afin de se jauger, de se peser et de se compter, ces partis-nains et mouvements squelettiques se complaisent dans le cocon confortable et moins risqué des allées du pouvoir, sous l'aile protectrice de la coalition « Macky 2012 ».
Accusés d'être des béni oui-oui de Macky Sall, ils lui mangent dans la main, et ½uvrent nuit et jour pour la perpétuation du système, gage de la préservation des leurs privilèges indus.
Préférant l'ombre à la proie, les coalisés de « Macky 2012 », flatteurs qui vivent aux dépens de celui (Macky Sall) qui les écoute, passent pour être de véritables parasites, sans contrepartie positive pour l'avancée de la démocratie et le bien-être des Sénégalais.

Comme les Peuples peuvent avoir la mémoire courte ! Pourtant, dans un passé très récent, les Sénégalais ont eu à vivre la même situation et à se poser les mêmes questions légitimes à propos d'un patchwork similaire gravitant autour du pouvoir : la CAP 21.

Les leçons étant faites pour être retenues, le Président Macky Sall doit aujourd'hui se demander quelle plus-value la Cap 21 a eu à apporter au Président Abdoulaye Wade. Aucune, naturellement !
En revanche, ces alliés par trop encombrants qui ont toujours fait la queue devant la Présidence de la République pour récupérer leur pitance (sacs de riz, victuailles, enveloppes bourrées de fric) n'ont pas empêché à leur bienfaiteur d'essuyer une raclée mémorable le 25 mars 2012.

Si du côté de la coalition « Macky 2012 » on ne se fait pas prier pour se mettre littéralement à plat ventre et faire acte d'allégeance au « Roi Macky » qui aurait même un droit de vie et de mort sur eux, il n'en est pas de même chez les autres leaders de Benno Bokk Yaakaar, destinataires de l'Appel à l'abdication proféré par la bande à Ibrahima Sall.

C'est un fait, Idrissa Seck, Ousmane Tanor Dieng, Cheikh Tidiane Gadio et consorts gardent leur dignité et leur indépendance à toute épreuve nonobstant leur ancrage à Benno Bokk Yaakaar.
Le patriotisme en bandoulière et la foi chevillée au corps, chacun de ces derniers est fondé à croire en ses chances de proposer aux Sénégalais, une fois élu Président de la République, des recettes beaucoup plus réjouissantes que celles d'un Président Macky Sall qui pense qu'il n'a été élu que pour battre le record de surpeuplement carcéral en emprisonnant les pauvres opposants.
Les alliés de circonstance de Macky Sall, le « Président par défaut » dont ils espèrent ravir la place le plus tôt possible - peut-être même qu'ils y pensent tous les matins en se rasant - ont toutes les raisons de penser que l'année 2017 sera la bonne.

D'autant que la chute vertigineuse de la cote de popularité du Président Macky Sall (64% d'opinions défavorables selon Afro-baromètre 2013, ce au bout de 15 mois seulement après avoir été élu au suffrage universel à hauteur de 65%) fait planer au dessus du Palais présidentiel le « Syndrome Sarkozy », i.e. un seul mandat, puis s'en va ! Une première dans l'histoire politique du Sénégal.
Il est vrai que la déception des Sénégalais vis-à-vis du Président Macky Sall est à la dimension de l'immense espoir qu'il a suscité à l'entame de son élection, mais qu'il a par la suite ruiné au rythme de ses déconvenues dans la conduite des affaires du pays.

Très attendu sur des urgences cruciales, le Président Macky Sall a vu son magistère s'illustrer dans de sordides histoires de trafic de drogue dans la superstructure de la Police d'Etat, de dépénalisation de l'homosexualité, de blanchiment d'argent sale par le chef du gouvernement, le premier ministre Abdoul Mbaye, etc.

A l'inverse, les questions estampillées « priorité absolue » comme la baisse des prix des denrées de première nécessité, les délestages, les inondations, la crise scolaire et universitaire, le conflit en Casamance, la campagne agricole, le chômage des jeunes ainsi que l'insécurité, le tout regroupé sous le vocable de demande sociale, restent à ce jour sans réponse.
A quoi bon soutenir donc un Président de la République qui n'est pas sûr de rempiler en 2017 ?
Les destinataires de l'Appel de la coalition « Macky 2012 » ne manqueront certainement pas de se poser une telle question.

Tenez, la nouvelle trouvaille des Sénégalais, pour mieux brocarder le régime actuel, consiste à distiller des sarcasmes qui, du fait de leur pertinence, font effet de mode.
Ainsi, ça fait tendance, par exemple, de dire aujourd'hui : « Rewmi doxul » ou « Rewmi mô Macky » qui signifie que « Le pays est bloqué ».

D'autre part, le mouvement « Doyna sëkk ! » (Ça suffit !) de Mamadou Diop Decroix a bien repris le flambeau du mouvement « Réthiou » (Regret) né à Touba il y a quelques mois.

Mal barré par une conjoncture politique, économique et sociale pas des plus favorables, le Président Macky Sall en est réduit aujourd'hui, devant la désespérante vacuité de sa besace de réalisations, à s'auto-glorifier de l'achèvement de projets initiés et mis en ½uvre par son prédécesseur, comme il nous a été donné d'en faire le constat avec l'inauguration de l'autoroute à péage Dakar-Diamniadio.
Pourtant, c'est le même Macky Sall qui raillait « les éléphants blancs » du Président Wade en glosant sur ce que ce dernier, grand visionnaire quoi qu'on dise, avait baptisé : « l'autoroute de l'avenir ».
Reprenant à la cantonade le même refrain que Moustapha Niasse, Macky Sall leader de l'APR, ergotant sur le parti pris du Président Abdoulaye Wade pour la réalisation d'infrastructures de grande envergure, et de « dernière génération », disait que « les routes ne se mangent pas ».
Si aujourd'hui, ils sont unanimes, du côté du pouvoir, à faire profil bas et à trouver toutes les vertus aux « grands chantiers » de Wade, en rendant hommage au « bâtisseur », mais du bout des lèvres seulement, , nous pensons que c'est un juste retour des choses.

Tout compte fait, l'Appel de « Macky 2012 » n'a aucune chance d'aboutir. Ce qui est constant, c'est que les alliés de circonstance du Président Macky Sall, ses plus sérieux concurrents à tout le moins, ne prêteront aucune oreille attentive à cette invitation plus que surannée.
Et à mesure que l'échéance de l'élection présidentielle de 2017 se rapproche, avec les locales de 2014 qui vont servir de répétition générale, les lignes de fracture entre alliés dans Benno Bokk Yaakaar seront de plus en plus distendues.

C'est un secret de polichinelle aujourd'hui que Idrissa Seck & Co dont la signature d'un bail avec le Palais présidentiel peuplent leurs rêves, rongent leurs freins, jettent par moments des pierres dans le jardin de Macky Sall, mais attendent surtout le moment propice pour lui faire sa fête.

Pape SAMB
[email protected]




Rewmi

Ses derniers articles: Remaniement ministériel du 1er Septembre : Comment Mimi Touré a court-circuité Eva Marie Coll  Aliou Cissé:  Nécrologie- Décès du journaliste Abdoulaye Sèye 

2012

AFP

Egypte: le nouveau Parlement se réunit, une première depuis 2012

Egypte: le nouveau Parlement se réunit, une première depuis 2012

AFP

Dopage et corruption: Diack évoque un soutien russe

Dopage et corruption: Diack évoque un soutien russe

AFP

Mali: les principaux troubles depuis janvier 2012

Mali: les principaux troubles depuis janvier 2012

pape

AFP

Le pape souhaite un accès électronique aux textes sacrés pour les jeunes en Afrique

Le pape souhaite un accès électronique aux textes sacrés pour les jeunes en Afrique

AFP

Le président de la RD Congo Joseph Kabila reçu par le pape François

Le président de la RD Congo Joseph Kabila reçu par le pape François

AFP

Crystal Palace: Pape Souaré absent quatre

Crystal Palace: Pape Souaré absent quatre