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Fermeture des cités et restaurants universitaires : Des

Ousséni Ouédraogo est le délégué général des étudiants résidents à la cité universitaire de Kossodo. Actuellement dans la clandestinité -comme il l'affirme - nous avons réussi à le rencontrer le vendredi 02 août 2013. Dans cet entretien, il nous livre sa version des faits, parle de l'incendie de sa chambre et lance un appel à la solidarité pour aider ses camarades. Il demande également aux autorités universitaires et politiques d'accorder plus d'égard aux étudiants.

Lorsque le CENOU vous a signifié que vous devriez quitter les lieux, est-ce que vous avez engagé des négociations ?

Le temps qui nous était imparti n'était pas suffisant pour entamer des négociations autour de la question. Mais, à travers le téléphone, nous sommes entrés en contact avec le directeur régional et le directeur général du CENOU pour dire qu'ils auraient pu nous aviser à l'avance. On aurait pris des dispositions pour éviter la situation actuelle. Venir comme ça de façon abrupte ne peut que nous indigner.

Quelle est la situation qui prévaut aujourd'hui à la cité universitaire de Kossodo ?

La situation qui prévaut actuellement est beaucoup plus déplorable que toutes les situations que nous avions connues les années antérieures. C'est la veille qu'on nous a informés que la cité universitaire ainsi que le restaurant seront fermés. Nous avons trouvé ces mesures inhumaines à notre endroit. Donc, nous sommes sortis barricader la nationale n°3 en signe de protestation où nous avons réquisitionné des véhicules que nous avons envoyé au sein de notre cité.

Combien de véhicules aviez-vous réquisitionnées au total ?

On notait 41 véhicules. C'était des voitures 4x4 ainsi que 17 motos fonds rouges.

Finalement, vous avez passé la plupart de ces engins aux flammes..., comment en est-on arrivé là ?

C'est hier dans l'après-midi que nous avons reçu une visite inopinée de la CRS (compagnie républicaine de sécurité). Quand ils sont arrivés, ils ont demandé à ce que nous libérions, ici et maintenant, les lieux. Ils ont aussi demandé par la suite que nous libérions les véhicules que nous avons arrêtés hier. Nous leur avons sagement signifié que nous ne pouvions pas libérer les véhicules tant que les autorités ne revenaient pas sur leurs décisions de fermer la cité. Parce que nous pensons qu'une décision doit être prise de façon consciente et avec un traitement humain. Et tant qu'ils ne feront pas cela à notre volonté, nous ne céderons pas. C'est là qu'ils ont commencé à tirer puisqu'ils ont vu que nous étions fermes sur notre décision.

Et quand ils ont commencé à tirer, nous pensons que c'est leur gaz lacrymogènes qui ont enclenché ce feu qui a endommagé ces véhicules. Ce que nous reconnaissons avoir commis comme actes, ce sont les vitres brisées. Et là aussi, il faut dire que c'est une défense puisqu'ils nous attaquaient et nous n'avions à notre disposition que des pierres que nous jetions sur eux.

A l'heure actuelle, à combien estimez-vous le nombre de véhicules endommagés ?

Je ne peux rien vous dire puisque jusqu'à l'heure où je vous parle, je ne suis plus retourné en cité universitaire parce que je suis recherché par les forces de l'ordre. Je n'ai pas non plus d'information à travers les médias. Je n'ai pas un nombre exact des véhicules endommagés.

Mais, vous avez au moins maintenu le contact avec vos camarades de la cité universitaire ?

Oui. La cité est vide actuellement. Il n'y a plus personne. Hier (jeudi) dans la soirée, nous sommes descendus au niveau du rond-point de la place de l'Union africaine et c'est là-bas que nous avons dormi. Et là aussi, à 3h du matin, la CRS est venu nous menacer, tirer des balles blanches. Heureusement qu'il n'y a pas eu de victimes. On s'est cherché et après on est revenu. Ce matin encore, c'était le même scénario. Et comme le soleil montait, on a décidé de se disperser pour revenir plus tard.

Est-ce que vous avez fait le point de vos camarades qui sont véritablement dans des situations difficiles ?

On peut dénombrer près de 300 personnes qui sont dans des situations difficiles. A l'heure actuelle, nous avons fait des demandes par-ci par-là. A travers les médias, il y a des personnes de bonne volonté qui viennent vers nous et qui font des dons. Une villa nous a été allouée pour recevoir quelques-uns de nos camarades. Cette villa peut prendre au moins 100 personnes. Elle est immédiatement disponible. Nous avons dépêché des camarades qui sont allés visiter le local et ils nous disent qu'il y a lieu d'être satisfait. Mais, on attend toujours d'autres gestes de soutien de la part de la population.

Depuis votre déguerpissement de la cité et la fermeture des restaurants universitaires, comment les étudiants arrivent-ils à se nourrir ?

C'est notre solidarité et la solidarité de la population qui permet aux uns et aux autres de manger. En passant autour du rond-point Place de l'UA, les populations nous aperçoivent et ils nous donnent ce qu'ils ont parce qu'ils constatent que nous sommes dans une situation très critique.

Etes-vous en contact avec les autres cités universitaires où la situation n'est guère meilleure ?

Oui, nous sommes en contact parce nous avons une coordination des délégués des cités universitaires. Au sein de cette coordination, nous avons vite fait de nous asseoir et de traiter cette question. Il est ressorti qu'on doit rester solidaire, qu'on doit rester soudé.

Avec le recul, ne pensez-vous pas que vous êtes pas allés trop loin avec l'incendie de tous ces véhicules ?

Ça a été une décision provocante, une décision choquante. Et face à une telle décision, c'est ce que nous pouvions faire. On n'avait que ça parce que la lutte que nous menons aujourd'hui, ce n'est pas une lutte pour nous même, c'est une lutte qui doit porter des fruits pour la génération future. C'est pourquoi nous sommes aussi intransigeants sur notre position.

Certains de vos camarades arrêtés ont été arrêtés et devraient être présentés au parquet, que faites-vous pour aider à les libérer ?

Présentement, nous avons fait appel aux mouvements des droits de l'homme, mais aussi à des avocats du Burkina ainsi que tous ceux qui sont dans la possibilité de nous apporter du soutien pour que ces camarades recouvrent la liberté.

Votre chambre a été incendiée dès les premières heures de vos manifestations, avez-vous senti de la solidarité de vos camarades suite à cet acte ou bien vous pensez qu'ils en sont responsables ?

Oui, ma chambre a été incendiée quand nous étions en manifestation sur la voie publique le jeudi. J'ai tout perdu. On n'a pu retirer aucun document, aucun vêtement. Tout a brûlé. En termes de diplôme, c'est seulement l'attestation de mon BAC devant servir pour le retrait du diplôme qui s'y trouvait et qui est parti en fumée.

Parlant de solidarité, on m'appelle de partout (USA, Burkina...) pour compatir à ma douleur. Maintenant quant aux auteurs de cet acte, je ne saurais me prononcer. La police a ouvert une enquête et elle est la seule à même de trouver les coupables. Je n'ai pas à indexer qui que ce soit.

Avez-vous un message à lancer aussi bien aux étudiants qu'aux autorités administratives et politiques ?

Aux étudiants, je dirai qu'il faut que nous soyons toujours unis et solidaires car c'est dans l'union que nous pouvons réussir nos luttes. Il faut que nous nous battions et que nous restions dans la légalité. Il ne faut pas s'adonner aux actes de vandalisme, aux actes d'incivisme. Quand c'est ainsi, nous avons le soutien de tout le peuple.

Aux autorités politiques de notre pays, j'aimerais leur dire de se pencher une fois de plus sur la question de l'enseignement secondaire et supérieur car c'est en cela que le pays trouvera le chemin du développement. On ne peut pas se développer sans qu'il y ait des gens qui aient fait des études supérieures à mesure de relever les défis du développement. Il ne faut pas qu'elles aient un traitement inhumain à l'endroit des étudiants qui sont au pays même si les autorités ont leurs enfants à l'étranger.

Entretien réalisé par Moussa Diallo

Lefaso.net

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