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Comment le punk a changé l'Afrique

Screenafrica, un magazine sur les productions vidéo, les nouveaux médias et les nouvelles technologies présente dans un long article, le documentaire Punk in Africa.

Primé au Festival international du film de Durban en Afrique du Sud, il revient sur ce courant rebelle dans quatre pays africains: Afrique du Sud, Mozambique, Namibie, Kenya.

Parmi les multiples facettes de ce mouvement culturel, le documentaire s'est porté sur la musique pour illustrer l’importance qu’a joué le punk dans l’émancipation de la jeunesse et de la société sur le continent.

«Quand j’y repense, c’était facile à l'époque. Tout ce que vous aviez à faire, c’était prendre une guitare, jurer devant tout le monde et jouer de la musique plutôt aggressive», raconte, amusé, l’ancien bassiste du groupe Suck, Gil Gilroy.

Pourtant, cette image du punk n’est qu’une façade. A tel point que les deux réalisateurs du documentaire Keith Jones et Deon Maas ont eu de grandes difficultés à trouver des personnes acceptant de témoigner. Ils ont d’ailleurs lancé un appel sur Facebook pour recueillir des informations (documents d'archives, témoignages ou contacts).

«Nous voulions faire un long-métrage convaincant basé sur des histoires vraies, humaines», confie Maas, l'un des deux réalisateurs, à Screenafrica.

«Nous avons dû travailler dur pour convaincre certaines personnes de faire partie du documentaire, parce que beaucoup d'entre eux ont fermé la porte sur leur passé sombre, en particulier ceux qui ont vécu la pression policière», complète Jones, son co-réalisateur.

En Afrique du Sud, le punk n’a pas seulement été un mouvement irrévérencieux comme au Royaume-Uni. Il a incarné une résistance et joué un rôle dans le mouvement anti-apartheid.

«Les premiers groupes multiraciaux se sont formés dans le sillage des soulèvements de Soweto en 1976

A ce moment-là, note le documentaire, d’un côté, la jeunesse noire se soulève contre le régime ségrégationniste en refusant qu’on lui impose un enseignement en langue afrikaans; de l’autre, la jeunesse blanche lutte pour faire comprendre pourquoi ils ne veulent pas intégrer l’armée et tuer des gens. Ces deux combats se sont rejoints.

L’Afrique du Sud est alors un pays «avec peu d’âme», un pays «incroyablement répressif, y compris pour les blancs», poursuit le documentaire.

Tout cela a motivé les deux artistes à faire ce long-métrage qui retrace «l’histoire inédite du punk» des années 70 à 90.

«Les groupes que nous avons choisis de filmer sont ceux qui se sont vraiment efforcés de diffuser leur message à la population. La musique punk, comme le heavy-metal, le reggae et le hip-hop est un genre qui transcende chaque culture particulière et la langue. Ce n'est pas seulement une forme de musique, mais aussi un état d'esprit, une philosophie et une approche de la vie», s’enthousiasme Maas.

Lu sur Screenafrica