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Des jeunes devant un drapeau tunisien pour le deuxième anniversaire  de la révolte à Tunis, 13 janvier 2013 / REUTERS
Des jeunes devant un drapeau tunisien pour le deuxième anniversaire de la révolte à Tunis, 13 janvier 2013 / REUTERS

Avoir 20 ans en Tunisie

Que deviennent les jeunes qui ont mené le Printemps arabe il y a deux ans?

Deux ans après le Printemps arabe, qu’est-ce que la jeunesse tunisienne a tiré des révolutions? Libération propose une analyse de deux géographes du Collège International des sciences du territoire (Cist) sur la Tunisie d’aujourd’hui pour répondre à ces questions.

Espoirs déçus

Historiquement, ce sont les jeunes qui mènent les révolutions. Rien d’étonnant donc à ce que le printemps arabe place la jeunesse au cœur des transformations sociales, explique le journal. Pourtant, avoir 20 ans dans la Tunisie de 2013 n’est pas la panacée, estime Libération. Les jeunes font face à un chômage grandissant. Obtenir un diplôme n’est plus une garantie d’emploi: paradoxalement, le chômage touche plus les diplômés, et surtout les jeunes femmes, précise le site.

Les jeunes voient leurs espaces d’expression se réduire dans le pays alors qu’ils ont pu jouir d’une liberté infinie sur le Net, note l’article. Autre paradoxe: alors que l’ouverture sur l’Occident est moins contrôlée par le gouvernement, ce sont les «politiques migratoires frileuses des Etats européens» qui leur enlèvent la possibilité de voyager ou s’expatrier.

L’article observe une autre contradiction: alors que des pratiques considérées comme «occidentales» se développent (consommation d’alcool ou de stupéfiants, célibat prolongé…), le pays referme la porte sur le mythe «d’une Tunisie moderne, européenne, quasi laïque». D’après Libération, l’islam s’impose comme une «matrice identitaire» de la Tunisie.

Le pays est en fin de transition démographique, une phase critique qui peut le conduire vers un essor accéléré aussi bien que vers une nouvelle crise politique: peu de personnes âgées à charge, peu d’enfants et beaucoup de jeunes qui entrent sur le marché du travail, prêts à déclencher une révolte s’ils ne trouvent pas d’emploi, explique le site. En 2010, rappelle l’article, c’est l’immolation d’un jeune de 26 ans sans emploi stable dans la région pauvre de Sidi Bouzid, qui déclenche la révolution de jasmin.

Des régions entières délaissées

Le journal pointe de grandes inégalités au niveau territorial, qui renforcent le sentiment de frustration de la jeunesse: le littoral compte beaucoup de jeunes dans sa population et bénéficie d’une forte croissance, tandis que les territoires intérieurs souffrent d’un marché du travail insuffisant. Plus globalement, indique l’article, le sud et le centre du pays sont délaissés au profit de la région urbaine de Tunis, surnommée «Tunisie utile».

Cependant, il y a également de forts contrastes à l’intérieur même de l’agglomération de Tunis, nuance le site. A l’inverse, d’après le quotidien, certaines zones intérieures du pays connaissent des pics de développement non négligeables. Les investissements sont concentrés sur la côte, les plateformes portuaires et les régions touristiques mais chaque gouvernorat jouit cependant d’un maillage d’équipements publics, mesure l’article.

Ces inégalités s’expriment aussi dans les urnes, ajoute Libération: Ennahda et les partis modernistes sont plébiscités dans les grandes villes côtières, tandis que la région de Tataouine au Sud est marquée par une forte abstention (seulement 39% de participation aux élections de 2011).

Par ailleurs, les zones désindustrialisées du centre ne croient plus au projet social d’Ennahda, souligne l’article. La perte de vitesse du mouvement islamiste est compensée par une progression des partis de gauche qui semblent convaincre davantage les régions laissées pour compte.

D’après Libération, la Tunisie «construit un avenir démocratique malgré des clivages profonds». Mais pour une réussite totale de ce projet démocratique, les futurs gouvernements devront trouver comment intégrer une jeunesse «qui peine toujours à trouver sa place», conclut l’article.

Lu sur Libération

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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