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Coup de grâce Royal

Les faits : Le Roi Mohamed VI gracie 48 espagnols a l’occasion de la fête du trône, parmi lesquels un pédophile qui purge une peine de 30 ans pour avoir violé et filmé 11 enfants âgés de 2 à 13 ans au moment des faits. Des manifestations organisées pour dénoncer cette grâce ont été dispersées sauvagement dans la soirée du vendredi 2 août.

Il y aura bien un avant et un après ce 30 juillet 2013 au Maroc. Par une telle décision (aussi involontaire soit elle), le roi – père et protecteur de la nation selon la constitution et l’imaginaire collectif Marocain – vient de bafouer, d’outrer tous les Marocains, et par la même, ruiner 14 années de communication et marketing politique.

La responsabilité du roi est engagée. D’abord politiquement, en tant que détenteur du droit de grâce, et moralement, en tant que protecteur de la nation, et nul ne peut nier cela. Et pour la première fois, les Marocains sont unanimes pour critiquer une décision royale.

Il y a fort à parier que dans les prochains jours, nous assisterons au limogeage d’une ou plusieurs personnes très haut placées. Dans la presse, et par des communiqués d’associations et d’organismes à la botte du régime, nous assisterons à des circonvolutions et justifications basses – orchestrées et bien coordonnées – de cette décision. Vous y reconnaitrez des éléments de langage communs.

Dans les sit-in organisés hier, des citoyens venus dénoncer cette aberration et demander une réédition des comptes ont été sauvagement tabassés. Dans leur majorité, ils étaient apolitiques et se sont sentis trahis et déshonorés par cette décision. L’histoire retiendra qu’à l’ère de la transition démocratique, un pédophile a été royalement gracié, et le sang de citoyens honorables a coulé en défendant la dignité bafouée d’une nation.

De ceci émerge un constat, quelque chose a changé, et pour toujours. Un rapport entre une grande partie du peuple et la monarchie a été rompu. La confiance et le chèque à blanc signé par une frange des marocains à leur monarque ont volé en éclat avec les coups de matraques.

Aux dernières nouvelles, un communiqué du cabinet royal vient de tomber, dans lequel on apprend que le roi n’a jamais été informé de la nature des crimes du dénommé Daniel, qu’une enquête sera diligentée ainsi que des mesures pour verrouiller les conditions d’octroi de la grâce.

Dans n’importe quelle contrée qui se respecte, on aurait déjà assisté à une avalanche de démissions et de mise en cause de toute la chaine des responsabilités. Maintenant, nous sommes au Maroc, le roi est constitutionnellement « irresponsable ». Moralement, et même stratégiquement, le roi se doit de présenter des excuses officielles au peuple, et dans un second temps, recevoir les familles des victimes pour des excuses personnelles. Aucune autre mesure ne pourrait panser les plaies des victimes ni du peuple.

Le 20 février n’était guère un mouvement. Ce fut une idée, un concept, et des idéaux de dignité, de liberté et de justice sociale. Aujourd’hui, les Marocains en ont peut-être conscience plus que jamais.

Youssef Oulhote, PhD

Postdoctoral fellow

[Cet article a été publié sur Lakome.]