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MALI. IBK aux portes du pouvoir

L’ancien Premier ministre malien, Ibrahim Boubacar Keïta -IBK) à Bamako le 7 juillet 2013. AFP

En arrivant en tête du premier tour, Ibrahim Boubacar Keïta a pris sa revanche et gagné le pari de symboliser la rupture tant espérée par les Maliens avec l’ancien régime corrompu. Portrait.

 

Avec une très large avance sur son rival Soumaïla Cissé lors du premier tour de l’élection présidentielle malienne, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) est enfin aux portes du palais de Koulouba. Perdant aux présidentielles de 2002 et de 2007 face à Amadou Toumani Touré (ATT), le vieux routier de la politique malienne a désormais de grandes chances de devenir le prochain président du Mali.

 

Serein, IBK a pris sa revanche, a 68 ans, et gagné le pari de symboliser la rupture tant espérée par les Maliens avec l’ancien régime corrompu. Sa réputation d’homme intègre et coriace a su convaincre qu’il était le seul à redresser un pays divisé et à terre depuis le putsch du général Sanogo qui a renversé l’ancien président Amadou Toumani Touré.

 

Orateur et homme de fermeté

 

Moins technocrate que son rival, Soumaïla Cissé, IBK a choisi les formules qui font mouche et axé son discours sur la réconciliation nationale et l’unité, et mis de côté les questions économiques. Quelques semaines avant le premier tour, il expliquait au « Nouvel Observateur » : « La première chose qui me hante, qui m’obsède, c’est la réconciliation des Maliens. Il faut que dans ce pays nous nous retrouvions frères sur ce territoire que Dieu nous a donné en partage. [...] Nous ne pourrons rien bâtir si nous n’avons pas conforté le socle de la réconciliation nationale. Notre tissu s'est déchiré, il faut le recoudre, il faut que le Mali reparte d'un bon pied. Nous avons vécu en communion, en fraternité, en convivialité, ce Mali doit se retrouver aujourd'hui. »

 

Il a été l’un des premiers candidats à se rendre à Kidal, fief des rebelles touaregs du MNLA, et foyer de tensions encore vivace. Il a aussi fait le tour des villes touarègues du Nord, Tombouctou comme Gao. Toujours assénant le même refrain de l’unité dans ses meetings, il a assuré qu’il « ramènerai la paix et la sécurité ». Des messages de paix qui ont séduits les Maliens traumatisés par l’idée d’une partition du pays et pressés de tourner la page d’une des crises les plus graves de l’histoire du pays.

 

Ses discours font de lui un personnage gaullien dont il se réclame lui-même. Lors de la répression qu’il a menée contre les grévistes en février 1993, il a repris à son propre compte la formule de général de Gaulle à propos des manifestations de mai 68 : « Non à la chienlit! ». Quand la radio RFI lui demande à qui il fait référence quand il parle d’honneur et de dignité il répond tout simplement : « Le général de Gaulle, l’homme du 18 juin. Le meilleur exemple de refus d’un peuple de la servitude. »

 

Le candidat de la France

 

Son lien avec la France ne se limite pas à son admiration pour le général de Gaulle. Il est très proche de plusieurs responsables socialistes français. « Il a été reçu à de nombreuses reprises en France, à la fondation Jean Jaurès (think-thank de gauche, ndlr) » rappelle Pierre Boilley professeur d’histoire de l’Afrique contemporaine et directeur du Centre d’études des mondes africains (Cemaf), avant de préciser : « Président de l’Adéma (Alliance pour la démocratie au Mali) pendant de nombreuses années, IBK est membre de l’Internationale socialiste et entretient des relations très proches avec des membres du gouvernement français actuel ». Sont cités dans la presse, François Hollande, Laurent Fabius, Manuel Valls et Ségolène Royal.

 

Une proximité qui lui vaut la suspicion d’être le candidat de la France. « Il a le profil qui plaît tant la France qu’à la communauté internationale », souligne Pierre Boilley. Né dans la région de Sikasso dans le Sud, IBK a fait ses études supérieures en France où il est resté 26 ans. Il enseigna notamment à l’université Paris – Tolbiac.

 

Rentré au Mali en 1986 où il fut d’abord conseiller du Fonds européen de développement (FED), avant d’être chef de projet de développement dans le nord du Mali, il participe en 1992, à la victoire d’Alpha Oumar Konaré, candidat de l’Adéma, le plus grand parti du pays, un an après le coup d’Etat qui renversa le général Moussa Traoré. En février il est nommé ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre l’année suivante. « Il a de l’expérience et n’a pas été trop sali par des affaires de corruption », note Pierre Boilley.

 

Ainsi, IBK s’est toujours placé comme un opposant au président ATT, accusé de mauvaise gestion, et ne perd jamais une occasion de le fustiger. Au « Nouvel Observateur » il disait à propos du coup d’Etat de 2012 : « Il ne s’agit même pas d'un coup d’Etat classique, mais d'un abandon du pouvoir, d'une fuite de l’autorité; le vide a été comblé par ceux qui pouvaient le faire, ceux qui étaient organisés, l’armée [...] Le devoir d'un homme politique, c’est la conquête du pouvoir et le fait d'assumer ce pouvoir. Quand on y déroge aux fins de s’aménager un avenir ou un confort parlementaire, on trahit le peuple ».

 

L’homme de rupture qu’il prétend incarner n’est pas sans ombres. Ses liens avec les militaires putschistes suscitent les interrogations. Contrairement aux autres responsables politiques, il n’a pas été inquiété par la junte lors du putsch contre leur ennemi commun ATT. Il s’en est défendu au « Nouvel Observateur » : J’ai été le premier à condamner le putsch et je ne suis pas réputé frayer avec des putschistes. Même si je les comprends. »

 

Risque d’autoritarisme

 

Les plus pessimistes craignent un excès d’autoritarisme et gardent en souvenir la répression qui s’est abattue sur des étudiants en grève alors qu’IBK était Premier ministre. Les écoles seront alors fermées, et l’année 1993-1994 sera décrétée « année blanche » (invalidée). En 1997, il envoie de nombreux opposants en prison.

 

En politique, l’homme est susceptible, et n’hésita pas à claquer la porte du la machine Adéma en 2001, ayant été écarté de l’investiture pour la présidentielle. C’est à ce moment qu’il fonde son propre parti le Rassemblement pour la République (RPM). Candidat malheureux aux élections de 2002 et de 2007 dont il dénonce des fraudes, il est nommé président de l’Assemblée nationale entre 2002 et 2007.

 

Pour adoucir cette image, IBK se veut tour à tour bon père de famille et bon musulman. Il s’attire ainsi les bons auspices du très influent Haut conseil islamique. « Je suis un laïc convaincu. Mais le Mali est un pays musulman à plus de 80%. Si les musulmans me soutiennent, pourquoi voudriez-vous que j’en sois marri ? C’est ma religion, j’en suis fier, et c’est celle de mon peuple », dira-t-il au « Nouvel Observateur ».

 

tempsreel.nouvelobs.com/ 01-08-2013 à 16h27

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