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Les dessous de l’immobilisme d’Ennahdha

Par Soufiane Ben Farhat

Le mouvement islamiste Ennahdha ne veut pas lâcher le gouvernement d'un iota. Malgré les critiques formulées par ses principaux alliés, y compris dans la Troïka gouvernante. Une attitude qui se juxtapose comme une mauvaise greffe sur le refus de céder sur le dossier de la dissolution de l'Assemblée nationale constituante (ANC). Soit un double refus qui frise l'immobilisme. Et fonde le statu quo.

Il y a péril en la demeure. Le terrorisme menace la Maison Tunisie. Et pourtant, la classe politique fragmentée n'en finit pas de s'abîmer dans des chamailleries interminables.

La crise gouvernementale est patente. Ses fondements et prolongements économiques catastrophiques sont avérés. Il n'y a qu'à réécouter le cri d'alarme de la présidente de la centrale patronale (Utica) avant-hier sur Nessma TV pour s'en rendre compte. Preuves à l'appui, elle a affirmé que le pays frise la banqueroute et qu'il serait bon pour le bloc opératoire, étant en phase de « réanimation économique ».

Des propos tonitruants, réalistes et amers. Ils tranchent net avec les affirmations à l'emporte-pièce de hauts responsables gouvernementaux, volontiers triomphalistes en la matière. Ainsi en est-il du ministre de l'Agriculture, M. Mohamed Ben Salem, qui nous sort périodiquement des envolées lyriques sur nos performances économiques qui seraient mondialement inégalées.

En fait, les déséquilibres catastrophiques politiques grèvent la situation économique sous nos cieux. Les rapports de la Banque mondiale et du FMI l'ont déjà signalé. En vain.

On est en droit de se demander pourquoi les gouvernants sont-ils si peu enclins à trouver les issues de crise politiques ? Ce qui équivaut à arrêter l'hémorragie ?

Deux donnes fondamentales l'expliquent. Tout d'abord la propension des gouvernants à considérer le pouvoir comme un butin de guerre. Même si, n'ayant pas participé à la révolution qui a balayé l'ancien régime, ils se retrouvent aux premières loges du pouvoir et des dignités. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, certes. Mais lorsqu'on est au pouvoir on a tendance à s'y agripper mordicus, et à le défendre bec et ongles. Au péril de ses principes au besoin. Raison pour laquelle les crises des gouvernants postrévolutionnaires sont aussi d'ordre moral et éthique.

En second lieu, les islamistes au pouvoir en Tunisie jouent pratiquement la dernière carte des islamistes qui, dans la région arabe, sont plutôt dans la tourmente. Ils escomptaient un rapide triomphe de la rébellion islamiste armée en Syrie. Ce qui aurait ouvert, à leurs yeux, la voie royale à l'islamisation forcée de toute la région. Le rouleau compresseur était en stand by.

Or, dès le début de l'été, ce les revers s'accumulent. Reprise en main de la situation en Syrie dès la bataille décisive d'Al-Qosseir, qui en coûte depuis à la rébellion armée ; crise grave en Turquie ; mobilisation populaire massive, intervention de l'armée et renversement du pouvoir des Frères musulmans en Egypte ; anarchie et chaos en Libye. Seule la Tunisie et le Maroc tiennent encore la route. En vacillant sous les coups de boutoir de la crise économique, du blocage politique et de l'interminable bras de fer avec la société civile. Celle-ci fédère les représentants d'une classe moyenne et de classes populaires exsangues et qui n'en peuvent plus guère.

Le mot d'ordre des Frères musulmans dans toute la région consiste à dire : faites du surplace, conservez vos positions quoi qu'il en coûte, man½uvrez, louvoyez, rusez. Mais dans tous les cas de figure durez.

Une clé de lecture du fixisme affligeant et contreproductif d'Ennahdha dans son obstination à maintenir le gouvernement en crise tel quel. A rebrousse-poil de larges pans de la société et de l'opinion tunisienne. Et ce n'est pas fini.

Tunisie Focus

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