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Crise cité universitaire : Quand la direction générale du CENOU fabrique des SDF

Il est minuit quand nous arrivons à la Place de l'Union Africaine (Rond-point situé sur l'axe Ouagadougou- Kaya) ce mercredi 1 août. Nous sommes bien surpris de trouver des centaines d'étudiants couchés à même le sol et face à eux, des véhicules 4X4 chargés de CRS. Les nouveaux locateurs de cette place sont les étudiants qui ont été expulsés des cités universitaires par les éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) à la suite de la décision prise par la Direction générale du CENOU d'arrêter les ½uvres universitaires pendant les deux mois que durent les vacances universitaires.

Tout a commencé le mardi soir quand les étudiants ont été informés qu'ils ont la nuit du 31 juillet au 1er août pour faire leurs bagages et « libérer » la cité parce que l'université est en vacance. Pour mieux comprendre ce qui se passe, nous nous adressons à un étudiant que nous nommons S. D. qui accepte nous retracer le déroulement des évènements.

Plus de négociations

Le mercredi après la première sortie des étudiants pour dire non à l'arrêt des ½uvres universitaires, des négociations avaient été entreprises, et même un sursis de quinze jours leur avait été accordé. Mais à leur surprise ce jeudi, ce sont des éléments de la CRS qui débarquent pour leur intimer l'ordre de partir. « Quand les éléments de la CRS sont arrivés, ils ont dit qu'ils ne sont pas venus pour négocier. Ils disent qu'il y a déjà eu des rencontres avec les délégués de la cité et d'ailleurs selon les principes universitaires, nous (les étudiants) devront quitter la cité ». La lecture de ce propos laisse transparaître clairement la logique des forces de l'ordre : une fois que nous sommes sur le terrain, c'est pour faire respecter une décision donc, il n'est plus question de discuter. Elles sont là pour utiliser la force et amener les étudiants à respecter ce que les autorités ont dit. Leur mission est donc claire : déguerpir la cité universitaire, un point, un trait.

Le commencement

Pour cela, quand les éléments de la CRS soutenus par ceux de la BAC sont arrivés, « ils nous ont dit qu'on nous donne jusqu'au dimanche pour ramasser nos bagages à condition que nous rendons les véhicules que nous avons pris le mercredi. Sinon, ils vont nous faire partir de force avant dimanche ». A cette conditionnalité, les étudiants répondent par la négative. Car pour eux, les raisons avancées par le Directeur général du CENOU pour justifier la fermeture des cités et restaurants universitaires ne sont pas recevables : « le DG dit que les années se sont normalisées à l'université, ce qui est faux. Il dit aussi que ce sont ces deux dernières années que les cités ne sont pas fermées pendant les vacances, ça aussi c'est faux parce que depuis plus d'une décennie les cités fonctionnent douze mois sur douze ». Ainsi, les étudiants affirment clairement leur refus de quitter la cité.

Face à ce refus, les éléments de la CRS et de la BAC convaincus de leur capacité à faire plier les étudiants décident de lancer l'offensive pour ; primo libérer les véhicules pris par les étudiants et secundo, les déloger de la cité manu militari. Mais c'était sans compter avec les stratégies et la détermination des étudiants : « les véhicules, vous allez les prendre, mais calcinés ». En renvoyant cette pique aux éléments des forces de l'ordre, les étudiants savaient ce qu'ils ont préparé.

Le terrain était préparé

« Ils (CRS et BAC) pensaient qu'on avait regroupé les véhicules à un seul endroit et qu'ils allaient rentrer et faire sortir. Parmi nous, il y a des étudiants qui ont le permis de conduire et qui savent conduire donc, nous avons décidé d'éparpiller les véhicules à l'intérieur de la vaste cour de la cité. Ainsi, quand les policiers ont commencé à gazer, nous aussi, on a commencé à mettre le feu, d'ici ils vont se rendre compte, les véhicules sont en feu ». C'est le début de la course poursuite.

Dans cette guérilla, les étudiants ont l'avantage de maîtriser le terrain que les forces de l'ordre, « ils veulent nous poursuivre dans notre brousse qu'on connait bien. Nous les avons attirés vers les zones un peu difficiles à rentrer avec des véhicules et là, ils ont dû battre en retrait. Nous avons même pris un ; il a demandé pardon et nous l'avons libéré mais on a gardé deux protèges ».

Même avec cette victoire haute de symbole, les étudiants n'ont pas remporté la guerre, mais seulement une bataille. En effet, quelques instants après, les éléments de la CRS et de la BAC réussissent à prendre le dessus et érigent des barrières autour de la cité. Ils « donnent quinze minutes aux étudiants pour rentrer ramasser leurs bagages et partir ». Ne sachant où aller, les étudiants décident de ne pas prendre de bagages, mais d'aller camper à la Place de l'Union Africaine.

Des populations compatissantes

Là, les étudiants qui sont partis sans rien prendre se retrouvent à même le sol dans un espace autrefois occupé par les moustiques. Ainsi, aux forces de l'ordre s'ajoutent de nouveaux ennemis : les moustiques, la rosée et le froid. La présence inhabituelle de nombreux étudiants à cette place et surtout à cette heure, suscite des questions : « quand les gens passent, ils freinent et demandent ce qui se passe. Nous leur disons que nous sommes là parce que nous avons été expulsés de la cité et nous ne savons où aller. Presque tout le monde est choqué de nous voir dans cette situation ».

Ainsi, certains laissent parler leur c½ur en décidant de venir en aide à ces enfants qui sont dans une situation difficile : « parmi ceux qui s'arrêtent, d'autres nous ont donné du pain, de l'eau, des boites de sardine. Il y a un qui est venu nous donner beaucoup de pain et de l'eau. Grâce à ces bonnes volontés, les étudiants ont pu manger cette nuit ».

Parmi ces bonnes volontés, il y a le mouvement Yen A Marre Burkina Faso que les étudiants remercient particulièrement pour son attention et l'intérêt qu'il porte à leur situation : « nous disons merci à Yen A marre, ils sont venus prendre des informations avec nous qu'ils ont publié sur leur page facebook et ensuite lancé un SOS pour nous venir en aide ».

Si le problème de nourriture est résolu pour ce soir, la grande inquiétude se trouve dans cette question : que vont devenir ces étudiants sans domicile fixe et sans ressources, les jours à venir ?

Zakaria Soré

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