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Crise Cités universitaires : 32 véhicules détruits, 49 manifestants interpellés

Dans la journée du 1er août 2013, les cités universitaires (Kossodo, Patte d'Oie et Gounghin) ont connu une atmosphère surchauffée. Courses-poursuites entre les forces de l'ordre et les étudiants, incendie de véhicules de l'Etat. A l'origine de ces échauffourées, la décision des responsables du Centre national des ½uvres universitaires (CENOU) de fermer les cités universitaires pour raison de vacances. Opposés à cette décision, les étudiants ont tenu à se faire entendre de la plus bouillante des manières. Beaucoup de choses ont été dites sur les raisons de la montée de la tension. Au cours d'une conférence de presse animée dans la soirée du vendredi 2 août 2013, le directeur général du CENOU, Adré Batiana, a voulu apporter des éclairages sur la situation.

Pour ce point de presse, le patron du CENOU était accompagné du président de l'Université Ouaga 2, Stanislas Ouaro, du commandant de la gendarmerie, Hubert Yaméogo, du Commandant de la Brigade anti-criminalité (BAC), Patrice Yéyé et d'un conseiller technique du Ministre des enseignants secondaire et supérieur. Le but de cet exercice : « éclairer l'opinion nationale sur les causes de la crise que vit actuellement l'Université de Ouagadougou ».

Les faits

Pour protester contre leur « expulsion » des cités universitaires, des étudiants ont organisé une manifestation violente. La veille déjà, les étudiants avaient manifesté en récupérant des véhicules de l'Etat qu'ils avaient parqués au sein des cités. Pour les pensionnaires de ces logements, ce n'est que dans la soirée du mardi 31 juillet 2013, qu'ils ont reçu l'information qu'ils devaient quitter les cités le 1er aout, soit le lendemain.

Mais pour le directeur général du CENOU, « ce n'est pas vrai ». Il a brandi comme preuve des engagements que les étudiants ont signés avant d'intégrer les cités. « Les étudiants étaient au courant. Parce que dans l'engagement qu'ils signent pour prendre les chambres en cité, il est fait obligation aux étudiants de payer le loyer jusqu'au mois de juillet 2013. Que se passe-t-il après juillet 2013 ? Pourquoi le paiement du loyer s'arrête-t-il à juillet 2013 ? C'est parce que les ½uvres universitaires cessent lorsque l'activité académique aussi cesse », se défend-il.

Dans les années précédentes, les étudiants avaient été autorisés à rester en cités avec tous les services des ½uvres sociales (Cité, Restaurant universitaire, services de santé). Selon les conférenciers, cela relevait d'une mesure exceptionnelle. « En 2011 et 2012, les responsables du CENOU avaient négocié avec le gouvernement sur la demande des étudiants, vu que les vacances tenaient juste pour le mois d'août, que les étudiants puissent bénéficier des ½uvres universitaires pendant ce mois-là. Le gouvernement avait alors accédé à cette requête. Je dis bien que c'était une mesure exceptionnelle », a expliqué Stanislas Ouaro, président de l'Université Ouaga 2.

Mais pour 2013, le gouvernement a rejeté la demande des responsables du CENOU. « Cette année, l'Université a fixé son calendrier conformément à la loi qui donne deux mois de vacances aux enseignants d'université. En marge de l'Assemblée générale des sociétés d'Etat consacrée aux EPE tenue les 25 et 26 juillet 2013, nous avons eu une rencontre avec le Premier ministre au tour du calendrier universitaire. Au cours de cette réunion, il a été reprécisé que le suivi du calendrier universitaire tel que défini est maintenu. Les cours s'arrêtant en fin juillet, les ½uvres universitaires cessent également », a ajouté Pr Ouaro.

Face à ce refus du gouvernement de prolonger les ½uvres universitaires au-delà de l'année académique, les responsables du CENOU n'auraient pas eu le temps d'informer les étudiants par écrit avant la date du 31 juillet 2013.

Comment la situation a dégénéré dans les cités ?

Selon le commandant de la gendarmerie, Hubert Yaméogo, dont les éléments étaient déployés dans les cités de la Patte d'Oie et de Gounghin, la situation nécessitait l'intervention des Forces de l'ordre : « Nous étions en face d'une manifestation non autorisée par l'autorité publique et le droit commande que l'on rétablisse la liberté d'aller et de venir des personnes et de protéger leurs biens. Cela commandait déjà que l'on puisse intervenir ».

Ces propos ont été soutenus par le commandant de la BAC, Patrice Yéyé, qui avait en charge la cité de Kossodo. « Nous avions pour instruction d'inviter les étudiants à libérer les cités. Nous sommes arrivés sur les lieux à 16 heures. Nous avons trouvé des étudiants qui avaient récupéré des véhicules de l'administration. Pacifiquement nous leur avons demandé de quitter la cité. Ils ont évidemment refusé d'obéir. Dans cette cité, nous avons compris que les étudiants avaient déjà préparé le terrain parce qu'après avoir retiré les véhicules de l'administration, ils les avaient pré-positionnés de façon stratégique tout au tour de la cité. Ils ont même eu le temps d'aller acheter de l'essence en ville. Dès qu'ils ont refusé de quitter pacifiquement, immédiatement nous avons compris que les rôles étaient joués. Par groupe, ils ont pris position auprès des véhicules et ont commencé à les abimer. Eu égard à cette situation, le dialogue a été interrompu et nous nous sommes vus dans l'obligation d'intervenir et c'est ce qui a été fait. Nous avons également fait appel aux sapeurs pompiers qui nous ont aidés à éteindre le feu », a-t-il raconté.

Le bilan

Si l'on ne déplore aucune perte en vies humaines, les dégâts matériels sont importants. Selon le commandant Yaméogo, 3 véhicules ont été incendiés à la Patte d'oie dans la rue et 2 autres à Gounghin. Les éléments de la gendarmerie ont également procédé à l'arrestation de 11 personnes dont 7 étudiants et 4 non étudiants.

A la cité de Kossodo, ce sont 11 véhicules, 15 vélomoteurs de l'Etat qui ont totalement été incendiés, 16 autres véhicules ont été détruits. La BAC, qui compte deux blessés dans ses rangs, a indiqué avoir interpellé 38 personnes dont un de la communauté étrangère qui était de passage au Burkina et un cireur qui vivait en cité. Toutes ces personnes, selon les responsables des Forces de l'ordre, ont été entendus et conduits devant le procureur.

Les négociations sont toujours possibles

Les étudiants expulsés des cités ont passé une partie de la nuit à la belle étoile. Après avoir occupé le rond-point de l'Union africaine, ils en ont été chassés au milieu de la nuit par des éléments de la BAC. Et pour Patrice Yéyé, force doit rester à la loi. « La liberté de réunion et d'association est un droit qui a été consacré par la loi fondamentale. Elle est cependant assortie de conditions dont les autorisations préalables données par l'autorité administrative. Qu'est-ce qui s'est passé hier ? Lorsque les étudiants ont rompu le dialogue avec les forces de l'ordre et que nous sommes intervenus, ils se sont déplacés par groupes pour aller occuper le rond point de l'Union africaine qui est un grand carrefour où il y a beaucoup de véhicules et ils ont bloqué la circulation. Nous avons considéré cela comme étant un attroupement et nous l'avons traité comme tel. Pour permettre la fluidité du trafic routier, nous étions obligés d'intervenir pour les disperser », a-t-il indiqué.

Chassés à coup de gaz lacrymogènes et de balles blanches, les étudiants sont actuellement, pour certains, pris en charge par des bonnes volontés. Des réactions se font entendre pour condamner ce « traitement inhumain » que le gouvernement a infligé aux étudiants. Pour d'autres personnes, les étudiants paient pour avoir participé massivement aux différentes marches de l'opposition. Mais le directeur général du CENOU se dit toujours disposé à discuter avec les étudiants. Car il y a la possibilité d'instituer la Cité de vacances pour ceux qui sont vraiment dans le besoin. « Ma porte est ouverte et je les invite encore à négocier », a conclu André Batiana.

Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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