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Des habitants à Kasserine : « Nous avons reçu le message mais nous n’allons plus manifester »

Des soldats de l’armée pleurant leurs camarades assassinés le 29 juillet 2013. Hôpital régional de Kasserine (Photo circulant sur Facebook – Page Jaw Gsarnia)

Le dernier incident meurtrier dans la région de Kasserine remonte au 6 juin dernier : il faisait deux morts et deux blessés. Celui d'avant remonte à la nuit du 2 juin, où l'adjudant-chef de l'armée nationale Mokhtar Mbarki était tué par ses propres soldats. Cette fois-ci, les attaques visant l’armée se sont transformées en massacre. Le 29 juillet, huit membres d'un commando de l'armée, dont l'âge varie entre 21 et 28 ans, ont été tués, dont cinq égorgés, par des criminels toujours introuvables.

Des comités pour empêcher les manifestations

L’effet attendu dans la région, à savoir la révolte de la ville de Kasserine, a été avorté. Après la sortie de quelques Kasserinois en colère dans les rues la nuit du massacre, des comités de quartier ont été créés pour empêcher toute manifestation.

« Nous avons reçu le message, c'est exactement ce qui s'est passé à Om Ali, en Algérie. Tu sais ce qu'ils veulent ? Puisque les mines sont devenues chose courante, ils veulent nous provoquer. Ils se disputent tous les sièges et privilèges, Nahdha, Nidaa et tous les partis… Ils veulent que Kasserine se révolte car si Sidi Bouzid et Kasserine se révoltent ils atteindront l'Assemblée et le gouvernement. Mais nous n’allons plus manifester », nous confie l’un des habitants de la région.

Une grande mobilisation des forces de sécurité et de la fumée…

Le 1er août, les tirs se sont succédés dans le massif montagneux de Chambi. D’après nos sources, des forces de sécurité présentes sur les lieux, l’armée, la BAT (Brigade anti-terroristes), les USGN (Unités spéciales de la Garde nationale) et les forces de l’ordre ont été mobilisées.

Les renforts sont énormes cette fois-ci. Nous sentons qu’il y a une vraie mobilisation contre ces criminels. Nous entendons des coups de canons. J’ai à peine dormi depuis le massacre… Hier 2 août, ce n'est que vers 5h30 du matin que ça s'est arrêté, pour reprendre vers 8h30. Ensuite ça a continué jusqu’à tard dans la nuit, vers 23 h témoigne Mohamed Baraketi, membre de l'association Forum des jeunes pour la culture de la citoyenneté.

Des incendies ont été déclenchées le 31 juillet suite aux coups de canon, aux tirs et aux bombardements de l'armée dans le massif montagneux de Chaambi. Les nuages de fumée couvrent le gouvernorat de Kasserine.

« Nous suffoquons à cause de cette fumée. Ça fait mal au c½ur, je pleure Chaambi… », déplore Mohamed.

Des rumeurs sur les assassins « fantômes »

A Kasserine, les habitants n’ont pas attendu les images des chaînes de télévision pour réaliser l’horreur du massacre. Plusieurs vidéos amateurs ont été filmées et des photos sans floutage ont circulé sur les réseaux sociaux et chez les voisins… Mais l'information manque et le « mystère de ces assassins fantômes » agace. Les rumeurs prolifèrent. Hier, Mohamed est resté de deux heures à quatre heures du matin à l'hôpital régional. Une intox avait circulé au sujet d'autres soldats tués...

Depuis décembre 2012, les histoires sur le terrorisme et les dépôts d’armes se multiplient en Tunisie. Cependant, après le démenti du porte-parole du ministère de l’Intérieur Khaled Tarrouche au mois d’août 2012 sur l’existence de camps d’entraînement de djihadistes dans les montagnes en Tunisie, alors que des syndicalistes des forces de l’ordre l’avaient affirmé, le ministère avait perdu encore plus de crédibilité.

D’après le spécialiste des groupes terroristes Alya Allani, le massacre des soldats n’est pas le premier face-à-face avec les extrémistes religieux.

L'assassinat de l’officier Mohamed Sboui, le 2 mai 2013, trouvé égorgé par des extrémistes religieux à Jebal Jloud (Tunis), avait déjà marqué un tournant dangereux dans le pays, puisque les forces de sécurité devenaient la cible. a-t-il confirmé

Des pages Facebook d'extrémistes saluent ces opérations visant l’armée et les agents de forces de l’ordre, qualifiés de “Taghout” (groupe de l’injustice), avec des vidéos de propagande pour le jihad. La page “Kaatilouhom” (Combattez-les) a appelé ceux qui ont été assassinés : “Les soldats de la mécréance“.

armee du taghout page 9atilouhom 29 juillet 2013 apres le massacre

A cause des nominations suspectes au ministère de l’Intérieur et du fait qu’aucun “terroriste” n’ait été arrêté à Jbal Chaambi jusqu’à aujourd’hui, le scepticisme des Tunisiens au sujet de ces événements augmente le manque de confiance dans le gouvernement dirigé par le parti islamiste Ennahdha.

Nawaat

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