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«La diffusion de ce genre de programmes nuit à la société»

Bachir Derais analyse le contenu des programmes diffusés par les chaînes de télévision algériennes durant ce mois de Ramadhan. Il déplore la reproduction d'une médiocrité qui «tire la société vers le bas». Selon lui, cette situation est la conséquence d'un «manque de sérieux» et d'amateurisme. - Comment évaluez-vous les programmes diffusés par les différentes chaînes de télévision algériennes durant ce mois de Ramadhan ?   Je crois qu'il n'y a aucune évolution par rapport aux années précédentes. Les programmes de cette année sont les mêmes que ceux que nous avons l'habitude de voir depuis 15 ans. C'est toujours un mélange de naïveté et d'amateurisme. Je n'ai aucune intention de dénigrer nos collègues, cependant l'audiovisuel, la télévision et le cinéma, c'est un métier très sérieux qu'il ne faut pas prendre à la légère. Mais aujourd'hui, c'est la facilité et la légèreté qui sont devenues les critères de production. Et la responsabilité n'incombe pas uniquement aux producteurs.   - Les diffuseurs sont aussi responsables de cette situation. Ces derniers sont-ils des spécialistes ? Sont-ils du métier ou concepteurs ? Ont-ils les moyens et le temps ?   Nous avons constaté que les gens qui font ces images agissent à la dernière minute, alors que le travail artistique nécessite du temps, de la vérification et de l'analyse. Le diffuseur commande souvent à la dernière minute, ce qui explique, en partie, la médiocrité des programmes qu'on voit aujourd'hui.   - Pourquoi en est-on arrivé à cette situation ?   Tout le monde est responsable de cette situation. Les administrateurs des chaînes de télévision assument une part importante de la responsabilité, car ils ne se montrent pas assez exigeants et ne contrôlent par le travail des gens sollicités pour réaliser les programmes de Ramadhan. De plus, ils attendent la dernière minute pour passer leurs commandes, comme ils ne procèdent pas à la vérification des CV des gens. Malheureusement, il n'y a pas de CV. Généralement, on voit des producteurs qui sont, en même temps, scénaristes et acteurs qui font appel à des membres de leur famille. Ils constituent des entreprises familiales qui ne maîtrisent pas les techniques de la production audiovisuelle. Or, l'audiovisuel ne devrait pas être géré comme une épicerie ou une firme. Elle répond à des critères et des normes internationaux qui ne sont malheureusement pas respectés.   - Justement, on constate, en suivant ces programmes, qu'il n'y a qu'une seule histoire présentée différemment dans des décors différents. Où se situe le problème ? N'avons-nous pas de scénaristes qui pourraient innover ?     Oui, il n'y a pas de scénaristes. Il y a aussi un problème de concepteurs, surtout pour la télévision. Car pour le petit écran, il faut des gens spécialisés, formés et qui ont fait des études pour faire de la production audiovisuelle spéciale pour la télévision. Or, 80% des gens qui produisent des images en Algérie n'ont pas fait d'études. Ils n'ont pas de diplôme et ne sont pas passés par des écoles spécialisées. On ne peut pas improviser. C'est pourquoi nous avons aujourd'hui un patchwork à la télévision qui n'est bon que pour combler des espaces. Mais ça n'a aucun sens. Ce ne sont que des produits de consommation éphémères, destinés à la consommation locale qui seront oubliés à la fin du Ramadhan.   - Quel est, selon vous, le modèle de société qu'on veut véhiculer à travers ce genre de programmes ?   Je ne sais pas si on a réfléchi à cela. Mais ce sont des produits sans valeur. Car, dans le monde entier, la télévision quand elle produit quelque chose, elle le fait d'abord pour le marché local ensuite elle le vend. Nous avons pris du retard même sur les chaînes arabes. Nous n'avons jamais vendu le moindre produit. Et pour combler les grilles des programmes, on recourt à l'importation, on achète des feuilletons syriens, jordaniens et égyptiens.  Cela s'explique par le fait qu'on n'a aucune politique culturelle et aucune stratégie. Il n'y a jamais eu d'étude pour savoir à qui est destiné le programme qu'on veut produire. On agit toujours à la dernière minute. Et c'est une catastrophe pour la société, parce que ce genre de programmes la tire vers le bas en l'habituant à suivre des programmes sans valeur et sans aucun niveau. Il y a aussi un autre problème relatif au fait que la télévision ne diffuse pas de films cinématographiques ni de longs métrages.   - Quelles sont, selon vous, les difficultés que rencontrent les réalisateurs et les producteurs algériens ?         Il y a en premier lieu la censure. Ce qu'on veut faire ne correspond pas à la réalité. Le cinéaste a besoin d'une liberté que nous n'avons pas en Algérie. Par exemple, nous attendons depuis plus de 3 ans l'autorisation pour réaliser un film sur Larbi Ben M'hidi. La loi sur le cinéma, notamment son article 6 imposant le passage par le ministère des Moudjahidine pour réaliser un film sur l'histoire, est une catastrophe. Cela nuit aussi à la liberté. Nous avons sollicité une autorisation pour le scénario en 2010 et nous n'avons obtenu l'accord qu'en 2013.            

El Watan

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