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Présidentielle au Mali: «Les grandes manœuvres» ont commencé

Michel Galy, spécialiste du Mali, de la Côte d’Ivoire et des conflits en Afrique de l’Ouest. DR

Les premiers résultats de l'élection présidentielle au Mali viennent de tomber. Ibrahim Boubacar Keïta du Rassemblement pour le Mali (RPM) a obtenu 39,2% des voix et Soumaïla Cissé, de l'Union pour la République (UPR) 19,4%. Le second tour aura lieu dimanche 11 août. Michel Galy, professeur de géopolitique à l'Institut des relations internationales, à Paris, auteur de La Guerre au Mali, analyse à chaud ces résultats.

 

RFI : Comment peut-on analyser les résultats provisoires officiels de ce premier tour, délivrés par le ministère malien de l’Administration territoriale ?

 

Michel Galy : C'est une évidence, il y a une déception relative dans le camp d'IBK qui disait depuis quelques jours déjà qu'il n'y aurait pas de second tour. En même temps, 40% contre 20%, cela montre qu'il y a une large avance du candidat du RPM. Cela est dû en partie au fait que les résultats du nord, y compris Gao, Tombouctou, voire Mopti, dont est originaire Soumaïla Cissé, soient tombés en dernier. C’est une explication un peu inquiétante du flottement qu'il y a eu dans le camp de Cissé qui exigeait un second tour.

 

Une absence de second tour aurait-elle été « dangereuse » pour le pays ?

 

Oui, en ce moment les élections provoquent des tensions extrêmement fortes. Il suffit de regarder au niveau régional, en Côte d'Ivoire ou même en Guinée Conakry, c'est une cause de troubles politiques très forts. Pour autant, ce n'est pas du tout le même cas au Mali. Par exemple, par rapport à la Côte d'Ivoire, les candidats sont quand même très loin l'un de l'autre. IBK a pratiquement le double de Soumaïla Cissé. Par rapport aux élections en Guinée Conakry, il n'y a pas de front anti-IBK.

 

Il va certainement y avoir des ralliements à la candidature de IBK, qui est estimé comme étant un homme à poigne, nécessaire dans une période de grave crise de l'Etat au Mali. Dans la culture politique du pays, il y a plutôt des ralliements au leader supposé que des fronts contre lui.

 

Comment voyez-vous le second tour prévu le 11 août prochain ?

 

Il y a une polarisation du champ politique malien. Dès aujourd'hui commence ce que j'appelle « les grandes man½uvres à la malienne », avec des émissaires dans tous les sens, des ralliements de certains à IBK, comme peut-être Soumana Sako, Premier ministre de la transition (1991-1992).

 

A l'inverse, Modibo Sidibé, lui aussi ancien Premier ministre, hésite peut-être, mais je le situerais plus près de Soumaïla Cissé. L'inconnue déterminante reste la position de Dramane Dembélé, qui représente l'Adéma, l'ancien parti très dominant et qui a pratiquement 10%. Son ralliement et ses consignes de vote seront très importants.

 

Quelle est votre analyse du taux de participation, estimé à 51,54% ?

 

Un tel taux est rare, c'est sans doute la participation la plus importante, et on ne parle pas des périodes de la dictature mais on parle des périodes depuis 1992 et le retour à une démocratie multipartite.

En même temps, il y a eu des élections très imparfaites, qui constituent l'une des causes de la chute d'ATT, un régime un peu à bout de souffle, basé sur des élections quasiment truquées.

 

Cette participation montre qu'entre la présence d'observateurs internationaux et une sorte de tutelle de la communauté internationale dans un contexte de crise multiforme y compris militaire, l'électorat malien accorde une sorte de confiance certaine à ces élections.

 

Par RFI

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