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Zimbabwe: vers une victoire de Mugabe avec l'aval des observateurs

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, au pouvoir depuis 33 .ans, s'acheminait vendredi vers une victoire écrasante aux élections générales avec la bénédiction des observateurs africains, qui ont appelé son adversaire Morgan Tsvangirai à accepter les résultats malgré les irrégularités du scrutin. 

"Nous disons que cette élection a été libre, très libre même... Nous n'avons pas dit qu'elle était honnête, simplement parce la question de l'honnêteté est vaste et nous ne voulions tirer aucune conclusion à ce stade", a déclaré le chef des observateurs de l'Afrique australe, le Tanzanien Bernard Membe.

Son homologue de l'Union africaine, l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, a été plus loin en saluant une élection dans l'ensemble "libre, honnête et crédible".

Le résultat officiel du premier tour de la présidentielle n'est théoriquement pas attendu avant lundi, et la police avait menacé de sanction toute personne divulgant des résultats ou des projections avant l'annonce officielle par la Commission électorale. 

Mais les premiers résultats des législatives donnent au parti de M. Mugabe, plus vieux chef d'Etat africain au pouvoir depuis l'indépendance en 1980, un score presque soviétique. 

"La prédiction, c'est que le président devrait avoir de 70 à 75%. C'est le sentiment, d'après ce que je vois remonter du terrain", a déclaré à l'AFP Rugare Gumbo, porte-parole de la Zanu-PF.

"Je crois que nous aurons une majorité des deux tiers environ", à l'Assemblée, où le MDC de Morgan Tsvangirai était majoritaire, a-t-il ajouté.

La Zanu-PF a remporté 87 des 120 circonscriptions dont les résultats ont été publiés jusqu'à présent, sur un total de 210 sièges à pourvoir.

Une majorité des deux tiers permettrait au parti de M. Mugabe de modifier la Constitution, un texte relativement libéral tout juste approuvé par référendum en mars.

Minces chances de recours

M. Tsvangirai a qualifié le scrutin de mercredi, organisé à la hâte en seulement quelques semaines, d'"énorme farce", jugeant qu'il était "nul et non avenu". "C'est incroyable, c'est un vol dans les plus grandes largeurs", a également réagi Roy Bennett, un de ses lieutenants basé à Johannesburg qui a appelé à la "résistance passive".

"Les élections, compte tenu des circonstances, se sont bien passées et il n'y a pas de raison de les annuler", lui a indirectement répondu vendredi le chef des observateurs de la SADC.

De très nombreux électeurs des villes --traditionnellement hostiles à M. Mugabe-- n'ont notamment pas trouvé leur nom dans leur bureau de vote habituel, ou sur les listes électorales.

Le registre n'a été rendu public que la veille du scrutin, sans vérification sérieuse possible, ni recours.

Selon l'ONG Zimbabwe Election Support Network, un million d'électeurs n'ont pas pu voter dans les bastions de Morgan Tsvangirai. Il y a 6,4 millions d'inscrits sur les listes électorales.

Les chances de recours de Morgan Tsvangirai sont minces, l'appareil judiciaire étant inféodé à M. Mugabe, tandis que les pays africains ont donné priorité à la stabilité régionale et à l'absence de violences.

Le Zimbabwe, qui se remet à peine d'une décennie de récession marquée par une inflation galopante et le départ à l'étranger de plusieurs millions de personnes, avait failli sombrer dans la guerre civile après les élections de 2008.

La victoire de M. Mugabe inquiète également les investisseurs qui craignent qu'elle ne réduise à néant les efforts de stabilisation de l'économie du gouvernement sortant.

"C'est le retour à une volatilité extrême", a estimé Iraj Abedian, PDG de Pan African Investments à Johannesburg. "Nous pouvons nous attendre à des mesures populistes assez radicales, qui auront des conséquences énormes."

Après les terres agricoles et les mines, les banques et les sociétés financières pourraient selon lui être les prochaines cibles d'un nouveau gouvernement Mugabe cherchant à étendre son programme d'"indigénisation" visant à redistribuer les actifs à des Zimbabwéens noirs.

"Ce serait provoquer le chaos, mais la Zanu-PF et Mugabe semblent aimer ça."

En 2008, Morgan Tsvangirai était arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, mais des partisans de M. Mugabe s'étaient déchaînés sur leurs adversaires, faisant environ 200 morts.

M. Tsvangirai s'était retiré entre les deux tours pour éviter un bain de sang généralisé. Il s'était ensuite associé au président à la demande des pays voisins, et était devenu un Premier ministre, salué pour son esprit de paix mais politiquement relativement impuissant.

AFP

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