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Sénat : Blaise Compaoré a enfin parlé

On attendait de savoir ce qu'il pensait « officiellement » du Sénat et des manifestations de protestations du moment contre sa mise en place.

Puis, depuis la Côte d'Ivoire où il a co-présidé avec le président Alassane Ouattara, les travaux du traité d'accord d'amitié et de coopération entre ce pays et le Burkina, Blaise Compaoré a tranché net : « Ce n'est pas en me réveillant un matin que j'ai pensé qu'il faut créer cette institution ». Ce qui sonne comme un avertissement à tous ceux qui pensent qu'un Sénat dans le dispositif institutionnel burkinabè n'est pas utile et que sa création est peu réfléchie.

En effet, c'est depuis Ouahigouya en 2009, à l'occasion de la fête de l'indépendance que le président Compaoré a invité les couches sociales burkinabè à réfléchir sur des réformes politiques en vue de l'enracinement véritable de la démocratie dans le pays. Depuis cette date, tout un processus a été mis en place pour aboutir à la création du Sénat. « J'avais annoncé que ce qui ne serait pas consensuel dans ce forum (ndlr : le Conseil consultatif sur les réformes politiques et institutionnelles, CCRP) ne sera pas pris en compte. Il s'est trouvé que la création du Sénat a reçu le consensus du forum. L'Assemblée nationale a voté l'inscription du Sénat dans la Constitution du Burkina. Je suis là pour appliquer la Constitution, le Sénat va donc être mis en place », a justifié Blaise Compaoré pour dire une fois de plus, que le Sénat est la volonté de forces sociales et politiques du Burkina Faso.

Naturellement, une partie de l'opposition politique et d'organisations de la société civile avaient boycotté ce conclave-là en choisissant une fois de plus d'exercer la « politique de la chaise vide » qui aujourd'hui, nous crée tous ces remous-là. Mais, pour Blaise Compaoré, ceci est tout à fait normal et même indispensable pour le fonctionnement de la démocratie. Car, « qu'il y ait des manifestations et des avis contraires par rapport à des dispositions légales de la Constitution, ce n'est pas qu'au Burkina qu'on voit cela ». A lire entre les lignes, Blaise Compaoré veut dire : « vous pouvez donc manifester et marcher ». Ce qui est évident est que « je suis là pour appliquer la Constitution, le Sénat va donc être mis en place ». A-t-il tranché. Tout court.

Inscrit donc dans la Constitution, Blaise Compaoré, le garant de la loi fondamentale a-t-il le choix de refuser sa mise en place ? Il est vrai que la Constitution est votée par le peuple, mais une seule partie du peuple peut-elle décider seulement à travers des manifestations et des marches, d'exiger sa non-application ? Autrement dit, si le Sénat ne doit pas être mis en place, il faut comme l'a dit un homme politique burkinabè, « réviser la Constitution ». Mais comment ? Deux possibilités sont permises en ce moment. Soit l'Assemblée nationale qui vient de voter la mise en place du Sénat se dédit, soit on procède par « référendum ». Alors que ceux qui sont contre le Sénat ne veulent entendre parler ni de l'une ni de l'autre de ces deux possibilités. Ce qui apparaît tout de même curieux qu'une politique, généralement très attachée aux principes légaux (respect de la Constitution surtout) s'oppose à l'exécution d'une loi constitutionnelle. Paradoxe, la même opposition demande qu'on respecte la même Constitution en ne modifiant pas l'article 37 ! Pendant que nous y sommes, prenons Blaise Compaoré « au mot » quand il dit qu'il avait annoncé que ce qui ne sera pas consensuel dans ce forum ne sera pas pris en compte.

La révision de l'article 37 n'a pas fait l'objet de consensus. « Etant là pour appliquer la Constitution », on estime qu'il le fera ainsi à propos de l'article 37. Qui, pour l'instant, ne l'autorise pas à se représenter en 2015. N'est-ce pas donc assez clair que le Sénat (point consensuel) sera mis en place et l'article 37, (point non consensuel) ne sera pas concerné par une quelconque révision ? Au cas contraire, si les uns ne veulent pas qu'on respecte la Constitution, qu'ils s'attendent aussi à ce que les autres fassent de même. Que restera-t-il alors de notre démocratie ?

Dabaoué Audrianne KANI

L'Express du Faso

Le Faso

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