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Autant le dire… Non, ce n'est pas comme cela !!!

Parce qu'on a décidé de la fermeture des ½uvres sociales (restaurants et cités universitaires), les étudiants ont décidé de se faire entendre, bruyamment à travers plusieurs manifestations dont la « piraterie » de plusieurs véhicules de l'Etat (une cinquantaine) et la « prise en otage » d'une partie du personnel de l'administration universitaire. Des pneus ont été brûlés sur des voies publiques et certaines bloquées pendant un moment.

Et pourtant, selon l'administration des ½uvres universitaires, compte tenu du fait qu'il n'y a pas de cours de rattrapage, les ½uvres universitaires devraient fermer. Ce qui est tout à fait normal, car personne ne peut se payer le luxe de prendre en charge (logement et restauration compris) de plusieurs personnes qui ne font rien. Même si en contrepartie ces personnes doivent payer, il y a un véritable manque à gagner. Du reste, les ½uvres sociales universitaires sont mises en place pour soutenir les bénéficiaires, que sont les étudiants, au moment où ils le sont effectivement, en période de cours dans les universités. C'est ainsi partout dans les grandes universités. Il est donc difficilement compréhensible que des étudiants, pour cette raison seulement, manifestent tant, alors que selon les responsables des ½uvres sociales, « nos portes ne sont pas fermées et le dialogue est encore possible ». En outre, si les étudiants ont des raisons valables de demeurer dans les cités et de bénéficier des ½uvres sociales pendant les vacances, il n'y a pas de raison qu'on les vide aussi.

Mis à part cette violente manifestation qu'on aurait pu économiser, il faut que les Burkinabè, surtout les étudiants qui sont les plus indiqués pour être les « gérants » de ce pays demain, sachent agir avec discernement. Le fait qu'il n'y ait pas de cours de rattrapage cette année est, en principe, une bonne chose. Non seulement, on apprend par-là que les cours ont été régulièrement dispensés, mais cela permet aussi aux étudiants d'aller au moins dans leurs familles (pour ceux qui sont en ville) ou dans leurs villages pour ceux dont les parents sont loin de Ouagadougou ou de Bobo-Dioulasso et de leur apporter le soutien dont ils ont besoin en cette période d'hivernage. C'est ainsi (à moins que les choses aient changé depuis un certain temps) que ça devait se passer. La bourse (donc les ½uvres sociales) est suspendue dès lors que les cours sont suspendus (c'est-à-dire pendant les vacances). S'il y a d'autres raisons particulières qui justifient l'ouverture des ½uvres sociales en ce moment, que les étudiants posent le problème devant l'administration pour qu'ensemble ils trouvent des solutions. Ce n'est pas plus compliqué que cela.

Il faut se le dire, les manifestations violentes ont toujours très peu servi leurs auteurs. Car, de plus en plus, les Burkinabè ont compris qu'il est sans doute normal de défendre leurs intérêts à travers un certain nombre de cadre d'expression dont les manifestations sur la voie publique. Mais, en revanche, ils ont compris également qu'il ne sert à rien de détruire, de brûler et de vandaliser le peu de développement qui a été fait avec leurs impôts et leurs taxes. De même, ils préfèrent que ceux qui ont des choses à revendiquer, le fassent dans la légalité.

Mais, qu'en retour, ils respectent le droit des autres à ne pas les suivre dans leur mouvement, quand bien même ils les soutiennent. Autrement dit, les Burkinabè doivent se respecter les uns les autres, dans leurs différences. Ce n'est donc pas parce que je ne suis pas partie prenante d'un tel mouvement que je suis forcément contre. Et qu'il faille, par tous les moyens, me contraindre à le suivre. Il est évident que les manifestations des étudiants du mercredi ont fait des victimes collatérales. Alors qu'on aurait pu se passer de tout cela. Parce que, l'un dans l'autre, les premiers perdants, c'est encore nous, le « petit peuple ».

Dabaoué Audrianne KANI