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Sénat : le point de vue contrasté des ouagalais

La mise en place du Sénat fait des gorges chaudes dans l'opinion depuis un certain temps. Et sur la question, la position du président du Faso était vivement attendue. Désormais, cette position est connue : « je suis là pour appliquer la Constitution du Burkina, donc le Sénat va être mis en place », avec la précision « qu'il y ait des manifestions, qu'il y ait des avis contraires, ce n'est pas seulement au Burkina qu'on voit ça par rapport à des dispositions légales ou constitutionnelles ; mais jamais, ni à Paris, ni en Amérique, une marche n'a changé une loi, n'a changé la Constitution, ça n'existe pas ». Ces passages rapportés aux citadins de Ouagadougou dont certains préfèrent garder le silence ou s'exprimer loin des regards et des oreilles indiscrètes tandis que d'autres optent pour l'anonymat, des propos ci-après ont été glanés çà et là.

Ghislain Bonzi

Moi je trouve que le Sénat, c'est quelque chose qui n'est pas du tout en faveur du peuple, parce que c'est comme une mise en scène pour modifier l'article 37. Comme le CCRP a échoué, selon moi, eh bien, il faut mettre en place un autre système de jeu pour modifier l'article 37.

Ce que le président du Faso a dit, c'est normal. Ce n'est pas lui qui a adopté l'idée du Sénat, mais les participants au CCRP ; et ça fait partie de la Constitution, ça c'est tout à fait juste. Mais, nous savons tous que c'est une façon de modifier l'article 37.

Les gens ne sont vraiment pas contents, moi, y compris. Moi je pense que s'il faut fermer l'université par manque de moyens financiers et au même moment mobiliser un fonds de six milliards pour des sénateurs, je pense que quelque part, la société est négligée.

Je pense qu'on n'est pas encore arrivé au stade où il faut instaurer le Sénat. Je ne suis vraiment pas d'accord pour la mise en place du Sénat. Franchement, je ne vois pas son utilité.

Je trouve que le président du Faso a pris une position radicale. C'est une façon de dire que quelle que soit l'opposition du peuple, il ne reculera pas. Je pense qu'il ne devrait pas s'exprimer ainsi.

Un citoyen :

Je croix que le président est celui à qui incombe la responsabilité de l'application de la loi fondamentale. Ce faisant, je ne trouve pas une contradiction par rapport à ce que le président a dit.

Cependant, ce que je peux dire, c'est qu'il apparaît comme celui qui n'a pas créé le Sénat ; ça c'est réel. Mais, c'est quand même lui qui a eu l'idée de la création du Sénat qui, en tant qu'institution, va élargir, donner la possibilité aux citoyens burkinabè de pouvoir effectivement avoir une certaine représentativité dans la prise des lois.

Tout le monde est d'accord qu'aujourd'hui l'Assemblée nationale est composée de députés pour la majeure partie issue d'un seul parti, le CDP. Alors, évidemment, le Sénat qui ne se compose pas de représentants de partis politiques uniquement, va permettre sans doute qu'on puisse entendre d'autres voix, d'autres contradictions pour améliorer le fonctionnement du Parlement.

Adama Nana :

Le Sénat n'est pas la meilleure solution pour les populations burkinabè. Ce sont des milliards qu'on va mettre dedans, alors que les populations souffrent de beaucoup de maux, et demandent qu'on les aide. Donc, nous on trouve que le Sénat ne nous arrange pas du tout. La vie est chère.

Le Sénat va être mis en place, on n'a pas le choix ; sinon ça ne nous plaît pas. Comme c'est lui qui est le président, il a tous les pouvoirs, donc on n'a pas le choix ; sinon ça ne nous plaît pas.

Michel Koala :

Notre chef d'Etat a raison. Mais, comme les participants au forum ne comprenaient pas bien le Sénat, ils ne savaient même pas les avantages et les conséquences du Sénat. C'est pour cela, qu'ils ont adopté le Sénat.

Mais comme toute la population déteste ça, moi je pense que c'est mieux qu'on laisse tomber le Sénat.

M. Tiemtoré :

Je pense que le président du Faso a trop exagéré avec la mise en place du Sénat. 36 milliards pour investir dans un Sénat qui ne servira à rien dans le pays. Je pense que s'il y a des sénateurs, l'Assemblée nationale ne vaut rien. En tout cas, le Sénat, nous on n'est pas d'accord. Nous, on est contre le Sénat.

Le président doit faire ce que la population veut ; la population a décidé qu'elle ne veut pas le Sénat. S'il dit qu'une marche n'a jamais changé une loi, que même à Paris une marche n'a jamais changé une loi, ça c'est faux. Il est là grâce à la population ; c'est nous qui l'avons élu. Donc, si on marche pour dire qu'on n'est pas d'accord pour le Sénat, lui il ne peut pas dire qu'une marche n'a jamais changé une loi. Moi, je ne suis pas d'accord avec lui sur ce point. On ne doit pas instaurer le Sénat.

Un citoyen :

Je suis vraiment désolé de cette déclaration. Même s'il y a eu un forum autour de la question du Sénat et qu'il été convenu de mettre en place ce Sénat, il n'en demeure pas moins que ceux qui doivent appliquer les points consensuels du forum doivent le faire de concert avec le peuple. Ils sont là pour le peuple ; ils ne sont pas là pour appliquer des textes n'importe comment.

En plus, dire qu'une marche ne peut pas changer une loi, je ne cautionne pas cette affirmation. Si l'ensemble de la population se lève, alors, il faut l'écouter. Les dirigeants sont là pour le peuple.

Propos recueillis par Fulbert Paré

Lefaso.net

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