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Le cercueil de feu le président gabonais Omar Bongo, à Libreville, le 11 juin 2009. REUTERS/Stringer
Le cercueil de feu le président gabonais Omar Bongo, à Libreville, le 11 juin 2009. REUTERS/Stringer

Tu ne seras pas président, mon fils (quoique)

La Révolution égyptienne a déjà fait un perdant de poids: Gamal Moubarak, souvent présenté comme le successeur potentiel de son père, est désormais hors course. En Afrique, la succession dynastique a déjà réussi trois fois, parfois dans le sang. Mais le vent semble tourner.

«Fin d’un rêve pour Gamal Moubarak et Karim Wade», titre le journal togolais Liberté.

«Les mouvements de révolte qui se répandent dans les pays africains ces dernières semaines auront le mérite de mettre fin à une nouvelle forme de succession apparue sur le continent au début du nouveau millésime», écrit le quotidien de Lomé, capitale du Togo.

Les années 90 ont été comme un «printemps démocratique» pour l’Afrique. Mais dans certains pays, l’élan s’est vite essoufflé pour aboutir dans les années 2000 à une «monarchisation» du pouvoir, avec des successions de type dynastique.

République démocratique du Congo

La première succession monarchique postindépendance a été inaugurée sur le continent africain au sein de l’ex-Zaïre, aujourd’hui République démocratique du Congo.

Le tombeur de Mobutu en 1997, l’ex-rebelle Laurent-Désiré Kabila, meurt en 2001 sous les balles d’un de ses propres gardes du corps, dans des conditions encore mystérieuses. Joseph Kabila, le fils resté dans l’ombre et quasiment inconnu du grand public, est alors propulsé par le clan au pouvoir jusqu’à la présidence.

A seulement 30 ans, il est encore inexpérimenté, et décroche du même coup le titre de plus jeune chef d’Etat en exercice. Il sera élu en 2006 et se représente devant les électeurs cette année.

Togo

La deuxième succession de père en fils s’est déroulée dans un bain de sang au Togo.

Le 5 février 2005, Gnassingbé Eyadéma meurt à presque 70 ans. Au pouvoir depuis 1967, il était le doyen des chefs d’Etat africains. Un de ses fils, Faure Gnassingbé, lui succède aussitôt grâce à un coup d’Etat soutenu par l’armée (PDF).

Sous la pression de la communauté internationale il se voit contraint d’organiser une élection présidentielle, et se fera élire en avril 2005 à l’issue d’un scrutin marqué par de graves irrégularités et des violences. (Selon l’ONU, entre 400 et 500 personnes ont été tuées durant cette période.) Faure Gnassingbé a été réélu en mars 2010. Sa famille entame en 2011 sa 44e année au pouvoir.

Gabon

La troisième succession dynastique africaine prolonge un peu plus le pouvoir d’une famille, au pouvoir depuis décembre 1967. Après avoir été pendant dix ans ministre de la Défense, Ali Bongo succède à son père Omar Bongo lors d’un scrutin à un tour, très vivement contesté par l’opposition, le 30 août 2009, avec un peu plus de 41% des voix.

Il est investi en octobre 2009 en présence d’une dizaine de chefs d’Etat africains et de nombreuses personnalités françaises, dont le président Nicolas Sarkozy et son prédécesseur Jacques Chirac. La continuité est assurée. Comme l’indique la télévision gabonaise, «tel père, tel fils».

Si comme le souligne un Guinéen sur son blog «les populations acceptent mal de voir les fils de présidents succéder à leur père» , il y a pourtant toujours des candidats pour reprendre le flambeau de papa.

Sénégal

A 84 ans, le président sénégalais Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 2000, répète à qui veut (encore) l’entendre que non, bien sûr, il ne veut pas de son fils comme successeur.

Mais cela n’empêche pas la presse privée et l’opposition sénégalaises de dénoncer depuis plusieurs années toute tentative de succession dynastique dans un des rares pays africains à n’avoir jamais connu de coup d’Etat, à l’exceptionnelle stabilité politique —et souvent considéré comme la vitrine démocratique de l’Afrique francophone.

La montée en puissance de Karim Wade, 42 ans, au sein des rouages du pouvoir, ne peut qu’inquiéter ses détracteurs. D’abord conseiller de son père, Karim est sorti de l’ombre pour entrer au gouvernement en 2009 malgré une lourde défaite aux élections municipales à Dakar, la capitale, au mois de mars la même année. Il a même perdu dans le bureau de vote de son propre quartier, Point E.

Il récupère néanmoins les portefeuilles de la coopération internationale, des transports aériens, des infrastructures et récemment de l’énergie. Pour ses opposants, il est désormais un «premier ministre bis», voire un «président bis».

Il ne s’est jamais exprimé sur ses éventuelles ambitions présidentielles —mais il devra le cas échéant faire avec le solide front des «TSK» (Tout sauf Karim) dont les partisans se trouvent aussi bien dans l’opposition qu’au sein même du parti présidentiel.

L’ex-ambassadeur de France au Sénégal Jean-Christophe Rufin a pour sa part assez peu goûté la compagnie du fils Wade, qu’il estime «hostile à la critique et même au dialogue».

Même les Américains sont inquiets, et les documents de l’ambassade US à Dakar, divulgués par WikiLeaks, décrivent le Sénégal comme «une démocratie faiblissante», dominée par Abdoulaye Wade et son fils qui s’affairent à «ouvrir la voie à une succession présidentielle dynastique».

Le président Wade assure pour sa part qu’il compte briguer un nouveau mandat en 2012 malgré le poids des années (il aura alors officiellement 86 ans). Mais pour de nombreux observateurs, il s’agit d’une stratégie pour protéger son fils en attendant que ce dernier sorte —éventuellement— du bois et déclare sa candidature.

Libye

Le «Guide» de la Révolution libyenne, Mouammar Kadhafi, 69 ans, est au pouvoir depuis 42 ans. Les «secrets» de sa succession sont bien gardés, tant le pouvoir est exercé de manière autoritaire et personnelle, mais elle donne lieu à une lutte acharnée entre deux des fils du bouillant dirigeant libyen.

Pour le Soir de Bamako

«Il est possible que le Muatassim, le quatrième fils de Kadhafi, "ravisse la vedette" du pouvoir à son frère, le fameux Saif El Islam, bien que ce dernier soit plus aguerri aux rouages de la gouvernance. Mais ce qui n’est guère possible, c’est que ce dernier accepte qu’on lui "arrache le miel de la bouche", ce "on" fût-il son propre frère: d’ailleurs, en matière de pouvoir, il n’y a pas de frère qui tienne...»

Considéré comme un modéré, Saif El Islam semble de plus en plus prendre ses distances avec le régime de son père.

Réputé le plus «occidentalisé» des successeurs potentiels, il a appelé à plusieurs reprises à une libéralisation du régime, tant politique qu’économique. Aussi, il a depuis quelques années contribué à rapprocher la Libye —mise au ban de la communauté internationale pour son soutien à des actions terroristes— des capitales occidentales.

De plus en plus d’observateurs s’intéressent aux luttes de pouvoir au sein même du régime, opposant les radicaux et les modérés. Et Muatassim, qui dispose d’une influence réelle au sein des forces armées, semble prendre une avance certaine.

Mais si «la Libye fait figure de pays le plus fermé du Maghreb, avec une opposition et une société civile quasi-inexistantes, le pays du Guide Mouammar Kadhafi n’est cependant pas à l’abri de la crise du pouvoir», souligne le quotidien sénégalais Walfadjiri.

Guinée équatoriale

Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir depuis 1979, et son régime est régulièrement (violemment) critiqué par les organisations de défense des droits de l’homme. Malgré une réputation peu enviable dans le domaine des libertés, il vient d’être nommé président en exercice de l’Union africaine.

Un de ses fils, Teodorin Nguema Obiang, a récemment été nommé par son père vice-président du Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE), le puissant parti au pouvoir.

Une mise en orbite probable, pour celui qui  est pressenti comme le favori pour lui succéder. Il est actuellement ministre d'Etat chargé de l'Agriculture et des Forêts. Mais le reste de la famille n’est pas oublié.

Congo Brazzaville

Les fils de Denis Sassou Nguesso sont souvent cités par l’opposition comme pouvant lui succéder.

Après Kinshasa, Lomé puis Libreville, les schémas de succession dynastique feront-il florès en Afrique —surtout après les révolutions tunisienne et égyptienne? Ou seront-ils de simples accidents de l’Histoire?  Les prochains mois devraient nous apporter des éléments de réponse.

Adrien Hart

Adrien Hart

Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

Ses derniers articles: L'Afrique qui marche est anglophone  Le Sénégal a du pain sur la planche  Mali: Paris et Washington, pas d'accord 

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