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Élection présidentielle : QG DE CAMPAGNE AU BORD DE LA CRISE DE NERFS

Après les estimations données par le ministre de l'Administration territoriale mardi, sur des résultats partiels du premier tour, les commentaires au rasoir fusent

En attendant la proclamation des résultats provisoires complets du premier tour de l'élection présidentielle du 28 juillet dernier par le ministère de l'Administration territoriale, la bataille des chiffres fait rage dans les QG des candidats. Le ton a été donné par le RPM d'Ibrahim Boubacar Kéita dont les partisans ont réclamé la victoire quelques heures après la fermeture des bureaux de vote du premier tour. La réaction des quatre candidats du Front pour la République et la démocratie (FDR) en l'occurrence Soumaila Cissé de l'URD, Dramane Dembélé de l'ADEMA, Modibo Sidibé du parti FARE et Jeamille Bittar de l'UMAM, ne s'est fait pas attendre. Le lendemain, après avoir critiqué « le comportement anti-démocratique des militants du RPM », ils ont mis en garde contre toute tentative de hold-up électoral. Mardi, la prestation médiatique du ministre de l'Administration territoriale, Moussa Sinko Coulibaly, a enflammé la situation. Alors qu'il était attendu pour proclamer quelques résultats partiels, le ministre Coulibaly a formulé une estimation dont l'écho résonne encore dans tous les esprits.

Moussa Sinko Coulibaly a indiqué que le candidat Ibrahim Boubacar Kéita avait une avance considérable sur les autres candidats et que si ces écarts importants se confirmaient, il n'y aurait pas de second tour. Des mots que les militants du candidat Ibrahim Boubacar Kéita ont accueilli avec allégresse. Ils ont afflué vers le QG de campagne lorsqu'ils ne se sont répandus dans les rues de Bamako pour manifester leur joie.

Après un bref instant de sidération, les militants du FDR ont rapidement exprimé leur colère lors d'une conférence de presse tenue quelques heures après le commentaire du ministre dont ils ont demandé la démission concomitamment à la mise en place d'une commission internationale de proclamation des résultats.

Hier à notre passage au QG de campagne du candidat de l'ADEMA, l'heure n'était pas du tout à la fête. De vives discussions résonnaient et presque tout le monde critiquait le speech du ministre Moussa Sinko Coulibaly que d'aucuns n'hésitaient pas à qualifier de partial. « On veut faire un hold-up électoral dans ce pays, mais ça ne passera pas comme ça », a averti un militant en colère. « J'avais tant d'estime pour le ministre, mais il m'a déçu », renchérit un autre.

Beaucoup de journalistes affluaient au QG de l'Adema du fait que des résultats de l'élection qui circulaient en ville mardi provenaient de là-bas. Ces résultats créditent pourtant Ibrahim Boubacar Keita de plus de 56% des voix. Un responsable du service informatique du QG de campagne du candidat de l'Adema reconnait que ces résultats provenaient bel et bien de chez eux. Mais ce qu'il ne comprend pas, c'est comment le document s'est vite retrouvé sur la place publique. « Nous étions en train de centraliser les résultats à partir de données envoyées par nos délégués de bureau. Nous étions à 2% des dépouillements et l''un d'entre nous a tiré une copie qui a fait le tour de la ville. La personne a fait exprès pour saboter notre travail et je ne sais pas à quelle fin. En réalité, on veut nous entrainer dans une autre crise, alors que le pays n'en a pas besoin », indique notre interlocuteur.

Hier, l'atmosphère était également lourde au QG de campagne du candidat de l'URD, Soumaila Cissé, arrivé en deuxième position d'après les résultats partiels officiels. Militants et cadres du parti, dont des anciens ministres, avouaient ne pas comprendre ce qui se passe du côté du ministère de l'Administration territoriale. Selon eux, leur champion sera forcement au second tour compte tenu des résultats qui sont à leur disposition. « L'idée de ne pas aller au deuxième tour ne peut même pas effleurer l'esprit. Si tel n'est pas le cas, c'est qu'on a triché. Dans ce cas, nos militants seront dans la rue de Kayes à Tombouctou », assure un des responsables présents qui jure que son candidat a gagné dans beaucoup de localités du pays. L'URD a d'ailleurs organisé hier en début d'après-midi un meeting de protestation contre les déclarations du ministre Coulibaly (voir article de A.M. Cissé).

Dans le QG du MPR de Choguel Kokalla Maiga où il n'y avait pas beaucoup de monde, un responsable dit avoir été choqué par « les commentaires inutiles » du ministre de l'Administration territoriale lors de la proclamation des résultats partiels. « Le ministre devait prononcer les résultats et s'arrêter. Il n'avait pas besoin de faire de commentaires qui vont après créer des polémiques », a-t-il estimé. Et pourtant le parti du « Tigre » n'a pas caché sa proximité avec le candidat du RPM, Ibrahim Boubacar Kéita, après avoir pris ses distances avec le FDR. « C'est vrai qu'on n'est pas entré dans ces histoires de plate-forme du FDR, mais on n'aime pas aussi la manière dont les résultats officiels sont proclamés », a ajouté le responsable du MPR.

Contacté, un responsable du RPDM du candidat Cheick Modibo Diarra, pense qu'il est trop de se prononcer sur les résultats des élections tant que la Cour constitutionnelle ne se prononce pas. « Nous pensons qu'il est trop tôt de dire quoique ce soit avant les résultats donnés par la Cour constitutionnelle. Nous ne sommes pas dans une position de polémiquer», a-t-il souligné.

Le candidat du parti Yéléma, Moussa Mara, s'est dit contre toute polémique qui plongera à nouveau le pays dans la crise. C'est pourquoi il se dit prêt à accepter les résultats définitifs issus du scrutin et à féliciter le gagnant au nom de la démocratie et pour l'avenir du pays. « Je lance un appel à tous les autres candidats à faire de même, car il ne sert à rien de créer une autre crise dans notre pays. Nous avons tenu les élections dans un climat apaisé et nous devons rester sereins pour la suite », a-t-il conseillé.

M. KEITA

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