mis à jour le

SIRE WAGNE, 52 ANS «Ma femme brutalisée a mis au monde un enfant qui ne peut ni parler ni marcher»

«Héros ? Quel héros ? Je suis devenu une loque humaine incapable de se déplacer seul sur un kilomètre et même plus respecté par sa propre femme.» Quand Siré Wagne, 52 ans, rembobine le film de sa tragique vie, il baisse la tête pour cacher son regard d'enfant martyrisé par une souffrance intérieure. Pour cacher surtout cette honte qui lui suinte au visage en grosses perles de sueur froide. «J'ai tout perdu...Tout», pleure-t-il, la tête sous son lit déglingué. Il se retient un moment puis s'effondre : «Comme je ne pouvais plus me prendre en charge, j'ai divorcé d'avec ma première femme. J'ai été obligé de laisser les enfants suivre leur maman qui, honnêtement, s'occupe bien d'eux.» Comme lui le faisait, il y a quelques années. Quand il était encore apte à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Quand Kédougou n'avait pas encore connu ce «maudit» soulèvement qui l'a rudement envoyée à terre.

Avant la première intifada de Kédougou, Siré Wagne était d'abord un garçon adulé, un footballeur dont les prédispositions au poste de Libéro avaient séduit toute la contrée. Il était pris pour modèle et beaucoup de jeunes rêvaient de suivre ses foulées dans les près. Ensuite, l'enfant de Dinguessou est devenu un père de famille respecté. Un président d'association, Planète verte, qui s'est engagé pour préserver la nature luxuriante et montagneuse de son Bélédougou natal. Quand les étudiants viennent le chercher chez lui, à la veille du soulèvement, c'est pour lui une occasion de s'exprimer pour son terroir, de dire non à la paupérisation de Kédougou et de ses enfants, laissés pour compte dans l'exploitation de son or par les grandes firmes internationales. Pas pour se retrouver face à des gendarmes suréquipés, à se débattre pour sa survie.

Ce jour-là, pendant une dizaine de minutes, Siré essaye de s'accrocher à la vie. Coincé par les forces de l'ordre, il est envahi par une meute d'éléments de la marée-chaussée, qui s'esquintent les bottes anti-émeute sur son corps déjà longuement traîné sur la latérite. «Des coups de pieds, de matraque, de crosse... j'en ai pris partout. Même à la tête. Mais, c'est au genou qu'ils m'ont fait le plus mal», explique-t-il, encore traumatisé par le sordide flash-back. Il ajoute, meurtri : «Quelqu'un s'est mis debout sur ma rotule...» Et puis paf ! Abandonné presque mort, Siré s'est mis à fuir à haillons sur un genou en s'aidant de ses coudes et en épargnant ses mains pilées à la crosse.

Au deuxième jour de sa fuite dans un village près du fleuve Gambie qui irrigue les entrailles du Sénégal de l'Ouest à l'Est, Siré est informé d'une bien triste nouvelle. La nuit précédente, les gendarmes ont fait une descente chez lui pour l'arrêter. Ils ont débarqué en pleine nuit dans sa case où dormait seule sa (seconde) femme enceinte de 8... longs mois. Ils ont commencé par arracher la fenêtre faite en zinc sur un cadre de lattes. Et quand madame Wagne a crié, l'autre équipe qui était postée devant la porte lui a intimé l'ordre d'ouvrir. «Ils lui ont demandé d'ouvrir la porte au plus vite, sinon ils allaient la défoncer. Madame s'est exécutée. Ils ont fait irruption dans la chambre. Ils m'ont cherché partout. Sous le lit, dans l'armoire...partout. Comme il n'y avait aucune trace de moi dans la chambre, ils ont demandé à ma femme de leur dire où j'étais. Elle leur a dit qu'elle n'avait aucune nouvelle de moi. Ils l'ont brutalisée et le lendemain, elle a accouché avant terme d'un garçon», raconte Siré, au bord des larmes. «Ce qui est insupportable dans cette histoire, poursuit-il, c'est que mon fils a aujourd'hui presque 5 ans, mais il ne peut ni marcher ni parler. Il m'arrive de le regarder immobile sur sa poussette et de partir en sanglots.»

Arrêté quelques jours après son retour à Kédougou, puis envoyé à la prison de Tamba d'où il ressort 3 mois plus tard, Siré Wagne est depuis, Siré Wagne le teigneux garçon de Dinguessou, qui a décroché son Bfem à 46 ans, en 2007, un vieillard ravagé par cette maudite histoire de sit-in qui a mal tourné. Aujourd'hui, le Kédovin qui se bat avec des démons financiers à la petite semaine ne vit que pour l'espoir... Ce grand espoir de voir sa fille aînée et son fils qu'il a eus avec sa première femme, et qui ont décroché respectivement le Baccalauréat et le Bfem, réussir leur vie. «Mais aussi que l'Etat me paie les 50 millions de dommages et intérêts que le tribunal a retenus contre lui. J'espère que vous n'allez pas l'oublier. C'est important», confie-t-il. On ne l'a pas oublié !

L' Observateur

Rewmi

Ses derniers articles: Remaniement ministériel du 1er Septembre : Comment Mimi Touré a court-circuité Eva Marie Coll  Aliou Cissé:  Nécrologie- Décès du journaliste Abdoulaye Sèye 

femme

AFP

Emoi au Maroc après l'agression sexuelle collective d'une femme dans un bus

Emoi au Maroc après l'agression sexuelle collective d'une femme dans un bus

AFP

Kenya: une femme accouche devant son bureau de vote

Kenya: une femme accouche devant son bureau de vote

AFP

Zimbabwe: la femme de Mugabe l'encourage

Zimbabwe: la femme de Mugabe l'encourage

enfant

AFP

Maroc: un enfant syrien dont le sort avait ému autorisé

Maroc: un enfant syrien dont le sort avait ému autorisé

AFP

Immigration clandestine vers l'Espagne: un enfant caché dans une valise

Immigration clandestine vers l'Espagne: un enfant caché dans une valise

AFP

Mali: deux militaires et un enfant tués dans une attaque dans le nord

Mali: deux militaires et un enfant tués dans une attaque dans le nord