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Les assassins qui marchent derrière le corbillard de leur victime

Par Mansour Mhenni

D'aucuns parlent des réalisations de la troïka, il en est une de vraiment incontestable : c'est qu'avec ce pouvoir en place on n'arrête pas d'accroître le nombre de nos victimes. Celles-ci ne sont pourtant pas un « accident de parcours », comme l'a prétendu un invétéré troïkiste incapable au moins de décence devant le malheur de la mort sauvage ; elles sont le résultat logique d'une politique menée par la troïka - je dis bien la troïka, même si certains complices d'hier veulent passer pour des héros aujourd'hui.

Oui, il y a le mouvement islamiste Ennahdha, en partie majoritaire et principal décideur dans la machine du pouvoir ; mais il y a les agents d'exécution, les compagnons de l'odyssée du crime, les complices par le silence ou le soutien discret. Ce ne sont pas quelques phrases prononcées par-ci par-là pour le show qui peuvent laver ces derniers de leur trahison caractérisée du processus démocratique naissant en Tunisie par alliance calculée avec ceux qui soudain deviennent les plus atroces de la gent humaine et les plus terribles des politiques. Que ces nouveaux héros soient plus décents alors, qu'ils rejoignent les rangs des contestataires, mais avec l'humilité requise dans ce genre de circonstance.

Considérons les propos qui précèdent comme une parenthèse de mise au point et revenons à l'essentiel : il y a donc un processus de gestion des affaires par la troïka conduisant inéluctablement à replanter chez nous le danger de la violence et le germe du terrorisme : il commence par les mots, il finit dans les actes. Il commence par une négligence, il finit par une consécration.

Le plus grave dans cela, c'est qu'à aucun moment presque, ces gens de la Troïka n'ont voulu reconnaître leurs torts et assumer leur responsabilité dans les déboires de la Tunisie actuelle. Je n'en veux pour preuve que les deux derniers discours, le même jour, celui d’Ali Laârayedh ,président provisoire du gouvernement et celui de Moncef Marzougui , président provisoire de la République.

A un moment où le pays est sur le point de brûler, le président du gouvernement provisoire n'a pas été moins menaçant sous l'apparence d'homme d'Etat, qu'on pourrait ne pas lui contester comme apparence, ni moins accusateurs de ses pairs dans l'opposition devenus des comploteurs et auteurs de coups d'Etat. Dès lors, c'est la rengaine de la « légitimité » qui ressort, avec ses satellites que sont la loi, l'unité nationale, la défense du peuple, etc. La légitimité est contractuelle ; elle est rompue dès qu'un terme du contrat est rompu par l'un des contractants.

Et puis, à propos de légitimité, nous croyions qu'il n'y avait qu'une seule institution légitime, l'assemblée constituante, responsable des autres qui en dépendent, notamment la présidence de la République et le gouvernement ! Pourquoi donc est-ce le président du gouvernement provisoire qui se prononce sur les propositions et sur les échéances ? Qui commande qui dans cette histoire, surtout après la performance déplorable de Mustapha Ben Jaâfar , président de l'ANC, suite à la cascade de démissions dans son équipe exaspérée par l'ambiance étouffante et inefficace de la coupole du Bardo.

Par ailleurs, les résultats d'un conseil des ministres auraient pu être annoncés immédiatement à la sortie par le président du gouvernement provisoire ou un porte-parole désigné, pourquoi donc attendre 17 heures, dans les conditions qu'on sait ? Trop de questions compromettantes affectent une bonne intelligence de la légitimité et ne permettent guère de rassurer les Tunisiens quant à leur avenir.

Quant au président provisoire de la République, peu soucieux d'un texte écrit pour une circonstance aussi tragique, il a tourné en rond dans les clichés classiques de Ben Ali et de tous les autres, quand ils parlaient du terrorisme, sauf qu'avec le « déchu » on était mieux protégé contre ce fléau et notre Etat était plus efficace. L'argument du président provisoire a été, comme chez ses ennemis mortels de prédécesseurs il faut le souligner , « l'unité nationale », un concept récupéré à temps chez Habib Bourguiba ( le plus exécrable pour nos gouvernants actuels, juste parce qu'il a été le héros national et l'intelligence exceptionnelle qu'ils ne seront jamais). Or qui a cassé le concept d'unité nationale et de solidarité sociale ? Avant même de venir à la tête du gouvernement, le président actuel et ses partenaires ont commencé par discréditer l'Etat, l'administration, la valeur de solidarité, le modèle de société, bafoué les compétences. Tout cela pour prendre leur revanche (sans doute justifiée d'un certain point de vue) contre Ben Ali et sa bande. Or, ce faisant, ils ont tout brûlé sur leur chemin. Souvenez-vous de ces hauts responsables d'aujourd'hui qui disaient haut et fort (enregistrements à l'appui) : « La Tunisie est pourrie de Bizerte à Ben Guerdan » ! « Il n'y a jamais eu de république en Tunisie, c'est aujourd'hui qu'elle doit naître » ! « Il n'y avait pas de fonds de solidarité ; il y avait un terrier de vols et de corruption » (C'est pourtant leur propre enquête qui disculpera le fond de solidarité nationale 26-26 de ces accusations). En plus d'autres formules non moins absurdes, mais toutes porteuses d'une charge de haine et de rancune qui donne aujourd'hui ses fruits meurtriers.

Au final, le système en place peut décréter tout le deuil qu'il veut ; il n'en est pas moins responsable . Il peut organiser les enterrements les plus solennels, il n'en est moins impliqué, à bon ou mauvais escient, dans le processus qui y a conduit. C'est pour cela que le peuple (ou au moins cette large partie du peuple que les hommes du système refusent de reconnaître comme telle) ne peut prendre leurs réactions que comme une tentative de se plier PROVISOIREMENT, encore une fois, au sens du vent et de gagner du temps, en attendant des jours meilleurs et des conditions plus favorables : ce sera alors l'éternel recommencement ! Juste un retour à la nature ou à l'habitude comme une seconde nature.

Par Mansour Mhenni le 30 juillet 2012

Photo d’Illustration : Marzougui derrière le cercueil d’un jeune militaire tué par les terroristes qu’il avait bien honoré au palais de la présidence à Carthage

Nous ajoutons à ce papier cette vidéo avec pour titre « yal3an toullah 3likoum« . Pardon pour les termes mais la Troïka le mérite  trop bien .Ecouter

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