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Un quartier populaire d'Abidjan ©Hétéroclite
Un quartier populaire d'Abidjan ©Hétéroclite

Les homosexuels ivoiriens sont fatigués de se cacher

Ils veulent s'inspirer de la loi française sur le Mariage pour tous pour réclamer plus de tolérance.

Le débat qui a agité et divisé la France, pendant plusieurs mois, autour du mariage des personnes de même sexe n’a pas laissé indifférents les pays africains, où, pour la plupart, les homosexuels  ne sont ni plus ni moins que des pestiférés.

En France, la loi a été votée mai et les esprits se sont peu ou prou calmés. Mais en Côte d’Ivoire, par exemple, où les débats ont été suivis avec une attention certaine, une polémique enfle depuis plusieurs semaines autour de l’homosexualité, forçant les autorités à multiplier les démentis et les mises au point.

De quoi s’agit-il? Fin juin, une ONG ivoirienne de défense des droits des homosexuels basée à Abidjan, reçoit un appui financier de la France de 30 millions de francs CFA (environ 46.000 euros). Cet appui vise à financer un projet baptisé «Weteminan» (Tous égaux) et dont l'objectif est de promouvoir les droits humains et de lutter contre les discriminations en raison de l'orientation sexuelle.

Réaction immédiate et courroucée dans la presse et sur les réseaux sociaux.

«La France encourage l'homosexualité en Côte d'Ivoire», titre même un journal local tandis que sur Twitter certains se lancent dans toutes sortes d'amalgames.

Alors que le gouvernement ivoirien n'avait pas fait la moindre déclaration en ce sens, le soupçon s'est aussitôt installé, dans certains milieux, que la Côte d'Ivoire pourrait être tentée d'imiter la nouvelle loi française sur le Mariage pour tous.

«Certains se sont demandé si on avançait masqués vers le mariage homosexuel en Côte d'Ivoire ou en tout cas vers la reconnaissance de l'homosexualité dans le pays», a expliqué à l'Agence France Presse, Claver Touré, le président d'Alternative Côte d'Ivoire, l'association bénéficiaire de l'aide française.

Bien évidemment, le déchaînement des passions provoqué par la subvention octroyée à Alternative Côte d’Ivoire n’a pas manqué de faire des dégâts: multiplication des agressions verbales et menaces physiques contre les homosexuels.

La violence de certains discours a surpris. La Côte d'Ivoire passe en effet pour l'un des pays les plus libéraux d'Afrique de l'Ouest en matière de mœurs. Contrairement à d'autres nations du continent, où la criminalisation s'accompagne parfois de violences physiques, l'homosexualité n'y a rien d'illégal et était jusque-là pour l'essentiel dans l'ombre et absente du débat public.

Chrétiens comme musulmans (les deux grandes religions du pays), les religieux sont en première ligne pour condamner la loi française et exprimer leur hantise de voir la Côte d'Ivoire adopter des modèles prétendument d'importation «occidentale».

La «fin du monde» pour un ministre

«L'Africain doit éviter de se laisser influencer par les comportements qui viennent toujours de l'extérieur», affirme le père Adrien Essoh Gnamba, prêtre catholique et professeur de théologie à Abidjan.

La radio musulmane Al Bayan, très écoutée, n'est pas en reste dans ce combat. Elle s'est mise à multiplier les émissions sur l'homosexualité, donnant la parole à ses auditeurs.

Dans la classe politique, le ministre de la Fonction publique, Gnamien Konan, a fait sensation à l'occasion d'un meeting dans l'intérieur du pays. Le mariage homosexuel «va marquer la fin du monde», a-t-il avancé.

Face à cette poussée de fièvre, les plus hautes autorités ont dû intervenir.

Le président Alassane Ouattara, qui n'a guère pour habitude de s'aventurer sur le terrain des questions de mœurs, a ainsi opposé une fin de non-recevoir à un journaliste qui l'interrogeait courant juillet sur une éventuelle légalisation du mariage homosexuel.

«Nous avons des lois en Côte d'Ivoire, nous avons des traditions», et la France a les siennes, a-t-il tranché.

Le président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, a enfoncé le clou.

«On ne va pas copier des lois par mimétisme», a-t-il balayé.

Plus que jamais, alors que des associations plaident pour une loi criminalisant l'homophobie, des homosexuels ivoiriens aspirent aujourd'hui à la tranquillité dans une société plus tolérante.

«On est fatiguées de se cacher», lâche une jeune lesbienne rencontrée dans un bar de Treichville, un quartier populaire de la capitale économique ivoirienne. 

«Je veux vivre cet amour pleinement, mais j'ai peur, glisse sa compagne, qui confie: je rêve d'immigrer en France pour nous marier.»

Slate Afrique avec AFP

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