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Zimbabwe: le rival de Mugabe dénonce des fraudes

Le vieux président zimbabwéen Robert Mugabe a promis de respecter le résultat de la présidentielle de mercredi, jouant les bons élèves de la démocratie, alors que le parti de son rival Morgan Tsvangirai dénonce déjà des fraudes dans les listes électorales, publiées à moins de 24 heures du scrutin.

Le ministre délégué auprès du Premier ministre Jameson Timba, membre du MDC (parti de M. Tsvangirai), a remis une liste des noms d'électeurs fantômes aux observateurs de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) venus juger de l'honnêteté du vote, avec les observateurs de l'Union africaine.

"Nous avons vu beaucoup de noms en double sur la liste, où vous voyez que des gens sont inscrits deux fois, même date de naissance, même adresse physique, mais avec une légère différence dans leur numéro d'identification", a expliqué M. Timba. "Et ce à travers tout le pays", a-t-il dit. 

L'avis des observateurs africains sera crucial pour donner une validité démocratique à ce scrutin. Notamment pour l'Union européenne, à qui le président Mugabe a refusé la possibilité d'envoyer des observateurs. L'UE est cependant encline à normaliser ses relations avec M. Mugabe, persona non grata en Europe depuis 2002 en raison d'atteintes graves et répétées aux droits de l'homme.

Mardi, le chef d'Etat de 89 ans, doyen d'âge dans l'exercice du pouvoir (33 ans) sur un continent qui compte beaucoup de dirigeants âgés, a choisi de faire profil bas.

Il a promis "de se retirer" s'il perdait, dans une offensive de charme à destination de ceux qui n'ont pas oublié les tricheries et le déchaînement de violence de ses partisans qui avait fait environ 200 morts parmi les sympathisants MDC en 2008, et provoqué un début d'exode.

Interrogé sur les allégations de fraudes de son adversaire, il a juré ses grands dieux et répondu: "Jamais. Nous ne faisons pas des choses pareilles. Nous n'avons pas triché. Ce n'est pas la première fois que nous votons", lors d'un point presse en direct à la télévision publique.

Sur le ton menaçant qui lui est plus coutumier, il avait promis dimanche de "faire arrêter" M. Tsvangirai si le Premier ministre s'avisait de divulguer les résultats avant la proclamation officielle, prévue cinq jours après le vote.

Un climat d'"intimidation"

Aucun observateur occidental n'a été autorisé par M. Mugabe, qui pourrait être forcé à un second tour s'il ne parvient pas à franchir la barre des 50%. 

Contraint depuis 2009 à cohabiter avec M. Tsvangirai, M. Mugabe a fait peu d'autres concessions, conservant la main mise sur les médias et pouvant toujours compter sur les responsables des forces de l'ordre à la fidélité scellée durant la guerre d'indépendance.

Les pays voisins, Afrique du Sud en tête, inquiets pour la stabilité régionale, lui avaient imposé la cohabitation avec son rival pour éviter un carnage. 

Ces pays voisins conviennent certes du manque de réformes démocratiques et du caractère précipité des élections, hâtées par un Mugabe avançant en âge, mais ils préfèrent retenir le calme relatif régnant pour l'instant sur le terrain et l'existence depuis peu d'une nouvelle Constitution.

M. Mugabe est accusé par plusieurs ONG de défense des droits de l'homme d'avoir savamment créé un climat d'intimidation et découragé les voix dissidentes par le harcèlement policier.

La publication tardive du registre des votants, qui aurait dû être communiqué dans "un délai raisonnable" selon la loi, concentrait les soupçons mardi.

"Ce n'est un secret pour personne que l'intégrité de ces registres est critiquée depuis longtemps", a souligné Irene Petras, directrice de l'association des avocats pour les droits de l'homme (ZLHR). En 2008, on y trouvait des électeurs de 125 ans.

"Cela ne fait qu'aggraver la situation et renforcer les craintes de l'opinion qu'on lui cache quelque chose ou qu'il y ait de la manipulation ou de la fraude dans l'air", a-t-elle dit.

Le MDC note également qu'un collaborateur de M. Tsvangirai a été arrêté ce week-end, ainsi qu'un permanent MDC, Freddy Dziwande lundi à Chimanimani (est). L'opposition redoute aussi une grève du zèle dans les bureaux de vote de Harare, là où l'électorat est plus favorable au changement. 

Quelque 6,4 millions d'électeurs sont appelés à participer au scrutin, combiné avec les municipales et les législatives. Les bureaux de vote ouvriront de 07h00 à 19h00 (05h00 à 17h00 GMT). 

AFP

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