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Djibouti : les chacals chargent

 

par Warehayee Hadjinabad, notre correspondant à Djibouti

L'un des feuilletons phare de ce mois béni du ramadan est la tournée entamée par les deux coalitions politiques, USN et UMP.

L'USN ouvre le bal et entame sa tournée dès le début du Ramadan, ce qui n'a pas fait que des heureux dans le milieu politique. En effet, pour ne pas perdre du terrain face à l'USN qui a littéralement tracé son chemin, le régime en place, pour exister et occuper l'espace médiatique, s'est lancé dans une folle poursuite baptisée « TOURNEE RPP ».

Il est malheureux tout d'abord de constater que dans notre pays, une presse à l'affût, qui passe tout au crible et qui ne laisse rien passer de la moindre anicroche qui concerne fut-il au fin fond du pays, est inexistante. Ce qui amènent les Djiboutiens et surtout les jeunes à se tourner naturellement vers les réseaux sociaux comme source d'informations à l'ère d'internet, boudant ainsi la RTD honnie par cette nouvelle génération qu'elle n'arrive plus à intéresser.

Que montrent ces images et vidéos circulant sur le Net et particulièrement sur Facebook et Youtube ? Quelles lectures peut-on en faire ?

 

L'UMP est morte. Vive le RPP !

La république de Djibouti connait des partis à foison qui se sont regroupés en deux grandes coalitions lors de la dernière élection législative du 22 février 2013.

D'un côté, l'USN, coalition de l'opposition dans laquelle on y trouve 4 partis légalisés (ARD, UDJ, CDU, PDD), un parti dissout par le pouvoir en place (MRD) et deux partis en attente de légalisation (RADD, MoDeL). De l'autre, l'UMP, coalition du gouvernement, composée du RPP, du PSD, du FRUD et de l'UPR.

 

Dans ses tournées, l'USN répond au complet. Tous les leaders de chaque parti sont présents et prennent la parole à chaque tournée et à tour de rôle, dégageant ainsi, une unité, une cohésion et une force impressionnante dans leurs différentes interventions. L'USN se présente comme un bloc compact. Pour l'UMP s'en est tout le contraire. Dans ces tournées, à l'exception du RPP, tous les autres partis composants cette coalition reconduite pour un mandat de cinq ans aux forceps par IOG brillent par leur absence. Cette façon du RPP de faire cavalier seul pose l'hypothèse qu'il y a aux yeux de la population une rupture au sein de l'UMP. Une rupture entre le RPP et les autres partis. Particulièrement le FRUD avec le refus de Jean-Marie et de Ougouré Kifleh de venir siéger à l'assemblée nationale autoproclamée (ANA) depuis qu'ils se sont fait coiffer par tonton Arnaoud à la présidence de l'ANA (une énième promesse non tenue d'IOG). Le PSD et l'UPR n'étant que des partis-fantômes pour combler les meubles.

Une chose est certaine ! Ces tournées montrent que le pacte électoral scellé officiellement par les partis membres de l'UMP n'est plus d'actualité. L'UMP n'ayant plus aucun sens du collectif devrait plutôt être amené à réfléchir sur son propre fonctionnement politique et institutionnel. L'UMP est morte ! Vive le RPP !

 

2. Les trublions du RPP

Fidèle à lui-même, Hassan Omar dit « Gacanlo » prend la parole, la bouche grande ouverte, laissant poindre l'effet secondaire du MIRGANE, et par conséquent empêtré dans la nuit « mirganesque » qui l'inhibe dans sa perplexité face aux événements qui le dépassent ; et s'aventure dans un tissu d'inepties malveillantes et infondé, à la référence religieuse absurde à l'endroit du MoDeL.

Abdoulkader Kamil, le premier d'entre-eux, ne maîtrisant ni l'afar, ni le français et ni le somali (ce qu'on peut comprendre !) enchaîne les bastons et montre plus qu'une ferveur religieuse, une ferveur subversive.

Ilyas Moussa Dawaleh, tête de liste UMP, déchu depuis de son piédestal, refait surface et se refait une belle virginité dans ces tournées. Ilyas au somali infantilisant (qui ne se rappelle pas des « reer djiboutoooooooooooow »), ne fait pas avancer le schmilblick et commence à défourailler ses fines gâchettes.

Ali-Sheraton, au regard fuyant et aux référentiels glauques (qui ne se souvient pas de sa célèbre intervention aux micros de la voa, je cite : « les mosquées sont peace and love »), flirte avec une croisade qui prête à rire.

Zahra Youssouf au discours fielleux, astique la langue de bois sur les distributions de vivres, pourtant généreusement bien accordé par le PAM et utilisé à des fins politiques. Ces distributions faites à la tête du client au su et au vu des pauvres (j'y reviendrais sur un article en attendant de collecter toutes les informations !).

Pendant que tout ce beau monde discutent entre-eux, se comprennent, se méprennent, se terrent dans des annexes RPP ressemblant davantage à des mabraz feutrés, s'enferment derrière des volets baissés, loin de la masse, l'USN, quant à elle, part en goguette devant une population blasée et vaccinée du parti unique et qui, contrairement, suit, observe et acclame, souvent agenouillée et loyalement les leader et députés de l'USN.

 

Voici nos ministres, ces hommes et femmes aux discours oniriques, aux yeux torves, jamais rassasiés, malencontreusement hissés en haut de l'affiche ; des leaders pour certains, des dealers pour beaucoup, vendant des invectives âpres et déjouant la carte de l'apaisement. Des tribuns dont ne sait comment se comporter avec : en pleurer ou en rire ? Et comme Jean Pierre Chevènement l'a si bien dit : « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça se casse ». A vous de choisir messieurs, mesdames. Dans tous les cas, il en faudra beaucoup plus au RPP pour retrouver un semblant d'âme.

3. MoDeL, le bouc émissaire

La logique du bouc émissaire est le quatrième des sept subterfuges de l'insécurité développé par Pierre Tevanian dans «le mythe de l'insécurité»qui est selon l'auteur «l'un des mensonges le plus répandus et le plus pervers ». C'est ainsi que le MoDeL est victime, depuis le début du ramadan, d'une campagne de calomnies laissant entendre un financement occulte venu de l'extérieur et plus précisément du moyent-orient.

Cette thèse ridicule, n'est autre qu'une méthode iconoclaste de la théorie du complot qui s'est avérée être depuis un écran de fumée qui n'a pas réussi à faire mouche. Orchestrée par les

agents du SDS avec la torture de l'intellectuel Mohamed Daher Robleh à qui on a bien voulu faire dire qu'il était un maillon fort de ce financement, développée publiquement en premier par Hassan Gacanlo, relayée par les autres trublions du RPP tel une effusion de feu comme seul un dragon sait en dégager, qui ont préféré adopté le suivisme aveugle et le proverbe de Beaumarchais : «Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », agitant le spectre du printemps arabe, espérant ainsi que les foudres de la condamnation occidentale tombent sur le MoDeL.

La réalité plus romancée que cette stratégie de diabolisation du MoDeL où les amalgames flagrants se mêlent et s'entremêlent est totalement différente. Le MoDeL est avant tout un parti populaire dont les membres fondateurs sont majoritairement des jeunes, tous trentenaires, cadres, enseignants des lycées, de l'université, principalement formés dans les universités occidentales, encadrés par l'inamovible et chevronné docteur Abbatté Ebbo Adou, par le tout premier philosophe du pays en la personne de Abdillahi Adaweh et de l'infatiguable Sougueh Ahmed Robleh, sous la bénédiction de trois oulémas connus de toute la population pour leur sagesse et pour avoir été inlassablement des boucliers contre l'intégrisme et les mouvements tel Al-Shebbab qui ont mis à feu et à sang les pays limitrophes.

Cette vision apocalyptique présentée par le RPP, qui veut qu'on comprenne le MoDeL comme un parti intégriste, et qui se refuse toute autre conception, fait voler en éclats des éventuelles négociations dès l'instant où l'ont pointe du doigt un des composantes de l'USN comme l'a si bien dit Ahmed Youssouf, président de l'USN au ministre de l'intérieur : « Ecarter le MoDeL, c'est écarter l'USN de la table des négociations».

Le régime se trouve d'un côté sous la poigne de fer des occidentaux, l'UE et les USA en tête, qui leur imposent vaille que vaille l'ouverture des négociations transparentes, de l'autre, tenaillé par la crainte d'une explosion sociale d'une population déjà garrottée.

Ces salves contre le MoDeL visent à poursuivre trois objectifs :

a)        La reconquête et la rédemption du c½ur des djiboutiens qui sont restés peu ou prou saint d'esprit tout en se drapant du voile des défenseurs de la démocratie.

b) Créer une diversion pour gagner du temps tout en continuant la politique prédatrice et criminelle.

c)        Museler cette nouvelle force qu'est le MoDeL avec l'immixtion des occidentaux : la redoutable machine du régime de « clonage » et de destruction, à broyer les partis, habituée à tirer les ficelles dans l'opposition traditionnelle et à monter les uns contre les autres s'est enrayée et cassée les dents face aux MODELISTES, traduisant ipso facto une faiblesse définitive. Agiter le spectre des frères musulmans et du printemps arabe a été pour le régime le démarreur à emballer la machine conflictuelle. Heureusement, personne n'est dupe !

Ces déclarations rocambolesques ne donnent-elles pas de la légitimité au MoDeL, plus que la légalisation qui lui a été refusée ?

La lutte contre cette dictature ne fait que commencer. Elle sera longue.

 

Warehayee Hadjinabad, Djibouti, 30 juillet 2013.

 

 

 

 

 

 

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