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«Il faut ouvrir le débat sur la religion en Algérie»

Dans cet entretien, Saïd Djabelkeir, auteur de plusieurs écrits et analyses sur les courants religieux, estime qu'il est nécessaire d'ouvrir un débat scientifique sur la religion en Algérie.   - Comment expliquez-vous les sorties récurrentes du ministère des Affaires religieuses appelant à ne pas écouter les discours religieux provenant de l'étranger ?   Sans les citer, le ministère fait allusion aux fatwas et discours religieux émanant des pays du Golfe, notamment l'Arabie Saoudite. Ce discours est véhiculé depuis plus de 20 ans par les télés, et ces derniers temps sur internet. Je commencerais par soulever un point que je considère important. Le ministère des Affaires religieuses ne veut pas ouvrir le débat sur l'orientation religieuse du pays, ou tout simplement sur le fait religieux. Il y a un débat à sens unique. Raison pour laquelle, le discours religieux national est inexistant. Il n'est pas clair. Ce débat permettrait, par exemple, de consacrer la liberté de conscience et les différentes croyances. A cause de cette fermeture et l'inexistence de débats académiques, nous ne connaissons pas, jusqu'à présent, l'approche pour la religion qu'adopte l'Etat. Quelquefois, l'Etat se montre conciliant avec les salafistes, puis avec les malékites, parfois avec les frères musulmans locaux. A certains épisodes, il est neutre, parfois avec les zaouïas. Par moments, il est contre tout le monde. En fait, c'est le flou total. Depuis des siècles, l'islam algérien, et maghrébin généralement, a toujours été l'école malékite de théologie acharite (dogme qui rejette le morphologisme du Divin) et le soufisme. Alors, je pense qu'avant d'appeler les Algériens à ne pas écouter les discours de l'étranger, il faudrait d'abord développer un contenu local qui va en adéquation avec nos traditions, notre histoire, notre culture, et selon les conditions sociales des citoyens. Il faut que le discours soit clair, scientifique, rationnel et réponde au contexte réel et local. Il faut proposer des alternatives.   - Pourquoi ce flou persiste-t-il ?   C'est parce que ce n'est pas seulement le ministère des Affaires religieuses qui s'exprime sur le volet religieux. Il y a aussi le Haut-Commissariat islamique (HCI). Entre les deux, il y a mésentente sur des points particuliers, notamment comment doit être versée la zakat. Il y a également des chouyoukh qui ont une forte influence ; des associations de zaouïa et indépendamment des cheiks de zaouïa. Chacun a son périmètre. Alors devant tant d'entités, le simple citoyen ne sait plus qui suivre sur des questions qui lui sont importantes dans sa vie quotidienne, en tant que musulman. Je donnerai juste l'exemple de la problématique du poste de mufti de la République, qui depuis plus de 10 ans, la question n'a toujours pas été tranchée. Ce qui nous laisse penser que les appels, lancés par le ministère des Affaires religieuses, cachent de l'opportunisme, plus qu'une réelle et sincère volonté. Même à la télé ou dans les radios algériennes, des discours sont diffusés, alors qu'ils vont à l'encontre du courant de pensée malikite. Dans des journaux, on laisse parler des takfiristes. Des pseudo-hommes de religion qui accusent de «kofr» les militants progressistes. Les responsables étatiques savent très bien qu'il existe un auditoire sensible aux discours religieux provenant de l'étranger. Mais ils ne fournissent pas d'efforts concrets pour résoudre l'intrusion de la propagande wahhabite.   - Le même ministère parle de l'intrusion de sectes également...   Outre les campagnes des évangélistes qui datent des années 1980, ces derniers temps, effectivement, des sectes de différentes croyances pénètrent sur le territoire. La dernière en date, la Ahmadya, dont le siège de leur calife se trouve à Londres. C'est une secte dangereuse. C'est pour cela que j'insiste pour dire qu'il faut ouvrir le débat sur la religion en Algérie. Les sectes naissent à partir de l'histoire qui a caractérisé la religion musulmane, entre autres les discordes. En revanche, je tiens à préciser que ces questionnements et inquiétudes ne traduisent pas pour moi une atteinte à la liberté du culte, de croyance ou de conscience. Il y a des enjeux géopolitiques.   - C'est-à-dire...   Pour parler de l'Algérie, le but des wahhabites est de mettre fin aux trois constantes locales, qui sont le malékisme, l'acharisme et le soufisme. Il faut savoir que le wahhabisme est une arme géopolitique. Ce n'est pas de la religion. Ce n'est pas de l'islam. L'Arabie Saoudite, à la solde des Américains qui ont en fait son arme de conquête du monde arabe, partie du globe qui contrôle une bonne partie des réserves fossiles. Depuis le Traité de Quincy signé, en 1945, entre le roi Abdelaziz et Roosevelt, le régime saoudien n'est que le sous-traitant des Américains. Il y a un double objectif donc. Empêcher l'émergence de forces vives et indépendantes dans les pays musulmans et donner la primauté au néolibéralisme. Au final, Saoudiens et Américains veulent donner une conception de l'islam qui ne sera aucunement «islamique». Un «islam» américain de l'après-11 septembre. Certains pays, comme l'Iran et les pays du Golfe, se livrent à des luttes à travers des discours religieux. C'est un élément géopolitique.   - Et pour épargner à la religion de faire l'objet de man½uvre politico-politicienne, quelle est la solution ?   Seule la séparation du pouvoir et du religieux est la solution. C'est une évidence et la seule issue louable pour nos pays.  

El Watan

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