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Nigeria: des milices civiles prennent les armes contre Boko Haram

"Nous avons nettoyé la ville de ces vampires de Boko Haram !", affirme Abubakar Mallam, chef de la Force civile conjointe, une milice d'autodéfense qui a pris les armes contre le groupe islamiste à Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria.

Armés de machettes, de haches, de matraques, d'arcs et de flèches, ses miliciens patrouillent dans les rues poussiéreuses, écrasées par la chaleur du désert.

Une  machette tachée de rouge sang à la main, un homme de 24 ans tient un barrage dans cette ville, berceau de Boko Haram, devenue l'une des plus dangereuses du Nigeria.

Des groupes d'autodéfense se sont formés à Maiduguri avec la bénédiction des militaires nigérians.

Livrée à elle-même, sommairement armée, sans entraînement, la Force Civile Conjointe a récemment fait son apparition dans la capitale de l'Etat de Borno, déjà prise en tenaille entre l'armée et les islamistes.

Dans le combat de l'Etat nigérian contre Boko Haram, qui ambitionne de créer un Etat islamique dans le nord du Nigeria, les combattants de la Force Civile Conjointe font prévaloir leur expertise du groupe islamiste et de ses insurgés.

"Nous les connaissons. Ils vivent parmi nous", déclare à l'AFP Dauda Bukar, un milicien du district d'Umarari.

Les miliciens revendiquent des raids sur les maisons de membres présumés de Boko Haram, des arrestations d'insurgés et leur remise aux forces de sécurité.

Ils affirment également procéder à des exécutions sommaires. Il n'a pas été possible à l'AFP de vérifier l'étendue de leurs activités.

D'après les leaders de la Force Civile Conjointe, la principale milice de Maiduguri, la genèse de leur groupe remonte à l'attaque sanglante du 11 juin par des membres présumés de Boko Haram contre le quartier de Hausari.

Une arme utile contre Boko Haram

Les islamistes étaient arrivés sous couvert d'une procession funéraire factice. Ils s'étaient arrêtés au milieu de la rue, avaient sorti des kalachnikovs du cercueil et tiré sur les passants. Quinze civils avaient été tués.

Des voix font entendre leur soutien aux nouvelles milices de Maiduguri, à commencer par les militaires qui voient en elles une arme bien utile contre Boko Haram.

"Nous soutenons, nous commandons et nous apprécions les efforts de (...) la Force Civile Conjointe", dit à l'AFP le lieutenant-colonel Sagir Musa, porte-parole de l'armée.

Des officiers militaires essayent d'organiser et d'entraîner le groupe ainsi que de coordonner ses opérations avec l'armée.

Si l'affirmation selon laquelle tous les membres de Boko Haram ont été chassés de Maiduguri est exagérée, l'offensive de l'armée nigériane et la formation de milices d'autodéfense coïncident toutefois avec une baisse des attaques dans la ville et les autres bastions islamistes du Nord-Est.

La violence est cependant loin d'avoir disparu, particulièrement dans les recoins les plus éloignés de la région.

Au moins trois écoles ont été attaquées dans le Nord-Est du Nigeria par des membres présumés de Boko Haram depuis le début de la vaste opération de l'armée nigériane le 15 mai.

Samedi, au moins 20 personnes ont été tuées dans le village de Dawashe lorsque des islamistes présumés ont ouvert le feu sur des miliciens venus les attaquer.

Un responsable gouvernemental reconnaît, sous couvert d'anonymat, que le groupe d'autodéfense risque fortement de "commettre quelques abus" mais que son émergence est pour l'instant plutôt positive.

"La Force Civile Conjointe aboie et insulte peut-être les gens (mais) Boko Haram tire, pose des bombes et massacre ses victimes", explique-t-il.

Les attentats de Boko Haram et la répression menée par les forces de sécurité ont fait au moins 3.600 morts depuis le début de l'insurrection en 2009, selon l'ONG Human Rights Watch.

Les lignes de téléphonie mobile ont été rétablies le 19 juillet dans la ville de Maiduguri pour la première fois depuis le début de l'offensive de l'armée dans le Nord-Est il y a plus de deux mois.

Pour un responsable de la cité, toutes les solutions, même une milice illégale, sont bienvenues si elle peuvent ramener la paix.

"Pour l'instant, nous devons les supporter", déclare Husseini Hala, le président du syndicat des avocats de Maiduguri. "Comparés à ce que font les insurgés, leurs propres (abus) sont insignifiants".

AFP

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