Maurice va-t-elle légaliser l'homosexualité?

Le débat qui divise la société mauricienne sur une éventuelle dépénalisation des relations entre personnes du même sexe est le reflet des atermoiements de la classe politique africaine sur la question.

Manifestation pour les droits des homosexuels à Maurice, juin 2007. REUTERS/STR New

Il aura fallu que l’Etat mauricien vote le 12 juin 2011 une résolution des Nations unies sur les droits des homosexuels pour mettre le feu aux poudres. Ce pays de l’océan Indien, d’ordinaire si pudique lorsqu’il s’agit d’aborder des questions sensibles de société, connaît depuis plusieurs semaines une agitation toute particulière. Même si les formulations sont un peu alambiquées, car personne n’ose vraiment appeler un chat un chat, la question de l’homosexualité est sur toutes les lèvres à l’île Maurice, notamment sur celles des politiques.

Au début du mois d’août, une vive altercation a opposé à l’Assemblée nationale mauricienne Paul Bérenger, le leader de l’opposition et Navin Ramgoolam, le Premier ministre: 

«Maurice a toujours adhéré au principe d’universalité des droits humains», a déclaré en séance plénière à l’Assemblée, le chef du gouvernement mauricien, pour justifier l’adoption de la résolution onusienne.

Rien n'est gagné

Certes, il ne s’agit pas d’une reconnaissance formelle des droits des homosexuels dans ce pays, car la résolution de l’ONU n’est en rien coercitive pour les Etats qui l’ont votée. Mais la déclaration de Navin Ramgoolam, même si elle a des relents de politiquement correct, est bien la toute première faite par les autorités mauriciennes en faveur des gays.

Le chef de l’opposition lui a répondu que le gouvernement avait agi de façon précipitée:

«Maurice aurait au préalable dû définir sa position sur la légalisation ou non de l’homosexualité et tous ses corollaires, à savoir le mariage et l’adoption, avant d’aller voter cette résolution.»

Ce dernier est d’ailleurs soutenu par le député Cehl Meeah du Front solidarité mauricien, un parti que des observateurs soupçonnent pourtant de vouloir faire alliance avec la majorité:

«Le pays est en train de camoufler la réalité et se dirige vers la légalisation de l’homosexualité», estime Cehl Meeah, qui a déclaré à l’Express, le principal quotidien de l’île Maurice, être volontaire pour un combat contre la légalisation de l’homosexualité.

Il faut souligner qu'en la matière, l’île Maurice est un bel exemple de contradiction en Afrique. Comme dans de nombreux pays du continent, l’homosexualité y est encore criminalisée. Mais la loi, qui prévoit jusqu’à cinq ans de prison, n’a jamais été appliquée.

En 2008 d’ailleurs, une autre loi a été votée, l’Equal Opportunity Act, qui inclut le respect de l’orientation sexuelle des citoyens —même si sa promulgation se fait toujours attendre depuis lors. Dans le même temps, depuis 2006, les homos peuvent librement se pavaner dans les rues de l’île à l’occasion de la Gay Pride mauricienne, la Rainbow March, sans être le moins du monde inquiétés par une éventuelle arrestation.

De la même façon, le militantisme gay s’est fortement développé ces dernières années au point de devenir un partenaire social incontournable dans le pays. C’est d’ailleurs grâce à la détermination des associations homosexuelles, réunies au sein du collectif Arc-en-ciel, que la lutte contre les discriminations à l’encontre des gays a pu être introduite dans le fameux Equal Opportunity Act.

La vie n'est pas toujours rose

Malgré toutes ces avancées, une chape de plomb pèse toujours sur les homosexuels à Maurice et la dépénalisation ne semble pas pour demain. En effet, le tissu social est encore imperméable aux identités sexuelles considérées comme «déviantes». Certaines familles organisent même l’enlèvement de leurs enfants pour les «guérir de l’homosexualité» en les faisant interner dans des hôpitaux psychiatriques, comme l’a souvent raconté dans ses colonnes le magazine KotZot.

En général, aucune explication rationnelle n’est donnée pour justifier ce type d’abus. Tous ceux qui combattent l’homosexualité à Maurice se réfugient derrière de prétendues «traditions et croyances religieuses». De fait, les chefs religieux, nombreux et très influents dans la société multiraciale qu’est Maurice, sont ceux que l’on entend le plus dans le débat actuel autour de la légalisation des relations entre personnes du même sexe.

Tous sont montés au créneau pour dénoncer le vote de la résolution onusienne. Jean-Maurice Labour, le vicaire-général du diocèse de Port-Louis, la capitale, n’est pas passé par quatre chemins pour déclarer dans la presse que «l’homosexualité est un dysfontionnement hormonal, physiologique, psychologique et culturel». Les imams quant à eux ont appelé à un «front religieux commun contre l’homosexualité».

Nathalie Ahnee, la présidente du collectif Arc-en-ciel, estime pour sa part que «les valeurs religieuses n’ont pas leur place dans les décisions juridiques et l’élaboration des lois». Or là est bien le problème. A Maurice, comme partout ailleurs, les chefs religieux semblent avoir une grande influence sur les responsables politiques. Ce qui, de fait, freine considérablement toute velléité de légiférer clairement sur la question. Obligeant les responsables politiques «progressistes» à utiliser des solutions de contournement, comme le vote de cette résolution du comité des Nations unies pour les droits de l’homme; comme cet Equal and Opportunity Act qui n’a toujours pas été promulgué; comme aussi cette déclaration de l’ONU signée en 2008 et dans laquelle déjà Maurice, avec quatre autre pays africains (Gabon, Cap-Vert, Guinée-Bissau, République centrafricaine) se prononçaient en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité.

Hypocrisie généralisée

Tout cela est symptomatique d’une classe politique africaine qui n’arrive pas à se décider —ni à décider. En mars 2011, l'ancien président du Botswana Festus Mogae déclarait qu'il avait clairement privilégié sa carrière au détriment des droits des homosexuels.

«Je n’étais pas prêt à perdre une élection au nom de la défense des homosexuels», avait-il affirmé.

Et l'actuel président, Ian Khama, même s'il tient un discours modéré, n'est pas plus enclin à légiférer sur la question. Au contraire, les arrestations se multiplient, notamment à l'approche des échéances électorales.

C'est d'ailleurs ce qui s'observe au Cameroun depuis plusieurs semaines. En l'espace d'un mois, sept personnes ont été incarcérées pour «délit d'homosexualité» et risquent jusqu'à cinq ans de prison. Des arrestations arbitraires, selon les ONG de défense des droits humains. Une journaliste de La Nouvelle Expression, un des principaux titres camerounais, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a sa petite idée sur la question:  

«Cette résurgence des arrestations de gays à l'approche de l'élection présidentielle d'octobre est sûrement de nature à se rallier les chefs traditionnels conservatistes et le clergé qui avaient déjà ouvert la boîte de Pandore ayant mené à la publication de listes de présumés homosexuels dans la presse en 2006.»

Les responsables politiques, partout sur le continent, sont donc très peu disposés à lutter efficacement contre l’homophobie, même quand celle-ci devient un délit, comme en Afrique du Sud. Ce pays est le seul en Afrique à avoir autorisé depuis 2006 le mariage et l’adoption par les gays. Les villes de Johannesburg et du Cap accueillent une Gay Pride depuis 1990, et pourtant les agressions homophobes y sont encore très présentes.

On a donc, d’une part, ceux qui veulent faire bouger les choses mais sont pris par des contingences socioreligieuses et culturelles, et d’autre part, ceux qui s’arc-boutent sur une pathétique hypocrisie, en essayant d’arrêter le vent du changement. A Maurice aussi, on en est toujours là.

Raoul Mbog

 

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2 réactions
Comme tous les plaisirs, l'homosexualité est addictive
Soumis par Charlie Bronx, le 08/03/2012 à 15h32

Les Occidentaux, spécialistes mondiaux en dons de leçons tous azimuts, n'ont même pas cerné la véritable nature de l'homosexualité. Et cette erreur, qu'ils minimisent complètement car l'ignorant totalement, mine leurs fondements sociétaux à leur insu.

L'homosexualité est certes une orientation sexuelle, casuelle je dirais, mais elle n'est pas du tout, contrairement à ce que les occidentaux croient et essaient de faire accepter coûte que coûte par l'humanité entière, équivalente à l'hétérosexualité. Pas le moins du monde.

L'homosexualité est juste une manière de plus, tout à fait légitime parce que naturelle, d'avoir du plaisir. De là à en conclure que c'est une vocation, d'où ces idées de mariage homosexuel, il y a un pas que les occidentaux n'auraient pas dû franchir. Un homme peut coucher avec un homme si ça lui fait plaisir. Deux femmes peuvent faire pareil si ça leur chante. Mais même si ça leur chante à tous, qu'est ce qui permet de conclure que c'est une vocation à laquelle il convient de se conformer strictement, soi disant pour son bien ou son équilibre personnel. Ton équilibre est fait de ce que tu y mets.

Pour tout dire, je ne comprends pas bien pourquoi les gens se croient obligés de catégoriser les êtres humains en deux ensembles cloisonnés, homosexuels et hétérosexuels. Ce qui me paraît naturel et véridique, est que tout le monde est à la fois hétérosexuel et homosexuel. Les différences viennent seulement du "dosage". Et puis, comme tous les plaisirs et toutes les addictions, leur pratique régulière les cultive. C'est pourquoi un homosexuel qui ne fait que ça finira par croire sincèrement qu'il n'est qu'homosexuel. Alors qu'en réalité, il est aussi hétérosexuel.

A mon avis, c'est cette catégorisation rigide qui est le plus grand danger pour les homosexuels. Un autre grand danger pour les homosexuels, africains cette fois, c'est la nouvelle trouvaille des occidentaux : conditionner l'aide au dévéloppement par le respect des droits des homosexuels. Je me demande aujourd'hui s'ils ont bien réfléchi avant de s'engager dans une telle démarche. Parce que, à cause de cette démarche là, on est déjà d'ores et déjà sûr à 100% que jamais les homosexuels n'auront en Afrique la liberté de vivre qu'ils ont en Occident. Pis, ils risquent dorénavant d'être victimes, à tout moment et plus gravement que dans le passé, d'agressions et d'attaques de toutes sortes !

Quels immenses imbéciles, ces occidentaux !

L'homosexualité n'a même pas à être citée dans la loi. On n'en doit pas parler dans les tribunaux. Ên fait, je ne vois même pas l'intérêt d'en faire une chose publique. Il faut juste que tout le monde respecte scrupuleusement toute la liberté de tout le monde.

La manière dont les occidentaux ont abordé cette affaire de "pédérastie contre aide économique" n'aait aucune chance de prospérer. Ils auraient dû approcher discrètement les dirigeants africians et leur demander tout juste d'ôter de leurs lois les dispositions répressives contre l'homosexualité. ce serait resté discret et ç'aurait été probablement fait. Mais avec tout ce bruit fait autour, aucun dirigeant n'osera le premier paraître tolérer l'homosexualité. En Afrique, même les homosexuels condamnent l'homosexualité quand on en vient à une discussion publique ou quasi publique. En Afrique, et probablement ailleurs aussi, les homosexuels condamnent les homosexuels par lâcheté. Donc, aucun dirigeant africian ne peut s'afficher clairement come un défenseur des homosexuels, à moins d ene pas être en démocratie. De plus, en présentant l'affaire "pédérastie contre aide économique" de manière aussi publique et spectaculaire, les occidentaux mesurent mal le message reçu : il n'est pas tout à fait identique au message émis. Pour nous Africians, ce que veulent les occidentaux, c'est quasiment un encouragement institutionnel à devenir homosexuel. L'écho du message est ici plus fort que le message lui-même.

Bref, comme je dis toujours en de multiples autres circonstances, les occidentaus ne sont pas aussi brillants qu'ils semblent le croire.

Webmaster, tu t'abîmes gravement
Soumis par Charlie Bronx, le 08/03/2012 à 16h34

Parce que je n'ai pas soutenu le politiquement correct en vigueur aujourd'hui, tu refuses de publier mon commentaire ?!

Vous êtes vraiment impossibles vous.

De toutes les manières, on ne fait pas le bien de quelqu'un contre son gré. SI tu ne vois pas que c'est ce que je pense qui peut aider les tiens ou ceux que tu soutiens, continue de les flatter faussement comme il te plaît. On verra bien ce que ça donnera à l'heure du bilan.

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mise à jour 31/08/2011, 2 réactions (réagir)

 
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