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Opinion : Un bébé royal pour une démocratie singulière

Autre lieu, autres moeurs, est-on tenté de dire en suivant l'actualité sur la naissance du bébé royal d'Angleterre. Pendant qu'au Burkina Faso on s'égosille et en appelle ouvertement à la guerre civile, au meurtre et à la destruction de l'Etat sur la base de suppositions et de jugements anticipés sur des intentions "inavouées" d'accaparement monarchique du pouvoir, d'autres célèbrent dans l'effervescence et avec une fierté nationale, la naissance d'un bébé monarque dans une liesse populaire.

Pas étonnant. Le pays s'appelle le Royaume-Uni et il a créé le Commonwealth (richesse commune). Pour l'occasion, comme le rapporte Yahoo France, le quotidien à gros tirage, The Sun, a changé son nom en « The Son » (le fils) pour rendre hommage au bébé royal. Il dit que tous les citoyens du Royaume « vont se réjouir avec fierté et joie » de la naissance. The Times, autre grand quotidien est cité dans ce qui pourrait encore servir de conseil au peuple burkinabé « Notre monarchie est ce que nous avons en commun et ce qui nous distingue d'autres pays moins chanceux dans leurs traditions et moins à l'aise avec leur histoire.

C'est pourquoi ceci est un événement national ». Sans aucun complexe ils assument leur histoire et inventent un modèle de démocratie en alliant tradition et modernité. Ils assument aussi leur histoire en acceptant volontairement se soumettre à la monarchie pour les décennies à venir. Et l'éditorial de ce journal d'ajouter « Notre affection pour la monarchie n'est pas inconditionnelle, mais si elle est récompensée avec de la fierté, le devoir et une touche d'humour, elle est quasiment sans limite. »

Pour les médias anglais, ce qui est vraiment essentiel, c'est que le bébé monarque puisse trouver à la suite de ces aieux, "la manière de faire perdurer ce contrat implicite" entre la monarchie et le peuple. Cela ne les empêche pas de se questionner ouvertement si le Royaume-Uni sera en 2065 un État ayant à sa tête un individu dont la place a été décidée par la naissance. Cependant, personne ne suggère de tuer le bébé futur monarque ou de chasser ses parents et grands parents des palais de Buckingham et de Cambridge avant que leur rejeton n'ait des ambitions royales. Personne ne mobilise les frustrations et mécontentements du Royaume pour barrer la route à toute possibilité de voir grandir un héritier pour le trone d'Angleterre. Même avec une expérience de plusieurs siècles dans la démocratie monarchique, ils se donnent visiblement le temps pour poursuivre la réflexion. Ils auront certainement le temps de trouver une bonne réponse conforme aux aspirations de la majorité des sujets dévoués de la Reine.

"Copies la manière de danser de ton camarade, mais jamais son caractère", tel est le conseil du chanteur Bamos Théo. Ce conseil est aujourd'hui plus que jamais nécessaire pour les nouveaux politiciens et les médias du Burkina Faso qui s'activent pour faire une mise en scène de l'implosion sociopolitique du pays. Ils s'indignent et dénoncent ce qu'ils considèrent comme étant une tentative hypothétique de monarchisation du pouvoir après 2015. Cette monarchisation fait justement la fierté des anglais, des Canadiens, des Australiens, des Jamaicains, etc.

Tout porte à croire que les tenors de l'opposition burkinabé ignorent tout de la relativité des choses en politique et de la nécessité d'adapter toutes les valeurs idéologiques importées aux réalités socioculturelles de notre pays et au contexte historique. Les anglais et bien d'autres pays l'ont fait et l'assument avec fierté. En près de quatre décennies d'apprentissage de la gouvernance politique moderne et plus singulièrement dans la construction de la démocratie, le Burkina Faso peut-il se targuer d'être plus démocratique que l'Angleterre ? L'est-il mieux que le Canada, l'Australie et tous les autres pays qui restent sous la couronne anglaise, n'élisent pas de présidents de la république et dont les gouverneurs généraux sont nommés par la Reine d'Angleterre ? Assurément, il n'y a pas de comparaison à faire car ces pays n'ont de commun que l'idéal démocratique. Tout le reste est différent d'un pays à l'autre.

L'expérience de ces pays démocratiques montrent qu'il faut toujours faire preuve de bon sens et d'intelligence, de sagesse si ce n'est de prudence, surtout quand on veut imiter les autres. Il faut se garder de jetter le bébé avec l'eau du bain en détruisant les fondements de la société et sa cohésion par des discours démagogiques.

User du mensonge pour attiser les frustrations et la colère populaire sur des suppositions est une attitude dangereuse et criminelle dont certains auront à répondre un jour. La surenchère dans les exigences corporatistes, et la maximisation des demandes sociales préparent le lit d'une insatisfaction sociale et un mal-être pathologique qu'il va falloir beaucoup de temps à réparer. Nourrir d'illusions les couches vulnérables de la société pour les abrutir et les conduire aux conflits violents est irresponsable sur le plan politique. Il s'agit ni plus ni moins d'une atteinte flagrante à la surêté de l'Etat, à la sécurité publique et à la stabilité des institutions républicaines. A vouloir renter dans l'histoire nationale par effraction, certains risquent fort de se retrouver sur le carreau.

Avec la crise financière et ses graves conséquences, pourquoi des anglais assoiffés de pouvoir ne profitent-ils pas de l'occasion de la naissance du bébé royal pour organiser un vaste mouvement de dénonciation de la monarchie pour destabiliser et ridiculiser la reine et le gouvernement ? Les politiciens anglais ne sont-ils pas assez calculateurs pour profiter de cette opportunité médiatique pour se faire un crédit politique facile aux yeux de l'opinion nationale et internationale ? Pourquoi l'opposition anglaise n'incite-t-elle pas le peuple au soulèvement pour renverser la monarchie vieillissante qui trouve moyen de vouloir se perpétuer ?

Ils ne le font pas parce qu'en Angleterre, il y a une éthique politique et un savoir vivre fait de règles de bienséance et de bonne éducation des citoyens. Que les pyromanes politiques de l'UPC et leurs alliés aillent en experts les conseiller sur comment empêcher un gouvernement de dormir, comment fossoyer une nation par les amalgames et pervertir la jeunesse d'un pays par des chimères. Ils n'auront même pas de visa d'entrée dans un pays où la fierté nationale est jalousement préservée et où les apprentis sorciers ne mystifient pas les médias.

La crise actuelle que vit le Burkina est montée de toutes pièces par un groupuscule hétéroclite d'acteurs qui visiblement n'ont cure des règles démocratiques tout en s'érigeant en faux défenseurs de ses valeurs fondatrices. Pour flatter leurs égos et assouvir leurs ambitions personnelles, ils s'emploient à endormir et manipuler la conscience des citoyens peu avisés, pour mieux les utiliser pour atteindre leurs propres objectifs égoistes. Ils n'ont pas inventé la démocratie mais pensent mieux la connaitre que les pays de vieilles traditions démocratiques. Ils ne l'ont pas instauré au Burkina Faso, mais s'improvisent gardiens de son éthique et de son orthodoxie.

Il s'agit cependant d'imposteurs et de manipulateurs car leur attitude agressive, l'esprit de haine et de violence qu'ils propagent entre les citoyens jadis pacifiques et leur manque d'égard pour les autres les disqualifient pour réprésenter le peuple et parler en son nom. De minoritaires qu'ils sont, ils tentent de museler toute opinion divergeante qui contesterait leur ambition à conquérir le pouvoir par tous les moyens. Ils sont des imposteurs et pas des démocrates et le peuple ne tardera pas à les démasquer en se penchant sur leurs parcours respectifs et leurs actions individuelles.

Usant de la diversion, ils mettent les projecteurs sur les défauts des autres tout en se dissimulant eux-mêmes dans des foules composites et anonymes. Comme des caméléons, ils espèrent ainsi changer de couleur. En attendant, ils peuvent savourer leur moment de gloire éphémère.Tot ou tard, le moment de vérité viendra surement. Les langues se délieront et alors le peuple saura qui est qui.

En trente ans de démocratie, le Burkina Faso a certainement mieux fait que l'Angleterre. Ici comme ailleurs, la construction de la démocratie n'est pas une oeuvre facile quand une grande partie de l'intelligentsia et des élites politiques manque de culture démocratique appropriée. Ici plus qu'en Angleterre l'apprentissage de la démocratie se fait en même temps que l'apprentissage du développement, avec une multitude de priorités et de défis à relever.

Dans ce processus d'apprentissage et de construction de la démocratie et du développement, les insuffisances et les erreurs ne manqueront jamais. Cela ne disqualifie pas automatiquement tous les gouvernants qui souhaitent continuer à apporter leurs contributions, surtout si une majorité de citoyens leur accorde sa confiance en les votant, en conformité avec les règles en vigueur. Désormais, il faut que tous les acteurs jouent franc jeu en appliquant rigoureusement les règles consensuelles contenues dans la Constitution.

Notre société existait avant la démocratie et elle doit lui survivre par tous les moyens. Nous avons eu une intermède révolutionnaire qui montre que la démocratie n'est pas le seul mode de gouvernance politique. Si au nom de la démocratie la société doit être détruite par les ambitions personnelles et les calculs individualistes, si pour cet idéal, la nation va devenir une jungle et un foutoir, il y a lieu de reconsidérer lucidement ses avantages et ses inconvénients pour en tirer les conséquences.

Baowendsom Ouédraogo

Le Faso

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